LE CANTIQUE DU BON PAUVRE
Quand la feuille d’ormean tapisse la vallée, Que l'enfant ne suit plus la solitaire allée Pour preudre un papillon, Que les champs, sous la faux, ont vu tomber leurs gerbes, Que l’insecte prudent trottine sous les herbes Et se cache au sillon,
Seigneur, j'espère en toi ; car l'heure qui s’avance, Sur son aile glacée apporte la souffrance
Au seuil de l’indigent ; Seigneur, j'espère en toi, car sur l’homme qui pleure ‘Tu reposes toujours, de ta Sainte Demeure,
Un regard indulgent.
Comme un champ que l’automne a noyé dans sa brume Mon cœur est, en ces jours, noyé dans l’amertume,
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Mon cœur toujours soumis !
Après elle traînant sn lamentable escorte,
La misère, en haillons, s'est assise à ma porte, Je suis de ses amis!...,
Que le riche demeure à l'abri des oranges ; Que la froide saison réserve ses outrages Pour tous ceux qui n’ont rien; Que chaque heure qui vient m’apporte sur son aile Uu pénible regret, une angoisse nouvelle, Si Dieu le veut, c’est bien,
Celui dont le regard veille sur tous les êtres,
Qui nourrit l’araignée au coin de mes fenêtres, Le grillon au foyer,
Pourrait-il, en Voyant son enfant sur la terre
Elever, vers le ciel, un cœur pur et sincère, Ne pas s’apitoyer ?
Si la vie, à mes yeux, n'offre guère de charmes,
Si je mange mon pain détrempé de mes larmes, Mon âme est dans la paix.
Quand à mon Crucifix mes regards 8e suspendent,
Des soucis dévorants, des douleurs qui w’attendent Je ne crains plus le faix.
Chaque saison qui fuit, chaque nouvelle année Nous disent que bientôt l’on verra terminée Notre course en ce lieu :
Et le riche et le pauvre atten dront, en poussière, Le redoutable jour où luira tout entière La justice de Dieu.
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Passez devant mes JEUX, Souvenirs que j'adore !
Comme ces flots d'azur qu'illumine l’anrore, Passez ! passez devant mes yeux !
Comme au milien des nuits ces brillants météores
Qui glissent dans les airs avec des bruits sonores, Passez, souvenirs radieux !
0 jours de liberté ! jours d’amour et d'ivresse Où rien ne captivait ma sauvage jeunesse, Je vous revois encor souvent !
De temps en temps, ainsi, sur la vague en écume Le nocher voit reluire, au milieu de la brume, Les rayons du soleil levant !
Je te pleure toujours, toit bâti par mes pères,
Foyer religieux où tant d’amours sincères Comblaient le cœur du troubadour !
Et toujours je te pleure, à chambre solitaire,
D'où mon regard pensif sur le ciel et la terre Flottait doucement tour à tour !
Je regardais souvent, dans les longs soirs d'automne,
Ces aspects merveilleux qu’ur soleil couchant donne Aux œuvres sublimes de Dieu.
Je regardais la nue avec sa longue frange
Flotter, comme un navire à la structure étrange, Dans un vaste océan de feu.
Je regardais aussi jauuir nos pâturages ;
Je regardais nos bois, sans feuilles, sans ramages, Partout s'endormir pour longtemps.
Mais l'arbre reverdit que le soleil caresse !
Et pour l’homme qui touche au seuil de la vieillesse Il n’est plus jamais de printemps!
Cascades qui sonnez ‘1me des cors de cuivre, Vieux pins qui tout l'hiver vous drapez dans le givre Comme, dans l’hermine, un grand roi, Solitaires sentiers, bosquets pleins de mystères, Fontaines qui courez sous les fraîches fougères, Vous souvient-il encor de moi ?
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Berce-toi, papillon, sur ton aile de gaze,
La rose ouvre Pour toi sa coupe de topaze, Pour toi les prés sont veloutés!
Ah! je voudrais Aussi parmi les fleurs sauvages
Voltiger au hasard sur mes heureux rivages, Loin du tumuite des cités !
O vous dont le bercean lut en nos champs tranquilles, Pouvez. vous respirer l'air empesté des villes Sans resretter vos prés en fleurs ?
Mes yeux de toutes parts n’aperçoivent que l’homme : Dieu semble se cacher ; c'est en vain qu'on le nomme, On ne voit pas bien ses splendeurs !
Je cherche un horizon baigné dans la lumière o ?
Et mes tristes regards se heurtent à la ierre Le)
D'un mur qui tombe inachevé!
Je demande aux Zéphyrs mes arômes champêtres, Et la brise du soir n'apporte À mes fenêtres
Que la poussière du pavé !
Ah! comment voulez-vous que mon âme s'élève, Dans un transport d'amour, vers ce Dieu qu'elle rêve Et que le désert lui montrait !
Du livre où je lisais ln page s’est fermée!
Et jamais je ne vois qu'à travers la fumée Le ciel d'azur qui m'inspirait !
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DT | DULCIA LINQUIMUS ARVA Pourquoi done fuyez-vous notre belle patrie, Jeunes gens aux bras vigoureux ?
N’a-t-elle plus besoin ni de votre industrie, Ni de votre sing généreux ?
Est-ce ainsi que fuyaient, en d'autres temps, nos pères Qui virent tant de jours mauvais ?
D'un rivage étranger les gloires mensongères Ne les séduisirent jamais, {:
Quoi! vous vous exilez! Mais dans nos vastes plaines N’est-il pas de place pour tous ?
Craignez-vous de l'hiver les rigides haleines ?
L'été n'est-il pas assez doux ?
Sont-elles sans parfums les fleurs de nos charmilles ? Sans ombre nos grandes forêts ?
L'amour et la vertu croissent dans nos familles
Come les blés dans nos guérets.
Aiguillonnez les flanes de la glèbe féconde ;
Traînez partout le soc vainqueur; A S Des sueurs du travail que votre front s'inonde ; Le travail retrempe le cœur.
Transformez nos déserts ; que la ronce sauvage ps
Fasse place à l’or du froment ; Laissez à vos enfants, pour premier héritage, L'exemple d’un grand dévoñment. |
| Un son qui vient de loin vous trouble et vous enivre : | Est-ce donc un concert si beau ?
C'est la voix de lairain, c’est la elamerur du cuivre, L Le eri du fer sous le marteau! | Ah! combien plus sacrés sont les accents rustiques | Qui font retentir nos hameaux !
Voix de nos gais enfants, chants des vierges pudiques, Soupirs du v {dans les rameaux !
Ecoutez ! écoutez l’implacable musique !
Ecoutez l'étrange elameur !
C’est le sourd grondement de l'immense fabrique Où les engins chantent en chœur !
Le râle des pistons plongeant dans les chaudières Leurs énormes jambes d'acier,
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Comme plongent parfois, aux gués de nos rivières, Les sabots d’un fougueux coursier !
C’est le bruit des marteaux qui font hurler l’enclume Comme un taureau dans l’abattoir !
C’est le pétillement de la flamme qu’allume L'haleine d’un grand soufflet noir!
Ce sont les cris stridents des ardentes bobines, Des cylindres vertisineux !
C’est ie concert bruyant de toutes les machines Qui rendent l’homme paresseux !
Et, parmi tous ces bruits, une plainte s'élève, La plainte du pauvre ouvrier
Qui travaille dès l'aube et jusqu’au soir sans trève, Et n’a pas le temps de prier.
Sa femme, ses enfants, comme d’humbles esclaves, Sont tous les jours à leurs métiers.
Hs vieillissent ainsi sans briser les entraves Qui les enchaînent tout entiers !
Ah ! si les habitants des villes ouvrières Avaient l’ombre de nos grands pins !
S'ils avaient les parfums de nos fleurs printanières, L'air embaumé de nos matins !
S'ils pouvaient, comme nous, en s'armant de la hache, Défricher un sol plantureux,
Comme ils accompliraient leur glorieuse tâche, Et qu'ils se trouveraient heureux !
Aimez, Canadiens, le sol qui vous vit naître, Et qu’il ne soit jamais qu’à vous !
Sur des bords étrangers chacun est votre maître : Demeurez libres parmi nous !
Aimez votre village et vos temples champêtres Où Dieu vous parla tant ue fois.
Aimez le cimetière où dorment les ancêtres Sous l’humble égide de la croix !
LE RETOUR AUX CHAMPS
Enfiu, j'ai secoué la poussière des villes ; J'habite Les champs parfumés.
Je me sens vivre ici, dans ces vallons tranquilles, Sur ces bords que j'ai tant aimés.
L’ennui me consumait dans tes vieilles murailles, 0 fière cité de Champlain !
Je ne suis pas, vois-tu, l'enfant de tes entrailles Et ton cœur me semble d’airain,
Je suis né dans les champs ; je suis fils de la brise Qui passe en caressant les fleurs ;
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184 LE RETOUR AUX CHAMPS
Je suis fils du torrent qui mugit et se brise Sur le roc avec des clameurs !
Je suis né du désert, du désert sans limite Où règnent le calme et l’effroi ;
Je suis né des forêts que la tempête agite, à Des cimes dont l’aigle est le roi !
Mes premières amours, douces fleurs des vallées, a N'ont-elles pas été pour vous ?
Pour vous, rocs au front nu, forêts échevelées, Vagues des fleuves en courroux ?
Pour vous, charmants oiseaux qui semez, à l’aurore, Les doux accords de votre voix,
Comme des diamants qu'égrène un vent sonore, a Après l'orage, sous les bois ?
Je souffrais dans ces murs où s’entasse la foule, Où l'herbe ne reverdit pas,
Où la fleur ne naît point, où la poussière roule Comme un flot sale sous nos pas !
J'avais bien assez vu comme le fort repousse . Le faible à son boulet rivé,
Comme de sou orgueil la sottise éclabousse L'esprit qui traîne le pavé!
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LE RETOUR AUX CHAMPS
Nul vent harmonieux ne passait sur ma lyre, Et mes chants étaient suspendus,
Je ne retrouvais plus le souffle qui m'inspire, Et je pleurais les jours perdus !
Il me fallait de l’air, le parfum des prairies Où fleurissent les blancs muguets ;
Il me fallait l’espace et ces courses chéries Le long des onduleux guérets !
Il me fallait le calme, alors que chaque étoile Sourit comme un resard de Dieu, Calme que rien ne rompt si ce n’est une voile
Qui retombe sur le flot bleu !
Il me fallait revoir, au milieu de la plaine, Oùsur le penchant du coteau,
Le laboureur qui rêve à la moisson prochaine En ouvrant le sillon nouveau !
Il me fallait l'odeur du foin qui se dessèche Sur le champ où passe la faulx,
L’odeur du trèfle mûr que fluirent dans la crèche,
En hennissant, les fiers chevaux !
Il me fallait encore entendre l'harmonie Du nid que berce le rameau ;
Il me fallait entendre encor la voix bénie Du vieux clocher de mon hameau !
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