‹ Petits poémes [microforme]Chapitre 21 sur 37 · L: flambeau consumé que réveille un vent frais, i · texte numérisé non relu

L: flambeau consumé que réveille un vent frais, i

[EU pâlit, il se voile, il se ferme à Jamais !

Et tout était fini : l'amour et ses délices, +

La crainte et les espoirs, la joie et les supplices. {

Evangéline en pleurs resta pieusement

Près des restes sacrés de son fidèle aimart.

Une dernière fois, dans l'angoisse abimée,

Elle prit dans ses mains la tête inanimée, Doucement la pressa contre son cœur transi

Et dit, penchant son front : O mon Jésus, merei !

Adieu ! vieille forêt ! Noyés dans la pénombre

Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre, Tes sapius résineux et tes cèdres altiers

Se balancent encor sur le bord des sentiers ;

Mais loin de leur ombrage et de leurs vertes :tiles, Dans le même tombeau, les deux amants fidèies Dont les afilictions et les maux sont finis, Reposent, côte à côte, à jamais réunis !

Ils dorment sous les murs d’un temple catholique ! Leurs noms sont ignorés ; la croix simple et rustique Qui disait au passant le lieu de leur repos

Ne se retrouve plus ! Comme d'immenses flots Roulent, avec fracas, vers une calme rive,

Auprès de leur tombeau, pressée, ardente, active, S'agite chaque jour la foule des humains,

Combien de cœurs blessés et remplis de chagrins Soupirent dans l'ennui, dans la sollieitude,

En ces lieux où leurs cœurs trouvent la quiétude ! Combien de fronts pensifs s’inclinent tristement En ces lieux où leurs fronts n’ont plus aucun tourment! Combien de bras nerveux travaillent sans relâche Eu ces lieux où leurs bras ont achevé leur tâche! Combien de pieds actifs se succèdent sans fin

En ces lieux où leur pieds se reposent enfin !

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Adieu ! vieille forêt ! Noyés dans la pénombre Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre, Tes sapins résineux et tes cèdres altiers

Se balancent encor sur le bord des sentiers ;

Mais sous leur frais ombrage et sous leur vaste dôme

On entend murmurer un étrange idiôme,

Où voit jouer, hélas! les fils d'un étranger !.... Seulement, sur les rocs que le flot vient ronger, Et sur les bords déserts du sonore Atlantique On voit, de place en place, un paysan rustique. C’est un Acadien dont le plaintif aïeul

Ne voulut pas avoir, pour sépulere on linceul, La terre de l’exil si lourde et si fatale,

Et qui revint mourir à sa rive natale !

Cet homme, il est pêcheur: il vit de son filet.

Sa fille porte encore élégant mantelet,

Jupon de droguet bleu, chapeau de Normandie.

Elle à de beaux yeux noirs, une épaule arrondie. Sa femme, tout le jour, tourne son gai fuseau ; Ses garçons, comme lui, se complaisent sur l’eau. Dans les veilles d'hiver, quand l'étoile s'allume, Assis au coin de l’âtre où le bois se consume, D'Evangéline on conte, en répandant des pleurs, Aux enfants bien soumis, l'histoire et les malheurs. Et l'Océan plaintif dans ses antres de roche

Au loin frémit encore. Il s’agite, it s'approche, Et le profonds soupirs s'élèvent de ses flots Comme pour se mêler à leurs tristes sanglots.

Ce que je conte est vrai. Cv n'est pas une histoire Que le bon sens, messieurs, refusera de croire ; C’est un récit sincère et tont plein d'à propos. Tant de bras vigoureux demeurent en repos

Et qui travailleraient s’ils avaient de l'ouvrage ! Oui, l’on souffre partout : partout gronde l'orage,

Je venais d'accepter un emploi. J'écrivais,

Et, le front dans la main, écrivant, je rêvais

Au passé qui n’est plus, au présent qui s'envole, À l'avenir, ce grand problème qui désole

Ceux qui n'aiment pas Dieu, ceux qui n’ont pas la foi. Jean Dumauoir entra. Marchant tout droit à moi :

—Comment te portes-tu ? dit-il.

Et sa main blanche Serre la mienne alors dans une étreinte franche.

—Dieu merci, répondis-je, on se porte assez bien ; Mais l’on vieillit; bientôt l’on ne vaudra plus rien.

Il sourit d’un air triste en a pprochant un siége.

Nous nous étions connus autrefois au collége,

Où nous fûmes amis. Alors assez souvent,

Dans les beaux jours d'automne, à l’époque où le vent Avec uu bruit plaintif traîne les feuilles mortes, Nous marchions, eu causant choses de toutes sortes, Sous les ormes touffus qui protégent la cour.

Mais nous aimions surtout à parler de l'amour,

Car il était sensible, et moi, j'étais poète.

Nous perdîmes ainsi des jours que je regrette,

Je l'avoue à cette heure où je suis sans orgueil,

Si c'était à refaire. ..... On est loin de l'écueil, Disons qu'on ferait mieux ; il est aisé de dire.

Ainsi l’on oubliait Mélibée et Tytire Pour songer au village où l’on avait quitté —

Et Eu à

iche

nt

Dans les pleurs, pensait-on—quelque jeune beauté. fat Jean rêvait une femme adorable et fidèle, | Belle comme Didon, amoureuse comme elle— Quelque peu moins peut-être—et pour filer ses jours, Au milieu de nos champs le plus beau des séjours.

Je rêvais aussi moi de semblables délices ;

Je rends grâces aux cieux qui me furent propices,

Jean quitta de bonne heure Horace et Lucien, | Er le vieux séminaire où plus d’un doux lien, | Comme un charme inconnu, nous ramèac sans cesse, | Après un long repos il entra dans la presse

Pour rédiger l'annonce et l’humble fait divers.

Ensuite il fut commis, puis, marchand. Les revers,

Qui ne sont épargnés souvent qu’à la sottise,

L'atteignirent bientôt. Ce fut une surprise

Pour les riches prêteurs qui perdaient leur argent ; | Ce fut pour lui la honte. Il reprit indigent,

Pour nourrir sa famille, un emploi que j'ignore.

Muis je reviens au fait. Si je digresse encore Sois indulgent, lecteur, et ne murmure pas.

Mon récit n’est pas long, mais il est triste, hélas! Jean me dit :

—Le Seigneur t’a fait digne d'envie :

Un emploi magnifique, et pour toute la vie!

Des livres ! ces amis aux cœurs toujours ouverts Qui nous font oublier que le monde est pervers ; De l'argent ! et jamais cette peur qui fend l’âme,

De voir mourir de faim ses enfants et sa femme ! } Non, tu ne fus pas, toi, marqué d’un sceau fatal! .... ;

Il s'animait ; son œil prit l’éclat du métal.

— Es-tu donc malheureux, Jean Dumanoir, lui-dis-je ?

— Moi ? bah ! laissons cela : voilà que je t’affige Voulant t’être agréable et te féliciter ....

Mais on voit tant de maux qu’on peut bien s'irriter.

— S'irriter ? allons-donc ! est-ce là le remède ?

—Non ! on courbe la tête, on prie, on intercède, On demande du bois et du pain s’il vous plaît,

Et l’on baise la main qui nous donne un soûfflet !.… On connait bien cela ; ça s’enseigne à l’école,

Tout de suite il se lève après cette parole.

—Attendsun peu, lui dis-je, il faut encor causer. Ouvre mes vieux bouquins, cela va t’amuser Pendant que je termine une dernière lettre.

—C'est bien, je t’attendrai si tu veux le permettre.

—Je t'en prie. C

Aussitôt il s’en alla plus loin, Avec un in-quarto, se cacher dans un coin,

Alors entra sans bruit, marchant d'un pas timide, Une enfant de dix ans. Son œil était humide, Le rayon qu'il jetait en se levant sur vous Valait une prière adressée à genoux.

Elle avait les terreurs d’une biche farouche ; Et l'on ne voyait pas s'échapper de sa bouche Le sourire si doux chez les enfants heureux.

Elle eut été jolie avec ses blonds cheveux

Et son chapeau de feutre appuyé sur l'oreille, Si sa joue eut gardé quelque teinte vermeille ; Mais elle était, hélas ! livide à faire peur.

— Approche, mon enfant, lui dis-je avec douceur : Que veux-tu ?

—Je venais vous offrir une chaîne,

— Une chaîne ? Et pourquoi ?

—Nous sommes dans la gêne ;

L'hiver arrive vite, et chez nous il fait froid.

—A ton air souffreteux, petite, l’on te croit. Comment te nommes-tu ?

| Nu U

— Bernadette.

—Et ton père ?

—Mon père ? Excusez-moi, monsieur; maman espère Qu'on trouvera bientôt quelque place pour lui, Et que nul ne saura ce qu’on souffre aujourd’hui.

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Tes

—1l1 est donc sans emploi ?

— Les places sont bien rares, Et les riches, monsieur, sont quelquefois avares. -

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UN 1, « % hi Oh »

— Prends garde d’être injuste à force de souffrir. — Que de pleurs à sécher, d’indigents à nourrir,

Chère enfant, en ces jours de détresse où nous sommes !

Et puis Dieu vient à nous quand s’éloignent les hommes.

Bernadette inclina la tête sur son sein ; — Je vis deux pleurs tomber sur sa petite main, Aj Et je craignis un peu d’avoir été sévère, Enfants, n’êtes-vous pas les anges de la terre ? Pourquoi vous contrister ? Mais je repris encor, Et d’un ton caressant :

— La chaîne est-elle d’or ? —

rares,

mes !

imes.

— Uui, monsieur, regardez.

C'était d'espoir, sans doute. Elle ne fat pas lente A me faire admirer le précieux bijou.

— Ma mère ne vent plus la porter

à son con, Dit-elle en soupirant.

Cette chaîne était belle,

—Ta mère veut la vendre? Et qu'en demande-t-elle ?

—Peu de chose...

Un sanglot vint étrangler sa voix.

— C'est pour avoir du pain, c'est pour av

oir du bois, Ajouta-t-elle ensuite en joignant ses do

igts maigres.

J’entendis rire alors des enfants tout allègres, Et cela me fit mal. Je cachai mon émoi.

— As-tu diné? repris-je,

Sa voix était tremblante :

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nu

—Aujourd’hui? non, pas moi, ..

Ni les autres non plus, excepté la petite,

—La petite ?

—Oui, monsieur ; son nom est Marguerite, Elle a quatorze mois et commence à marcher, Elle dîne toujours car je vais lui chercher, Lorsque le soir arrive et qu’il fait un peu sombre,

Le pain qu’on jette anx chiens en des endroits sans [nombre,

—Et ta mère ? et ton père ?

—Eux, il n’ont jamais faim.

Ils le disent, du moins, en nous donnant le pain.

— C'est le premier objet que tu cherches à vendre ? — C'est le dernier, monsieur ; si vous voulez le prendre.

—Non, garde-le plutôt puisque c'est ton espoir, Mais reçois cette obole et dinez tous ce soir.

—Merci! merci, monsieur ! dit-elle.

erite,

nbre,

faim,

idre.

Et sa paupière S'emplit à ce moment d'une ardente lumière :

Et sur sa pâle joue, et sur son front pensif Parat, dans un rayon, un bonheur fugitif.

Elle s’en retournait. Il me vint une idée :

La coupe des chagrins n’est pas encor vidée Pour ma nouvelie amie et ses parents honteux, Si j'allais voir quelqu'un et demander pour eux ?

—Donne ta chaîne d'or, dis-je à la jeune fille

—Oui, la voici, monsieur.

— Elle est lourde, elle brille, Pensais-je en la faisant rebondir dans ma main.

Mon ami Jean lisait je ne sais quel bouquin ; Je m’approche de lui, le touche sur l'épaule :

—Veux-tu faire une aumône ?

— Une aumône ? Mon rôle, Me répond-il, hélas ! serait d’un recevoir.

Je crus qu’il plaisantait. Je ne pouvais le voir. Incliné sur son livre et tout à sa lecture, Il n'avait pas vers moi retourné sa figure.

118 LA CHAÎNE D'OR Sais-tu qui paierait bien ce bijou précieux ? Repris-je, lui mettant la chaîne sous les yeux.

—D'où vient cela? fit-il, bondissant sur sa chaise.

—On garde le secret, mon cher, ne t’en déplaise.

— Voilà, quand on est pauvre, à quoi l’on est réduit, Et, quaud tout est vendu, l’on meurt dans un rédui

—T'u connais cette chaîne, et tu sais quelle dame? .. ,

I! n'arrête soudain, se reprend :

—Sur mon âme, Ajoute-t-il alors, je ne sais rien du tout. Il f Je ne sais que cela : la misère est partout ..... Il ; Mais cette chaîne, toi, combien l’as-tu payée ?

Cette phrase mentait: elle fut bégayée.

— Elle n’est pas à moi, mon brave Dumanoir, oi 4ù De — Non ? bien sûr ? mais à qui ? je voudrais-le savoir. Je

| — À quelques nobles gens, honteux de leurs misères, Qui vont mourir de faim tt milien de leurs frères, Plutôt que mendier.

Je

Jean dit: C'est vrui celn.

Mais qui donc t'a remis cette chaîne ?

— Voilà, C'est une pauvre enfant qui m'attend À ma porte... Moi je n’achète point d’obiets de cette sorte, Du moins en pareil cas. Je n'ai jamais goûté ? Cette façon de faire un peu la charité.

—Si j'avais, repart-il, quelq'ivs sous dans ma bourse, Je les donnerais bien À l'enfant sans ressource . …, "

ime,

[l fouillait son gousset, D'un on ranque et fiévreux [l ajonte :

-- Rien ! rien ! que je suis malheureux !

Or, comme il prononçait cette triste parole,

La petite survint. Une crainte frivole

De ses jeunes esprits, je le crois, s’emparait, ', Je tardais à venir et le temps lui durait,

GÉRÉE Bt mare

Elle ne savait pas si j'étais bien honnête, Je: Et de sa chaîne d’or pouvait être inquiète. To En

Qui

—Que je suis malheureux! disait Jean, se levant. Et Et son regard tomba sur la naïve enfant on Qui venait de sourire en me voyant près d'elle, De: L'enfant s'arrête alors comme un oiseau dont l'aile on Se brise tout à coup en volant dans les cieux. die Elle porte sur nous un regard anxieux AUS Et puis courbe la tête. On voit frémir sa lèvre : Re D'ur

—0O mon père ! dit-elle. De Deu:

Bien

Et lui, l'œil plein de fièvre, Com

La bouche frémissante et le front en sueurs, Je sc I la prend dans ses bras et l'inonde de pleurs. Pour Le m

Une.

Près

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Et le

En 50

J'avri

L'airain des vieux clochers avait sonné six heures ; Et déjà les remparts, les arbres, les demeures, Comme dans un manteau, se drapaient dans la nuit,

É FER emane

fièvre,

it.

Je sortis. Il neigeait, et la neige avec bruit Tourbillonnait dans l'air et fouettait les fenêtres. En marchant je songeais à tous ces pauvres êtres Qui grelottent, serrés près d’un foyer sans feu, Et que semble oublier la charité de Dieu.

Je marchais à grands Pas comme c’est ma coutume. De loin, à la clarté du fanal qui s'allume,

Je vois, dans le brouillard, un jeune couple heureux S'avancer en riant sur le trottoir poudreux.

Au bras du cavalier, comme une vigne au chêne,

La femme est suspendue ; et ses cheveux d'ébène, D'un turban de velours s’éch tppant à demi, Effleurent, parfumés, les lèvres de l'ami.

Deux jeunes amoureux ont cent choses à dire ;

Bien gaiement ils ausaient, et leurs éclats de rire, Comme les blanes flocons, s'éparpillaient an vent. Je souffrais ; leur bonheur me parut insolent, Pourtant ne faut-il pas que la jeunesse chante ?

Le monde est ainsi fait : Près d’une âme méchante Une âme pure exhale un parfum de vertu ;

Près d'un riche superbe un pauvre est demi-nu ;

Un bouton s'ouvre encor près d'une fleur qui tombe, Et le berceau sourit à côté de la tombe !

En songeant à ces faits qui troublent la raison, Jarrivai sur le senil d'une hante maison,

—C’est bien ici! me dis-je.

122 LA CHLAÎNE D'OR

Alors, dans les ténèbres, Le marteau me parut frapper des coups funèbres. Une enfant descendit deux ou trois escaliers Et se hâta d'ouvrir. De ses méchants souliers Ses pieds mignons sortaient rougis par la froidure, Ses dents claquaient bien dru. Libre, sa chevelure Protégeait son épaule en la voilant un peu.

Elle souffrait. Hélas ! tout souffrait en ce lieu !

— Vous êtes médecin .... Montez, monsieur, dit-elle. Papa ne vous suit point ?

Et, tenant sa chandelle, Afin d'éclairer mieux elle monta devant.

—Mais non, je ne snis pas médecin, mon enfant ; Tu te trompes.

—Montez quand même. Tout à l'heure Le médecin viendra dans notre humble demeure.

—Qui donc, chère petite, est malade chez vous ?

— C'est ma mère.

—'Tl'a mère ?

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Qui

Toul Et j’ La p Map La s Car Se le Mais Je ne Jailli Et co Malo:

Avec Dont Elle «

—Ve:

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Qu'on

| LA CHAÎNE D'OR 123 1èbres, | Alors un chant bien doux, Un chant triste et dolent vint frapper mon oreille. . —Ou n'entend pas Partout, dis-je une voix pareille ; ë Qui chante-là, sais-tu ?

La petite pleuruit,

lle.

Tout n’est pas deuil ici comme on le penseruit,

Et j'en suis fort heureux, me disais-je en moi-même. La porte s’ouvre alors, puis une femme blême

delle, Mapparaît aussitôt au fond d’un grand fauteuil.

La surprise me cloue, un instant sur le seuil,

Car c’est elle qui chante. Elle veuê tout de suite,

Se lever par respect ou pour prendre la fuite, D

Mais sur son siége dur elle retombe. Non,

Je ne saurais conter quel étrange rayon

Jaillit en ce moment de sa morne paupière,

Et comme elle reprit une attitude fière !

Malgré son front livide, elle était belle encor

Avec sa robe blanche, avec si chaîne d'or

Dont les brillants anneaux tlottaient sur sa poitrine.

Elle étendit vers moi sa main osseuse et fine :

heure

—Venez-vous en ce lieu chercher de la pitié ?

Me dit-elle soudain. Au nom de l’amitié Venez-vous demander qu'on songe à la détresse, Qu'on ranime les cœurs qui 8006 dans la tristesse ?

ee... ee. tomes sms smsssss se C]

Se couche-t-on chez vous quelquefois sans souper, Et voit-on au chevet les spectres se grouper ?

Je vous ferai l’aumône. Aimezla Providence, Et du bien qu’on vous donne usez avec prudence, Car après le soleil on voit monter la nuit,

Le bonheur passe vite et la douleur le suit!

J'ai de l’or ; je suis riche —Elle moutrait sa chaîne— Mes enfants n’ont jamais, monsieur, connu l1 gène, Et, s'ils souffrent un peu, c'est de me voir souffrir.”

Bernadette pleurait. L'’eufant qui vint ouvrir, Vous le pensiez sans doute, était ma Bernadette, La pauvre femme, alors, se relève et rejette

Sur son cou grêle et blanc ses boucles de cheveux. Quelques enfants jouaient et se croyaient heureux.

—Venez ici, dit-elle, et sa parole tremble.

Eux, dans une autre pièce ils se sauvent ensemble. Marguerite, pourtant, tombant à chaque pas, S’avance vers sa mère et tend ses petits bras.

Et sa mère la prend sur ses genoux, la couche,

La couvre de ses mains afiu qu'on ne la touche,

Et se met à chanter comme pour Pendormir.

Ah! j'aurais aimé mieux entendre alors gémir, Dans son mortel chagrin, la pauvre malheureuse !

Cela Que De n Je n’ Et j’é N'os:

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Eufin Et Di Nos 1

Tu mel Doutai

Il seco Mais je

Dis-) e

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Cela m'eut touché moins. C’est une chose affreuse Que de rire où chanter À force de douleurs !

De ma main Jj'essuyais mes paupières en pleurs ; Je n'avais jamais vu de détresse aussi forte.

Et j'étais là, debout, toujours près de la porte, N'osant aller plus loin, ne pouvant pas parler

Et tenté de m’enfuir ou de m'agenouiller,

Comme moi Bernadette aussi semblait attendre.

Eufin, sur l'escalier des Pas se font entendre Et Dumanoir arrive avec le médecin.

Nos mains se pressent :

—Jeau, dis-moi daus quel dessein Tu me cachais ainsi ta misère profonde :

Doutais-tu de mon cœur Ou craignais-tu le monde ?

Il secoux la tête et ne répondit rien ; Mais je vis dans ses yeux deux pleurs brûlants.

—Eh bien !

Dis-je à l’homme de l’art, comment est ln malade ?

Avant qu’il répondit,

—Îl faut que je m'évade, Cur depuis quinze jours l’ou me tient en prison,

Dit la femme en délire, et cela sans raison.

Mes enfants avaient faim ; nous étions sans ressources ; Je me suis mise alors à faire quelques courses

En mendiant du pain, en mendiant des sous ;

Et tous m'ont refusée ! Alors moi, voyez-vous,

J'ai volé, quelque part, en passant je suppose,

Un morceau de pain blanc, rien qu'un, pas autre chose, Et c’est pourquoi, messieurs, on m’a mise au cachot !.....

Et son triste discours finit dans un sanglot.

Les enfants, tour à tour sortis de leur cachette, Ecoutaient étonnés. D’une façon discrète

Le médecin me dit :

—Non, je n’ai plus d'espoir.

Deux semaines après, à l'approche du soir,

Un samedi, je vis une enfant à l’air doux

Entrer dans le saint temple et tomber à genoux Sur le parquet, devant l'autel de Notre-Dame.

Le plus amer chagrin semblait remplir son âme. Quelques cierges brûlaient et des vases de fleurs, Comme un hommage, offraient leurs suaves odeurs. Et cette enfant était de noir toute vêtue.

Son regard se fixa sur la blanche statue

De la mère du Christ seule au pied de la croix,

Et puis elle se mit à prier ; et sa voix

Faisait comme un bruit d’aile autour du tabernacle, Elle ouvrit le balustre et, sûre du miracle

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LA CHAÎNE D'OR 127 l

S’upprocha de la table où brillaient fleurs et feux. De nouveau vers la Vierge elle leva les yeux Puis laissa retomber, sous la clarté sereine,

Près des vases de fleurs, une brillante chaîne.

Eu voyaut Bernadette offrir sa chaîne d'or La Mère des douleurs parut sourire encor.

Quelques jours ont passé. Près d’un feu qui pétille Dumanoir, entouré de sa jeune famille,

Pleure silencieux. Le vent perce Les toits.

Un petit meudiant, se soufflant dans les doigts, Vient, pour l’amour de Dieu, demander l'assistance. Daus là maison en deuil reparaît quelqu'aisance : Bernadette à touché le Seigneur par sa foi,

Et son père, un matiu, a trouvé de l'emploi.

—Donne, ât Dumanoir, donne à chaque misère ! 3 Donne, ma Bernadette, afin qu’une autre mère, Eu ces jours de malheur, ne meure pas de faim

L'enfant au petit pauvre apporta tout un pain,

(Traduction)

La Saint-Jean approchait. Le soir de la vigile, Le superbe Robeit alors roi de Sicile,

Frère de l'empereur et du pontife Urbain, Affeetant pour l'Eglise un respect souverain, Vint, suivant la contume, en pompeux équipages, À l'office de Vêpre ; et chevaliers et pages,

À genoux près de lui, priaient avec ferveur Pendant qu'il écoutait le chant sicré du chœur.

Or, les prêtres, debout au fond de la chapelle, Dirent Magnificat. Et leur voix solennelle,

en —— —

Dans ce chant alterné des sublimes versets,

Fit tressaillir la nef où de pâles reflets,

Les derniers du soleil couchant, jouaient encore,

Et le roi fut frappé de ce verset sonore

Qui sondain retentit comme un cri de héraut,

Et qu’à dessein, peut-être, on chantait un peu haut : Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles !

Alors, avec lenteur mais avec arrogance,

Levant son front royal, au prêtre qui s'avance

Il dit : ‘ Explic ue-moi ce singulier refrain.

Le prêtre lui répond avec un air serein :

‘ Son bras à renversé les puissants de leur siége, ‘Et porté jusqu’au ciel les humbles qu’il protége.

En entendant cela, le monarque, surpris,

Murmure avec colère et d’un ton de mépris :

—# C'est bien heureux pour vous, sachez-le,que les prêtres ‘ Comprennent seuls ces mots séditieux et truîtres,

Et que dans votre Eglise on les chante en latin !

‘ Mais que peuples et clercs tiennent bien pour certain ‘ Que nul pouvoir ue peut me ravir ma couronne.

Et, bercé doucement par le chant monotone

Qui roule cadencé sous l'antique plafond,

Il tombe, tout à coup, dans un sommeil profond.

Quand il se réveilla la nuit était venue.

Il était seul. L'église était déserte et nue, Et pas une lueur r’éclairait les vitreaux.

êtres

rtain

La lampe de l’antel, sur les sombres carreaux Laissait seule flotter quelques rayons funè'res,. Il se lève étonné, plonge dans les ténèbres

Uu regard où la rage est mêlée à l’effroi.

D'une main incertaine efleurant la paroi,

Il cherche pour sortir la porte accoutumee, Mais il la trouve, hélas ! soigneusement fermée. Il appelle, il écoute, il frappe et jure Dieu,

Il menace le ciel et tous les saints du lieu.

Les échos, répétant ces injures brutales, Semblaient des prêtres morts qui riaient dans leurs stalles,

Cependant ses elimeurs ont enûdn réveillé

Le pieux sacristain qui court, tout effrayé,

Pensant que des volenrs ont envahi l'église ;

Et sa lampe, qu'agite une légère brise,

Dans chaque angle lui montre un fantôme qui fuit :

—{4 Qui val? Répondez. D'où provient tout ce bruit ?” Risque-t-il d'une voix que la frayeur altère,

Le roi Robert répond, entlammé de colère :

—* Pourquoi cette demande? Ouvre; c'est moi,le roi!.., ‘Ouvre donc ; as-tu peur ? Je te le dis, c’est moi !??

—{+ C'est quelque vagabond dans un état d'ivresse : ‘6 Puisse Dieu le frapper de sa main vengeresse !” Gronmela, tout ému, le pauvre sacristain :

Puis la porte roula sur ses vieux gonds d’airain. Uu homwme alors parut marchant d’un pas rapide,

Sans chapeau, sans habit, presque nu, l'œil livide ; ne dit pas un mot en franchissant le seuil,

Ne tourna point son front que relevait Porgueil, Mais il glissa sans bruit et disparut dans l'ombre,

Comme un spectre qui passe à travers la nuit sombre.

De ses habits royaux tristement dépouillé, Recouvert à demi d’un haillon tout souillé,

Le frère de Valmond empereur d'Allemagne du grand pape Urbain souverain de Romagne, Robert, roi de Sicile, arrive à son palais,

Il repousse indigné la troupe des valets

Qui veut absolument Ini barrer le passage.

La honte et le dépit sont peints sur son visage : Il entre dans la cour ; il moute l’escalier,

Êt le flambeau qui brille au-dessus du palier linprime sur son front une pâleur atfreuse.

Sans écouter les cris d’une foule nombreuse, Dans les longs corridors il S'élance en courant : Par l'angoisse, oppressé hors d'haleine, il se rend Au salon des banquets que la lumière inonde

Et qu'il trouve rempli de plaisir et de monde.

Là, sur son trône d’or il voit un roi nouveau Qui porte sa couronne, un sceptre et son manteau, 11 ressemble beaucoup au roi de la Sicile :

Même voix, mêmes traits et même abord facile ; Mais il est ceint, ce roi, d’un éclat redoute.

C'est un Esprit du ciel. Or, bien que sa beauté Rempiisse ie palais d'une lueur étranve, | Personne ne suppose, à coup sûr, qu’il soit ange.

CA

Après quelques instants d'une morne terreur,

Le monarque sans trône est saisi de fureur

Et sur l'ange impassible il fixe un œil de flanime.

Mais l'ange, souriant du trouble de son Âme,

Lui dit : ‘Quel est ton nom ? Que viens-tu faire ici ? ”

Robert, bien qu'irrité, feint de sourire aussi,

Mais d’un souris moqueur et rempli de malice :

—** Tu veux savoir mon nom, homme plein d'artifice ? ‘Je suis Robert ! et toi, tu n’es qu’un imposteur ! ‘Je réclame mon trône et de toi nai point peur ! ”

La foule, en le voyant jeter ainsi l’injure

S'émut et fit entendre un menaçant murmure,

Et les grands de la cour, pour punir l’insolent, Tirèrent du fourreau le glaive étincelant,.

Mais l'ange, reprenant aussitôt lu parole,

En le raillant lui dit sur un ton bénévole :

—** Non, tu n'es pas le roi, mais l’un de ses bonftons. ‘Tu porteras demain le collet en festons,

‘* Les grelots éveillés et le chapeau conique ;

‘Ta prendras des leçons d'un vieux singe comique : “Tous te commanderont : à tous je l'ai permis ;

‘ Que le dernier valet te trouve bien soumis, ”

C’est en vain que Robert jure, prie et menace, n vain qu'il s'humilie où montre de l'audace, On le chasse, on le pousse au bas des escaliers, Un groupe jovial de petits écuyers

Court au devant de lui pour rire de ses larmes. l Il sort et les soldats lui présentent les armes, Et leur rire éclatant fait défaillir son cœur. Alors on applaudit, et puis un cri moqueur :

‘# Vive le roi!” s'élève au milieu de la foule, Et d’échos en échos sous les toits ce cri roule

Quand les premiers reflets du matin radieux Avec l'odeur des prés montèrent vers les cieux, Robert se réveilla, se disant en lui-même :

‘ Le rêve que j'ai fait est d’une horreur extrême ! ” Mais lorsqu'il se tourna sur son dur oreiller Pour fuir ce rêve horrible et mieux se réveiller, Il entendit frémir la paille de sa couche.

Alors il frissonna, rouvrit un œil farouche,

Et vit, à ses côtés, le casque et les grelots ;

Il vit aussi plusieurs coursiers dont les sabots Morduient incessumment le pavé de l’étuble ;

Il vit, dans un des coins de ce lieu détestable, Accroupi près du mur et rongeunt un grignon, Le singe qu’il avait reçu pour compagnon.

Ce n’était pas un rêve ! et sa gloire première S'était, dans un moment, en allée en poussière !

Plus d’un jour s’écoula, La Sicile eut encor,

Comme au temps de Saturne, un heurenx âge d’or ! ' Chaque automne on voyait, sous le règne l’Ange, Champs couverts de moissons et féconde vendange !

Et l’antique géant que Jupin enchaîna, Eucelade, dormait sous le brûlant Etna !

Mais Robert cependant voyait fuir les journées

Sans que rien n'adoucit ses tristes destinées.

Il était sombre et dur. II portait les chiffons

Dont on avait toujours affublé les boutffons.

Pour se moquer de lui, les valets et Les pages Venaient lui demander si ces beaux apanages

Avaient toujours été ses vêtements royaux.

Sur sa table on portait les plus mauvais morceaux. Les chevaux, à cette heure, et le vieux singe immonde Etaient les seuls amis qu'il connut dans le monde.

Il n’en avait, hélas . Pourtant pas moins d'orgueil !

Et quand il s'éloignait de son ignoble seuil,

Souvent l’auge, prenant une démarche grave,

Veuait à sa rencontre, et d’une voix suave

Mais d'un ton qui devait Ini causer de l’effroi,

En 8e penchaut vers lui, disait : ‘ Es-tu le roi ? ” Alors une rougeur couvrait ses traits livides,

Il relevait sou front sillonné par les rides,

Et répondait toujours avec rage et hauteur :

— “Oui! oui! je suis le roi! Tu es qu'un im posteur ! ??

Trois ans allaient finir bientôt. Une ambassade Vint s'arrêter, un soir, devant la colonnade

De l'antique palais des rois siciliens.

Urbain, voulant encor resserrer des liens

Qu'il avait respectés depuis le premier âge,

Avait dit à Valmond d'envoyer un message

Au roi Robert leur frère. 1] les priait tous deux D'oublier, pour un jour, leurs soucis trop nombreux Et de venir passer dans la ville éternelle

Le jeudi-saint. C'était cette heureuse nouvelle,

Que les ambassadeurs du monarque Allemand Venaient au Roï Robert porter en ce moment.

L'Ange reçut alors avec magnificence

Ces nobles envoyés d’une grande puissance.

Il les fêta, leur fit les présents les plus beaux :

De riches bracelets, de superbes anneaux,

Des manteaux de velours bordés de peaux d’hermine Et des habits brodés d’une étolte très fine.

Il partit avec eux, et ses légers vaisseaux,

Toutes voiles au vent, sillonnèrent les eaux.

Or, sur le sol Romaiu, de bourgade en bourgade, Fièrement chevaucha la noble cavalcade

Avec éperons d’or et vigoureux coursiers, Grands panaches de plume et brillants étriers.

Assis comiquement sur une vieille rosse

Dont le poil rude et lous défiait toute brosse, Qui, tour à tour, amblait, galoppait, trottinait, A la suite des grands le roi Robert venait.

Ses légers oripeaux voltigeaient à la brise ;

Le singe, à ses côtés, grimaçait à sa guise ;

Et des troupes d'enfants ricaneux et baivards, Ce Pour le voir chevaucher, venaient de toutes parts. | La Et Re Le Saint-Père, accourant sous les vastes portiques, La

Dignement accueillit ses hôtes maguifiques.

Sur la place Saint-Pierre, avec émotion,

À tous il leur donna sa bénédiction,

Et des musiciens la troupe réunie

Fit résonner les airs d’une douce harmonie.

Or, pendant qu'avec l’Ange il converse gaîment, Robert le vieux bouffon s'Avance hardiment,

Range la multitude et dit d’une voix haute :

—“*Je suis le roi Robert ! Chasse bien loin cet hôte ! ‘ C’est un vil scélérat qui se déguise en roi!

‘ Le seul roi de Sicile, Ô saint Père, c'est moi ! Si je suis malheureux, ma profonde misère

‘Ne doit pis tem pêcher de reconnaître nn frère ! ”

Surpris de ce discours, le vénérable Urbain ?

Interroge des yeux le visage serein De l’Auge qui sourit et ne veut rien lui dire. Mais l'empereur Valmond, en éclatant de rire, Lui demande : Est-ce donc la coutume chez vous, Mot frère, de garder pour bouffons des vrais fous ? Ët le pauvre Robert, honteux, la tête basse, S'en alla se cacher parmi la populace.

Cependant l’on chôma, dans lillustre cité,

La Sublime Semaine avec solennité ;

Et, le Samedi-saint, une vive lumière Respleudit dans le ciel d’une étrange manière. La présence de l'ange, avant que le soleil

Eut doré les coteaux de son éclat vermeil,

Faisait briller les airs d’une adorable teinte,

Et les chrétiens, remplis de ferveur et de çrainto, Croyaient que le Sauveur, sorti de son tombeau, Triomphant, s'élevait vers le ciel de nouveau.

Le malheureux bouffon sur sa couche de cendre Vit, dans le même temps, quelques rayons descendre Et remplir son taudis d’une étrange splendeur. Puis, une voix du ciel vint lui parler au cœur. I'entendit frCumr, ans Pair limpide et calme, Les repl's d’un linceul, les feuilles d’une palme ; Et, tombant à genoux, navré par les douleurs,

Le front contre le sol, il répandit des pleurs.

Mais l'heure du reto:r scunua. Les deux grands princes Durent enfin ‘onger à revoir l'irs provinces.

Ils partirent. Valiuoud, oux Los Danuhiens,

Fut avec allégresse acclamé pas 1e: crens,

Et l'ange dirigea ses pompeux équipages

Jusques à Salerno qui dort sur les rivages ;

Et de là ses vaisseaux, fendant le flot amer,

Voguèrent vers Palerme au-delà de la mer.

Quand il fut sur son trône, en sa superbe ville, Sur son trône entouré de la foule servile,

Il entendit sonner, au elocher du couvent,

L\ prière du soir que les ailes du vent

Ou les anges de Dieu portaient, avec mystère, Et de là terre au ciel et du ciel à la terre,

IL invita sa cour à sortir un moment

Et manda le bouffon qui vint docilement,

nces

Et, quand ils furent seuls dans la salle du trône,

Il lui jeta ce mot comme on jette une aumône :

‘ Es-tu le roi ?” Robert courbant la tête alors,

Et poussant un soupir, l'âme en proie aux remords, Répondit humblement aux paroles de l'ange :

‘Je ne suis qu'un méchant dont le l'rès-Haut se venge ! “ Mon orgueil a tourné contre moi le Seixneur !

‘* L'aspect de mon péché me remplit de frayeur : “J’entrerai dans un cloître et ferai pénitence !

‘ Et, jusqu'à ce que j'aie expié mon offense,

‘Je monterai, pieds-uus, devant le monde entier,

‘ Du ciel qui me punit le douloureux sentier! ”

Or, pendant qu'il parlait, plus suive que l’ambre, Un céleste parfum renplit toute la chambre,

Et d’uu éclat nouveau l'ange saint resplendit,

Et par une fenêtre alors on entendit,

Malgré tout le fracas et les cris de la place,

Le chant alternatif, plein de force et de grâce,

Des bons religieux du vieux cloître voisii

Qui disaient ce verset du cantique divin :

Deposuit potentes de sede, et exraltavit humiles ! ‘Son bras a renversé les puissants de leur siéve, ‘Et porté jusqu'an ciel Les humbles qu’il protége,” Et plus haut que ce chant retentit une voix, Douce comme les chœurs des oiseaux sous les bois, Les murmures joyeux d'une vive fontaine,

Ou les vibrations d'une cloche lointaine :

—‘* Robert, je suis un ange et vous êtes le roi ! ” Eu entendant ces mots, Robert, saisi d’effroi, Lève timidement son humide paupière,

Mais il ne voit personne, ct, l’ange de lumière Vers le diviu séjour à repris son essor.

Il vêt comme jadis un manteau de drap d'or ; Comme jadis il ceint l4 couronne royale ;

Et, quand les courtisans entrèrent dans la salle, Ils le trouvèrent seul à genoux humblement

Et plongé tout entier daus le recueillement.

nt.

ie

ED EME EEE

(Traduction)

Le vent d'hiver soufflait. Sur les campagnes nues

La neige avait semé des flocons argentés,

Et l'étoile égayait de ses molles clartés

Le firmament d'azur où flottaient quelques nues.

La ville, d’où montait un bruit continuel,

Allumait, tour à tour, ses brillants réverbères ;

Et la nuit commençait, la nuit des grands mystères, La nuit sublime de Noël!

Daus les beffrois altiers et les humbles tourelles Les cloches balançaient des accords merveillsux

Oh! comme en cette nuit leurs accents sont joyeux ! Comme leurs grandes voix en cette nuit sont belles ! Bien des pauvres humains, lassés de leur labeur Et courbés sous le poids d’une noavelle année, Pensent voir refleurir leur jeunesse fanée

Et songent alors au bonheur !

Cette nuit voit l'amour remplacer la vengeance, Le pardon relever le coupable soumis ; Lille voit l'union des plus fiers ennemis ; Elle voit, sous le chaume où régnait l’indigence, Les Âmes espérer un meilleur lendemain ; Elle voit le sourire où coulaicnt bien des larmes, La sainte charité dissiper les alarmes

Qui tourmentent le cœur humain.

L'automne, en s’en allant, laissait, sur nos rivages, Un parfum tout étrange. Accord délicieux, Le riche et l’indigent levaient ensemble aux cieux Un cœur plein d'espérance, un esprit sans nuages. La paix et l’allégresse habitaient les palais ; L'amour et l'abondance étaient dans les chaumines ; Et rien n'était plus gai que les voix argentines

Des enfants réjouis et frais.

Muis le deuil planait sur l’une de ecs demeures Où règnent d'ordinaire et la joie et les ris,

Et puis l’on entendait, sous les riches lambris, Le désespoir sonuer de lamentables heures.

Une petite voix faiblemeut murmurait,

Au milien du silence, une pliinte légère,

Et d'instant en instant les saunglots d'une mère Disaient qu'un enfant se mourait,

Tendus jalousement, de beaux ridenux de soie

Enveloppaient son lit de leurs moelleux contours ;

Les pieds, sans bruit, foulaient des tapis de velours,

Les jouets curieux dont il faisait sa joie

N’avaient rien maintenant qui put l'émerveiller ;

Et les jolis cheveux dont ses épaules rondes,

Avec grâce tantôt portaient les boucles blondes, Flottaient épars sur oreiller,

Les ressources et l'art d'une ville savante Pour sauver un enfant se virent épuiscr ;

Is n’empêchèrent Pas un fil de se briser,

Un mot sombre et fatal de semer l'épouvante ! Une mère invoqua tout son amour en vain ; I ne sut pas, non Plus, retenir auprès d'elle Cet objet tant chéri qui tendait sa jeune aile

Pour voler au séjour divin.

Elle était à genoux au chevet de la couche, S'efforçant, pour calmer son douloureux transport, De rire au bien-nimé que lui prenait la mort.

Elle baisait son front et sa petite bouche ;

Elle lui fredonnait un suave refrain ;

, Lui disait que bientôt il irait aux vallées

Preudre des papillons, ces douces fleurs ailées Qui naissent dans le ciel serein.

Il sourit tout à coup en rejetant son lauge, Et l’on ne sentit plus battre son petit cœur.

Sur sa lèvre entr'ouverte ainsi qu’une humble fleur Un soupir expira. Quelque chose d’étrange Paraissait imprimer à son front radieux

Une vive surprise unie à l’allégresse ;

Et ses grands yeux d'azur semblaient fixés sans cesse Sur un objet mystérieux.

Venu, sur un rayon, des voûtes immortelles, Un auge, enveloppé d’un nuage éclatant,

S’avançait vers l’alcove où reposait l'enfant. Eu entrant il avait replié ses deux ailes, | Scruté de son œil doux ce sommeil sans réveil | Et parlé sans nul doute un céleste langage ; |

Et toute la maison avait, à son passage, A Resplendi comme en plein soleil. P Q Pendant qu'avec bonté ce messager céleste A S'inclinait sur le nid, tout petit, tout soyeux, S! D'où ue s'élevait plus nul rumage joyeux, D Et que sur sa poitrine, avec un tendre geste, 11 appuyait le front de son nouvel ami, Uu froid mortel saisit la mère infortunée ; At

Celui qu’elle aimait taut l'avait abandonnée, S'était à jamais endormi !

Cependant, déployant ses ailes de lumière, Vers les parvis sacrés l'ange prit son essor, allait au-delà de tons ces astres d'or Qui sont dans l'infini comme un flot de poussière, Or, pendant qu'il portait l’objet de son amour, En triomphe, bien loin d'une ingrate patrie,

mit à ses côtés une rose encillie

Naznère an terrestre séjour,

Et le petit enfant lui demande une chose, C’est que sa mère monte avec lui dans les cienx. Il fixe, tour à tour, un regard anxieux Et sur sa face Auguste et sur la fraîche rose Qui repose toujours près de son cœur aimant.

Et l'ange, souriant de son inquiétude, Le presse sur son cœur avec sollicitude Et lui fait ce récit charmant :

Apprends, Ô mon ami, que le ciel à la terre

Par de touchants rapports à voulu se lier E

Qu'il voit ce qui s'y passe et ne pent l'oublier.

Les longs tourments de l’homme e6 sa joie éphémère Au ciel trouvent toujours un écho solennel,

Sur la terre l'amour bien vite, hélas! s'épuise ; Dans le ciel, au contraire, il croît, se divinise ;

Dans le ciel il est éternel !

Au fond d'un quartier Pauvre, en cette grande ville Dont, au-dessous de nous, tn vois luire les toits,

Et dans un gîte obscur se trouvait, autrefois,

Un orphelin. Toujours souffreteux et débile,

Il n'avait pas connu, celui-là, la pitié,

Jamais dans le chemin d’une existence aride,

Jamais la charité n'avait servi de guide Hélas ! à son timide pié !

Tous les abattements et toutes les misères Qui ne viennent à vous que sur l'aile des ans, Et dont l'enfance isnore, an moins, les traits cuisants, Broÿaient son jeune cœur dans leurs cruelles serres! Au mitin de la vie, il en voyait le soir.

Pour nourrice il avait l’indigence au sein maigre, Pour unique héritage il eueilinit nn mot aigre Quand il passait sur le trottoir.

Trop faible pour prier, n’ayaut nul camarade

Qui voulut près de lui demeurer un moment, | ! Il voyait tous ses jours s'écouler tristement,. | Il Bien souvent il mettait son pauvre front malade, F Comme un roseau brisé, dans ses petites mains ; A

Appelant le sommeil qui le fuyait sans cesse, I laissait, bien sonvent, sa tête avec tristesse Tomber sur ses grossiers coussins.

Et parfois son esprit s'égarait dans les rêves. [9]

Il entendait chanter les oiseaux des forêts ; D

Îl suivait les semeurs courbés sur leurs guérets ; E

Il foulait sous ses pieds le sable d’or des grèves ; D |

RER pa pe 3 peser ef

Gta enr arret

I voyait des enfants courir sur le gazon, Egrener, dans les airs, les sons de leurs voix gaies, Et traîner derrière eux l'aubépine des haies

En retournant à la maison.

Dans ce coin désolé, dans cette rue obscure Où vivait, délaissé, le petit orphelin, À peine se glissait le rayon du matin.

Quand l'air chaud de l'été ranimait la nature, Cet air, que vous aimez, qui n'a rien d'accablant Dans les riints bosquets qui vous prêtent leur ombre, Suffoquait le petit sous sou toit bas et sombre Ou sur le pavé tout brûlant.

Par un jour des plus beaux que le ciel vous envoie, Tout chantait dans les airs, la ville était tout bruit, [Il sortit de nouveau de son triste réduit Et, d’un pas chancelant, suivit la grande voie, Il était fatigué quand il vit un jardin Fermé de tous côtés par un long iaur de pierre : Au milieu s'élevait une maison priucière Dont l'aspect l’arrêta soudain.

LA se berçaient au vent des arbres gigantesques ; Les rameaux verts formaient plus d’un antre vermeil Où jouaient tour à tour et Pombre et le soleil,

Des guirlandes de fleurs tombaient en arabesques

Et caressaient le front d’un enfant gracieux,

Des fontaines, des puits, en ruisselantes gerbes,

Lançaient de fraîches eaux qui tombaient sur les herbes Avec des bruits harmonieux.

L'orphelin avança sa figare amaigrie A travers les barreaux de la porte de fer.

Il contempla longtemps cette ondulante mer De verdure et de fleurs, de bois et de prairie Qui s’offrait tout à coup à ses regards surpris. Dans ses heures de paix, dans ses rêves de rose, Jamais il n'avait vu si ravissante chose

Sourire à ses jeunes esprits.

Vous étiez à jouer alors dans les allées ; Votre petite main jetait des fleurs en l'air, Et puis de votre bouche un rire frais et clair

S'échappait tout à coup, quand ces fleurs effeuillées

Retombaient en flocons sur vos jolis cheveux.

Là de cette maison se trouvait l'espérance.

L'on éloignait de vous avec soin la souffrance, P 6 l'on veillaié sur tous vos jeux. D

Du seuil de la maison, cependant, la servante, ÿ C Lasse d’apercevoir ce front pâle et vilain, S: Alla tout droit trouver le petit orphelin, V.

Et, lui jetant un sou d’une main méprisante,

Lui dit avec rigueur de bientôt s’en aller.

Or, quand il enteudit cette parole dure,

De ses grands yeux rêveurs sur sa maigre figure L’. Des pleurs se mirent à couler. Ch

Mais votre cœur enfant, votre cœur sut comprendre L’amertume des pleurs qu’un enfant comme vous Répandait, sans pourtant ressentir de courroux. Et, laissant là vos jeux, vous avez été prendre Au parterre une fleur, la plus belle du lieu, Et vous êtes venu, courant sous le feuillage, La lui donner gaiement à travers le grillage, En lui disant un doux adieu.

L'aspect de cette fleur, son éclat, son arôme, Le charme tout nouveau de ce mot généreu X, Pour l'esprit désolé du petit malheureux Tarent, en ce moment, comme nn suave baume.

Lui que tous accueilliient avec des mots d’aigreur, Il ressentit alors une joie inouïe :

Il garda, dans sa main, la rose épanouie, Et le tendre mot dans son cœur.

Puis il s’en retourna, plein de reconnaissance, Dans son pauvre réduit. Pauvre !.... oh! non ! désormais Il est tout inondé de lumière et de paix !

Et les rêves légers de la douce innocence, Comme les blanes flocons au milieu d’un ciel noir, Sur la couche Paisible où le petit sommeille Voltigent par essaims à Ja lueur vermeille Des étoiles de ce beau soir !

L’aurore n'avait point du chevet solitaire Chassé la vision ; et le pauvre petit,

Plus faible que la veille, avait gardé le lit.

Avuait-il entendu, ce jeune prolétaire,

Les riches lui parler avec calme et bonté,

Que tout fut, ce jour-là, d’une douceur extrême ?

Oh ! c'était cette fleur dont le charme suprême Eloignait toute anxiété !

En regardant la rose, il avait un sourire, Bien qu’il en vit tomber, dans sa débile main, Une par une, hélas! les feuilles de carmin !

46 C’est donc ainsi, mon Dieu ! que toute fleur expire. .. & O toi, tu renaîtras, dit-il, dans ses transports. . . .” Le lendemain matin, lorsque, dans la mansarde, L’aube laissa glisser sa lumière blafarde La rose et l'enfant étaient morts.

Et l’Ange, souriant, reprit bientôt encore :

—Le Seigneur m’a permis de vous aller chercher Avant que le malheur ne soit venu toucher, De son souffle mortel, vos jours à leur aurore, Avant que le péché n’ait souillé votre cœur ; Car j'étais l’orphelin auquel, dans sa misère, Vous daignâtes offrir cette rose si chère

Avec un mot plein de douceur.

Et dans cette cité dont avait parlé l’ange, Au fond du cimetière, un superbe tombean

Avait été construit du m

Il se voila de fleurs d’une richesse étrange

Sitôt que du printemps le vent tiède soufla,

Et, près de ce sépulcre émaillé de verdure,

Etait une autre tombe, humble, petite, obscure... Nul ne savait qui dormait là !

arbre le plus beau.

Il est des droits sacrés qu’il faut savoir défendre,

De grands devoirs qu'il faut accomplir. Pour comprendre Ce que le ciel commande et ce que l’homme fuit,

I fant du premir homme admettre le forfait

Et du Christ incarné le sanglant sacrifice.

On proclame bien haut l'amour de la justice,

Mais on oublie, hélas! de graver en sou cœur

Ce que la bouche loue avec tant de chaleur.

Dieu ramène pourtant chaque chose à sa gloire :

C’est ce que je dirai dans une courte histoire,

Jean Dumas habitait, non loin de la cité, Une blanche maison sous les bois. En été,

Les oiseaux voltigeaient sur les branches des hêtres Et venaient, le matin, jusque dans les fenêtres Pour chanter au réveil leurs joyeuses chansons ;

En hiver, le fléau battait dru les moissons,

Et puis l’on festoyait comme c’est la coutume.

Or, les coups répétés du marteau sur l’enclume Disaïent que près de là vivait un forgeron.

Il se nommait, je crois, Cyprien Bergeron.

Si je l'appelle ainsi ce n’est pas pour la rime.

Les deux voisins heureux se montraient de l’estime, Mais ils ne marchaient sous la même couleur ;

L'un était libéral, l’autre, conservateur.

Ils eurent à la fin une ardente dispute Au sujet des héros qui commencçaient la lutte, Pour un siége d’un jour, dans notre Parlement. Jean dit à Bergeron:

—Tu parles sottement ; Ton candidat est fonrbe et ta cause est mauvaise.

Et l’antre répliqua, bondissant sur sa chaise : —Ma cause est bonne et mon homme vaut mieux que

[vous !

—Tiens ! si je le voulais tu serais avec nous.

—Comment ?

—Tu n’est pas libre.

—Est-ce quelque menace ?

—Je puis, si je Le veux, te chasser de 1

à place.

—Me chasser ?

—T'e chasser !

—Tu ne le feras pas !

Je le ferai, bien sûr, si, demain,

tu ne vas Pour

l’homme de mon choix enrégistrer ton vote.

—Jamais !

—Tu me dois ?

—QOui.

—Tu me paieras.

us ! — Despote !

— Un grand mot que j'ai lu dans ton petit journal.

Je ne te ferai Pas, moi, de discours banal, Mais je te chasserai de ta pauvre boutique !

—Bauh ! j'aurai pour abri mon drapeau politique.

La querelle dura lougtemps et fit du bruit, Dumas ne dormit point, rêvant, toute la nuit, Aux moyens d'exercer le plus tôt sa vengeance. Il fit vendre la forge et rit de l’indigence Où tomba tout à coup son malheureux voisin, Puis ensuite il noya ses remords dans le vin.

Trente ans sont écoulés. Dans les vertes prairies

Qui s'étendent au Nord, comme des mers fleuries,

Au bord du lac Saint-Jean, derrière nos grands monts, Il s'élève un village où nombre de maisons,

Pleines de frais enfants, grouillent comme des ruches. Dans l’âtre,aux jours de froid, flambent gaîment lesbûches Lorsque le vent se tait et que les cieux sont clairs,

On voit de tout côté s'élever dans les airs

Les colonnes d’argent de la molle fumée.

ts,

hes

Le givre émaille alors la fenêtre formée.

Plus tard, la porte s'ouvre et le Joyeux soleil Jusqu'au cœur du foyer plonge un reflet vermeil, Et les bois tont en fleurs y versent leurs dictames, Doux comme les vertus de ses naïves âmes.

Dans l’une des maisons, en face du châssis

Qui donnait sur la route, un homme était assis,

Un vieillard, Il avait la chevelure blanche,

Le dos courbé, l'air doux et la figure franche.

Il fumait en silence, et son regard rêveur

Suivait, au bord du lac, une étrange vapeur

Que le vent déployait comme nn voile de soie,

La maison de cet homme était pleine de joie :

Le bonheur l'inondait de ses divins rayons,

On voyait à l'entour onduler les sillons ;

Les vergers lui donnaient des fruits tont pleins d’arôme, Et les pins toujours verts la couvraient de leur dôme, Elle était comme un nid enfoui sous les fleurs :

Le rire éclatait là, là s’essuyaient les pleurs.

Eu face s'élevait une forge ; et sans cesse Sous l’enclume de fer qui tintait d'allégresse On entendait tomber l’implacable marteau.

Le soufflet, haletant sous son large manteau, Attisait le foyer. Se brisant en parcelles, Le fer rouge battu lançait mille étincelles Autour de l’ouvrier content de son labeur.

Bien souvent le vieillard encor plein de vigueur T. Veuait à l'atelier pour reprendre sa tâche. Q Il n'aurait pas voulu s’affaisser comme un lâche, Ce Au coin de son foyer, sous le fardeau des ans, P: Comme font de nos jours tant de vieux artisaus. Pe Mais sou fils, toutefois, le plus souvent peut-être, G:

Faisait seul la besogne, et la faisait en maître. Et Il rentruit à sou tour les bras noirs de charbou, l'a Mais qu'importe ? il avait travaillé, c'était bon. De

Ur

Et Pendant que le vieillard fumait, souriant d'aise, Bl Assis moelleusement duns une grande chaise, Bel Et que Paul, son garçon, était à l’atelier, En La mère, alerte encor, surveillait le cellier ON Et les filles, chautant quelques chansons nouvelles, Et Cousuient le linge blanc ou nouaient des dentelles. Au Le temps que Dieu donnait on savait l’employer. On

Un Christ, les bras tendus, protégeait le foyer.

Non loin, sur le chemin bordé de bois d'érable, Tiré par un cheval poussif et misérable, Venait un chariot. Il était encombré :

Des lits, des bancs, des sacs ! Tout cela délabré,

Tout cela revêtu de cet air de détresse Qui choque le regard et même vous oppresse, Ce pénible attelage était, hélus ! guide

Par un homme bien vieux. Son front chauve et ridé,

Penché presque toujours sur la route de suble, Givdait d'un long chagrin la trace impérissable, Et les essieux criaient, et leurs cris agaçants Faisaient, par-ci par-là, sourire les passants. Derrière la voiture, un bœuf qui se lamente,

Uu chien la tête basse et que lu soif tourmente

Et deux femmes, LA fille, une jeunesse encor, Blonde avec un œil tendre, avec des cheveux d’or, Belle malgré ses pleurs et sa pâleur extrême ;

La mère, bien âgée et s'oubliant soi-même

Pou: ne souger toujours qu’à ceux qu'elle chérit. Et toutes deux s’en vont sougeant dans leur esprit Aux beaux jours d'autrefois qui sont passés si vite. On dirait que, honteux, le vieillard les évite ;

Et lorsqu'ils sont ensemble aux heures de repos Rarement il se mêle à leurs tristes propos.

Tout à coup cependant le chariot se brise :

Une ornière, un caillou, l’on ne sait. La surprise Pour les trois voyageurs est grande assurément, On regarde, on soupire, on demande comment On pourra supporter une pareille épreuve.

La voiture, c’est vrai, n'était pars toute neuve, Mais en fn l’on s'était bien rendu jusqu'ici,

i me pas aller un peu plus loin aussi ?

Le forgeron, toujours à sa fenêtre ouverte, Regardant le lac bleu dans sa ceinture verte, Regardant chaumes, vals et prés d’un œil distrait, Aperçut la voiture au moment qu'elle entrait Dans le petit village avec sa charge lourde ;

Il enutendit aussi, je crois, la plainte sourde

Des essieux mal ferrés qui se rompaient soudain.

—Paul, cria-t-il, allons donner un coup de main A des colons nouveaux qu’un accident, sans doute, Vient d'arrêter là-bas, au milieu de la route.”

Vous le savez déjà, Paul c'était son garçon ;

Il forgeait en chantant comme un joyeux pinson. Il sort, et tous les deux, le fils avec le père Vont aider le vieillard qui pleure et désespère. On porte à la maison le pauvre mobilier ;

Le chariot boiteux se traîne à l'atelier,

Et les deux forgerons se mettent à l'ouvrage. Faire la charité leur donne du courage.

Le soufflet bourdonuant allume un feu d'enfer Et les pesants marteaux tombent dru sur le fer

Quand le travail fut ait il était soir. La grive Eparpillait déjà sur la paisible rive,

Comme des diamants, les notes de sa voix.

L'ombre s’épaississait sous le dôme des bois. L’hôte du forgeron, malgré l'heure avancée, Voulut poursuivre alors sa route commencée,

— Je vais partir, dit-il, mais il faudrait d’abord Payer ce que je dois.

— Pour qu’on reste d'accord Ne offrez rien du tout, non! pas la moindre somme, Passez ici la nuit et dormez un bon som me, Reprit le forgeron avec un franc souris.

Les jeunes gens se sont toujours vite compris.

Un tendre Sentiment, une amitié sincère

Entre Paul et ses sœurs et la jeune étrangère

Naquit à l'instant même. On descendit gaiement, Par un sentier de fleurs, au bord du lac dormant,

Et, sur un tronc moussu, les pieds tout près de l’onde, On alla s'asseoir. Paul, près de la fille blonde

Se trouva, par hasard ou volontairement.

IL était tout heureux, parlait joyeuse ment

Et regardait beaucoup sa compagne jolie.

Cependant je ne sais quelle mélancolie

S'envint clore sa lèvre et noyer son regard.

Parti d’un œil d'azur, un AYON, Comme un dard, L’avait touché soudain ; Un doux rayon de flamme Soudain avait glissé jusqu’au fond de son âme.

—Jamais, se disait-il, jamais le vent du soir Ne s'est levé si pur ! C’est comme un encensoir Qui balance dans l'air les parfums de l’aurore. Jamais Les flots du lac ne sont venus encore

Murmurer à nos pieds des sonpirs si touchants ! Et jamais les oiseaux n’ont fait de si doux chants !

C’est son cœur qui chantait. Et tout est harmonie, Le ciel est près de nous et la terre est bénie Lorsque chante le cœur et s’éveille amour.

Il fallut cependant qu’on songeat au retour,

Car la nuit s’avançait avec son voile d’ombres,

Et les arbres mêlés formaient des masses sombres Où l’on ne distinguait ni feuilles, ni rameaux.

Où fit de longs adieux au lac. Ses fraîches eaux Portèrent jusqu’au loin les charmantes paroles,

Et l’on n’entendit plus, sur les fougères molles, Que les pas mesurés des jeunes promeneurs.

Paul ne marchait pas vite et de nouveaux bonheurs Ce soir-là, croyez-le, rayonnaient sur sa vie.

Sa compagne semblait aussi toute ravie.

Ils n'avaient pas marché la moitié da chemin Qu'ils se parlaient tout bas et la main dans la main.

Cepeudant les vieillards assis devant la porte, Aspirant cet air pur que le soir nous apporte

Quand on est dans les champs, sous les Lois, près des flots,

Causaient en attendant le moment du repos.

— Pour aller, pauvre ami, défricher une terre Vous êtes bien trop vieux, je ne saurais le taire, Disait le forgeron au colon étranger.

—Je le sais bien, hélas ! mais n’y puis rien changer ! Je ne demande Pas, soyez sûr, l'abondance,

Mais le pain qu’au travail donne la Providence. J’ai connu de beaux jours et je les ai perdus.

Je posséduis des biens ; ils ont été vendus.

Mes fils se sont enfuis — à vous je le raconte — Mes fils ont déserté quand ils ont vu ma honte, Quand ils ont vu la fiim s'asseoir à notre seuil. Où sont-ils maintenant ? où leur coupable orgueil Les a-t-il entraînés? Je ne saurais le dire.

Je nai pas Cependant le droit de les maudire Parce que je fus lâche et que Dieu me punit.

Et ce fut en pleurant que le vieillard finit.

— Quelle était, demanda l'hôte, votre paroisse ? Et quel est votre nom ?

Oppressé par l'angoisse, Le malheureux pouvait à peine se tenir.

Sa femme qu'attristait aussi co Souvenir Répondit aussitôt, esSSuyant sa paupière :

—Nous avons demeuré bien longtemps à St-Pierre, Saint Pierre d'Orléans.

Et, parlant presque bas,

L'homme reprit alors :

-- Mon nom est Jean Dumas.

—Jean Dumas, dites-vous ? Quoi ! Jean Dumas, de l’Ile ? Cria le forgeron : Non! non ! c’est inutile !

Tu n’es point Jean Dumas! je te reconnaîtrais!.... Approche donc un peu que je lise tes traits! ....

Ah! sous nos cheveux blancs et sous nos peaux tannées On ne retrouve plus nos jeunesses fanées !

—Quoi! vous me connaissez! quoi ! vous m'avez connu ! Lorsque j'étais heureux êtes-vous donc venu,

Comme je fais ici, vous asseoir à ma table ?

Ah! j'en éprouverais un bonheur véritable !

—Nous nous sommes connus, mais voilà bien longtemps ; Nous sommes à l'hiver, nous étions au printemps.

[homme —Vraiment, c’est bien heureux! mais dites-moi, brave

En quel endroit c'était et comment l’on vous nomme.

—C'était à l’Ile, Jean, reprend le forgeron, Et je me nomme, moi, Cyprien Bergeron.

Dumas reste muet de stupeur ; et sa femme, Poussant de ces sanglots qui vous déchirent l’âme Et fondant tout à coup en pleurs, s'é:rie alors,

Ile ?

nu !|

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