‹ Petits poèmesChapitre 5 sur 30 · LA CHAÎNE D'OB · texte numérisé non relu

LA CHAÎNE D'OB

S'approcha de la Uible où biillaieiit flears et feux. De nouveau vers la Vierge elle leva les yeux Puis laissa retomber, sous la clarté sereiue. Près des yases de fleurs, une brillante chaiae.

£u Yoyaut Bernadette offrir sa chaîne d'or La Mère des douleurs parut sourire encor.

Quelques jours ont passé. Près d'un feu qui pétille Dnmaiioir, entouré de sa jeune famille; Pleure silencieux. Le veut perce les toits.

Un petit mendiant, se soufflant dans les doigts, Vient, pour l'amour de Dieu , demander l'assistance. Dans la maison eu deuil reparaît quelqu'aisance : Bernadette à touché le Seigneur par sa foi, !Et son père, un matin, a trouvé de l'emploi.

— Donne, ôt Dumanoir, donne à chaque misère 1 Donne, ma Bernadette, afin qu'une autre mère, En ces jours de malheur, ne meure pas de fiiim ! .

L'enfant au petit pauvre apporta tout un pain.

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(Traductùm)

La Saint- Jean approchait. Le soir de la vigile^ Le saperbe Robert alors roi de Sicile, Fièrc de IVmpereiir et du pontife Urbain, Affectant pour l'Eglise un respect souverain, Vint, suivant la coutanie, en pompeux équipages, A l'office de Vêpre ; et chevaliers et pages, A genonx près de lui, priaient avec ferveur Pendant qu'il écoutait le chant sicfé da chœur.

Or, les prêtres, debout au fond de la chapelle. Dirent Magnificat Et leur voix solennelle.

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D«\iiB ce chaut Alterné des BubUines versets ,

Fit tressaillir la nef oii de pâles reâets,

Les derniers du soleJl couchant; jouaient encore.

Et le roi fut frnppé de ce verset sonore

Qui soudain retentit comme nn cri de héraut;

Et qu'à dessein, peut-être, on chantait un peu haut ;

Dêpotuii patentée de tede, et exaltavit humiles !

AlorS; avec lenteur mais avec arrogance;

Levant son front royal; au prêtre qui s'avance

Il dit : *^ Ex pli que -moi ce singulier refrain.

Le prêtre lui répond avec un air serein :

'* Son bras a renversé les puissants de leur siège,

" Et porté jasqu^^u ciel les humbles qu'il protège.

Eu entendant cela, le monarque, surpris.

Murmure avt^c colère et d'un ton de mépris :

— '* C'est bien heureux pour vous, sachez-le;que les prô'res

** Comprennent seuls ces mots séditieux et traîtres,

'^ Et que dans votre Eglise on les chante en latin I

** Mais que peuples et clercs tiennent bien pour certain

" Que nul pouvoir ne peut me ravir ma couronne.

Et, bercé doucement par le chant monotone

Qui roule cadencé sous l'antique plafond.

Il tombe, tout à coup, dans un sommeil profond.

Quand il se réveilla la nuit était venue.

Il était seul. L'église était déserte et nue, Et pas une lueur n'éclairait les vitreaux.

I^ft lampe de Fan tel, sur les sombres carreaux

Liaissait seule flotter quelques rayons funèSres.

Il se lève étooné, plonge dans les ténèbres

Un regard où la rage e^t môlée à l'effroi.

D^une main incertaine effleurant la puroi,

Il cherche pour Rortir la porte accoutumée,

Mais il la trouve, hélas I soigneusement fermée.

Il appelle, il écoute, il frappe ot jure Dieu,

Il menace le ciel et tons les saints du lieu.

L«es échos, répétant ces injures brutales.

Semblaient des prétri*s morts qui riaient dans leurs stalles.

< 'epenilant ses clameurs ont enfin réveillé

Lie pienx sacristain qui court, tout effrayé,

Pensant que des voleurs ont envahi l'église ;

Et sa lampe, qu'agite une légère bris«^

Dans chnque :nigle Ini montre un fantôme qui fuit :

— '* Qui va là ? Répondez. D'où provient tout ce bruit t"

Risque -t-il d^iiie voix que la frayeur altère.

Le roi Robert répond, enflammé de colère :

— *' Pourquoi cette demande? Ouvre ; c'est moi, le roi ! .

** Ouvre donc j as-tu peur t Je te le dis, c'est moi !"

— *• C'est quelque vagabond dans un état dHvresse : <* Puisse Dieu le frapper de sa main vengeresse I " Gro;nmoln, tout ému, le pauvre sacristain :

Puis la porte roula sur ses vieux gonds d'airain. Un homuie alors parut marchant d'un pas rapide,

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Sans cliapeaii, sans liabit, presque nu, l'œil livide } Il ne (lir pas un mot cmi fraiicliissant le seuil, Ne tourna point aom front que relevait l'orgueil, Mais il glissa sans bruic et disparut dans Tombre, Coiume un spectre qui plisse à travers la nuit sombre.

De ses habits royaux tristement dépouillé, Recouvert à demi d'uu haillon tout souillé, Le frère de Val moud enii>ereur d^Allemagne £o du grand pape Urbain souverain de Komagne, Kobert, roi de Sicile, arrive à son palais.

Il repousse indigné la troupe des valets Qui veut absolument lui barrer le passage. La honte et le dépit sont peints sur sou visage : Il entre dans la cour; il monte l'escalier, Et le flambeau qui i>rille an-dessus du palier Imprime sur sou front une pâleur affreuse.

Sîins écouter les cris <l'uue foule nombreuse, Dans les longs corridors il s'élance eu courant : Par l'angoisse, «oppressé hors d'haleine, il se rend Au salon des banquets que la lumière inonde Et qu'il trouve rempli de plaisir et de monde.

Là, sur sou tiôue d'or il voit uu roi nouveau Qni porte sa couronne, un sceptre et son manteau. Il ressemble beaucoup au roi de la Sicile :

Même voix, mêmes traits et même abord facile -, Mais il est ceint, ce roi, d'un éclat redouté. C'est un Esprit du ciel. Or, bien que sa beauté Remplisse le palais d'uue lueur étrange.

Personne ne suppose, à coup sûr, qu'il soit auge.

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Après quelques iustnuts d'une inoi-De terrear,

Le monarque sans trône est saisi de fureur

'Et sur l'auge impassible il fixe un œil de flamme.

Mais l'ange, souriant du trouble de son Ame,

Liui dit : ^' Quel est ton nom t Que viens-tu faire ici f "

Robert, bien qu'irrité, feint de sourire aussi,

Mais d'un souris moqueur et rempli de malice :

— ** Tu veux savoir mon nom, homme plein d'artifice t

•* Je suis Robert ! et toi, tu n'es qu'un imposteur !

" Je réclame mon trône et d<î toi n'ai point peur ! "

La foule, en le voyant jeter ainsi l'injure

S'émut et fit entendre un menaçant murmure,

£t les grands de la cour, pour punir l'insolent,

Tirèrent du fourreau le glaive étiilcelant.

Mais l'ange, reprenant aussitôt la parole,

Eu le raillant lui dit sur un ton bénévole :

— ** Non, tu n'es pas le roi, mais l'un de ses bouffons.

'^ Tu porteras demain le collet en festons,

^^ Les grelots éveillés et le chapeau conique;

'' Tu prendras des leçons d'un vieux singe comique :

" Tous te commanderont : à tous je l'ai permis ;

*' Que le dernier valet te trouve bien soumis. "

C'est en vain que Robert jure, prie et menace, En vain qu'il s'humilie ou montre de l'audace. On le chasse, on le pousse au bas des escsiliers. Un groupe jovial de petits écuyers

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Coart au devant de lui pour rire de aes larmee. Il sort et les siildiUs lui présentent les armeS; Et leur rire éclattint fait défaillir son cœur. Alors on npplandit, et puin un cri moqueur :

" Vive le roi ! " s'élève au milieu de la foule , Et d'échos en échos sous les toits ce cri roule.

Quand les premiers reflets du mutin radieux Avec Todeur des prés montèrent vers les cienx, Robert se réveilla, se disant en lui-même :

*' Le rêve que j'ai fait est d'une hori-eur extrême ! " Mais lorsqu'il se tourna sur son dur oreiller Pour fuir ce rêve horrible et mieux se réveiller, Il entendit frémir la paille de sa couche.

Alors il frissonna, rouvrit un œil farouche, Et yity à ses côtés, le cas()uc et les grelots ; Il vit aussi plusieurs coursiers dont les sabots Mordaient incessamment le pavé de l'étable ; Il vit, dans un des coins de ce lieu détestable. Accroupi près du mur et rongeant un grignon, Le singe qu'il a^ait reçu pour compagnon.

Ce n'était pus un rêve ! et sa gloire première S'était, dans un moment, en allée en poussière !

Plus d'un jour s'écoula, La Sicile eut encor. Comme au temps do Saturne, un heureux âge d'or ! Chaque automne on voyait, sous le règne l'Ange^ Champs couverts de moissons et féconde vendange ! Et l'antique géant que Jupin enchaîna, Eucelade, dormait sous le brûlant Etna !

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. LX ROI BGBBET DK SICILE 135

Mais Robert ce peucLuit voyait fair les jour néefi

Sans que rieu u^idoucit ses tristen destinées.

Il était sombre et dur. Il portiiit les chiffons

Dont on avait toigours nffublé les bouflPbns.

Pour se moquer de lui, les valets et les pages

Venaient lai denaander si ces beaux apanages

Avaient toujours été ses vêtements royaux.

Sur sa table ou portait les plus mauvais morceaux.

Les chevauX; à cette heure, et le vieux singe immonde

Etaient les seuls amis qu^il connut dans le monde.

Il n'en avait, hélas ! pourtant pas moins d'orgueil !

£t quand il s^ éloignait de sou ignoble seuil,

Souvent l'ange, prenant une démarche grave,

Venait à sa rencontre, et d'une voix Huave

Mais d'un ton qui devait lui causer de l'effiroi,

En se penchant vers lui, disait : '* Ëss-tu le roi 7 "

Alors une rougeur couvrait ses traits livides.

Il relevait sou front sillonné par les rides,

Et répondait toujours avec rage et hauteur :

— '* Oui I oui ! je suis le roi ! Tu n'es qu'un imposteur I "

Trois ans alhuent unir bientôt. Une ambassade

Vint s'arrêter, un soir, devant la colonnmie

De l'antique palais de."^ rois siciliens»

Urbain, voulant encor resserrer des liens

Qu'il avait resi>ectés depuis le premier âg»,

Avait dit à Valmond d'envoyer un message

Au roi Robert leur frère. Il les priait tous deux

D'oublier, pour un jour, leurs soucis trop nombreux

Et de venir passer dans la ville éternelle

Le jeudi-saiut. C'était cette heureuse nouvelle,

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Qae les ambassadeurs du monarque Alleiiiniid Venaient an Roi Robert porter en ce moment.

L'Ange reçut alors av^ec magnificence

Ces nobles envoyés d'une grande puissance.

II les fêta, leur fit les présents les plus beaux :

De riches bracelets, de superbes anneaux,

Des manteaux de velours bordés de peaux d'iiermiuo

Et des habits brodés d'une étoffe très fine.

Il partit avec eux, et ses légers vaisseaux,

Toutes voiles au vent, sillonnèrent les eaux.

Or, sur le sol Romain, de bourgade eu bourgade, Fièrement chevaucha la noble cavalcade Avec éperons d'or et vigoureux coursiers, Grands panaches de plume et brillants étriors.

Assis comiquement sur une vieille rosse Dont le poil rude et long défiait toute brosse, Qui, tour à tour, amblait, galoppait, trottinait, A la suite des grands le roi Robert venait.

Ses légers oripeaux voltigeaient à la brise } Le singe, à ses côtés, grimaçait à sa guise } Et des troupes d'enfants ricanenx et bavards. Pour le voir chevaucher, venaient de toutes parts.

Le Saint- Père, accourant sous les vastes portiques, Dignement accueillit ses hôtes magnifiques.

Sur la place Saint-Pierre, av^ec émotion, A. tous il leur donna sa bénédiction, JSt des masiciens la troape réunie Fit résonner les airs d'ane douce harmonie.

Or, pendant qu'avec l'Ange il converse gatmont,

Robert le vieux bonffon s'avance hardiment,

Ksiiige la multitude et dit d'une voix haute :

— ^ ' Je suis le roi Robert ! Chasse bien loin cet hôte !

* * C'est uîi vil scélérat qui se déguise en roi !

** Le seul roi de Sicile, ô saint Père, c'est moi !

^' Si je suis mallieureux, ma profonde misère

'* Ne doit p 18 t'eni pêcher de reconnaître nu frère I "

Surpris de ce discours, le vénérable Urbain Interroge des yeux le visage serein De l'Ange qui sourit et ne veut rien lui dire. Mais l'empereur Valinond, en éclatant de rire, Liui demande : Est-ce donc la coutume chez tous, Mou frère, de garder pour bouffons dus vrais fous ? £t le pauvre Robert, honteux, la tête basse, S'en alla se cacher parmi la populace.

Cependant l'on chôma, dans l'illustre cité.

Lia Sublime Semaine avec solennité ; Et, le samedi-saint, une vive lumière* Resplendit dans le ciel d'une étrange manière. La présence de l'ange, avant que le soleil Eut doré les coteaux de son éclat vermeil,

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Faisait briller les airs d^iiie adorable teinte, Et leà chrétiens, remplis de ferveur et de crainte, Croyaient que le Sauveur, sorti de sou tombean. Triomphant, s^élevait vers le ciel de nouveau. Le malheureux bouffon sur sa couche de cendre Vit, dans le même temps, quelques rayons descendre Et remplir son taudis d'une étrange splendeur. Puis, une voix du ciel vint lui parler au cœur. Il entendit frémir, dans Pair limpide et calme, Les replis dhu\ linceul, les feuilles d'une palme ; Et, tombant à genoux, navré par les douleurs, Le front contre le sol, il lépandit des pleurs.

Mais rheure du retour sonna. Les deux grands princes Durent enfin songer à revoir leurs provinces. Ils partirent. Valmond, aux bords Danubiens, Fut avec allégresse acclamé par les siens.

Et Fange dirigea ses pompeux équipages Jusques à Salerno qui dort sur les rivages ; Et; de là ses vaisseaux, fendant le iiot amer. Voguèrent vers Palerme au-delà de la mer.

Quand il fut sur son trône, en sa superbe ville.

Sur sou trône entouré de la foule servile,

Il entendit sonner, au clocher du couvent,

L i prière du soir que les ailes du vent

Ou les auges de Dieu portaient, avec mystère.

Et de la terre au ciel et du ciel à la terre.

Il invita sa cour à sortir un moment

Et manda le bouffon qui vint docilement.

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LE &0I BOBERT DE SICILS 189

Et, quaud iU furent seuls daus la snlle du trône.

Il lui jeta ce in(»t comme on jette une aumône :

^' Es- tu le roi ? " Robert courbant la tête alors,

£c poussant un soupir, l'âme en proie aux remords.

Répondit humblement aux paroles de l'ange :

'' Je ne suis qu'un méchant dont le Très-Haut se v^enge!

'* Mon orgueil a tonrné contre moi le Seigneur !

'* L'aspect de mou péché me remplit de frnyeur :

'^ J'entrerai dans un cloître et ferai pénitence !

'' Et, jusqn^à ce que j'aie expié mon offense,

'' Je monterai, pieds-nus, devant le monde entier,

*' Du ciel qui me punit le douloureux sentior î "

Or, pendant qu'il parlait, plus suave que Tambre, Un céleste parfum re.nplit toute la chambre.

Et d'uu éclat nouveau l'ange saint resplendit. Et par une fenêtre alors on entendit, Malgré tout le fracas et les cris de la place. Le chant alternatif, plein de force et de grâce, Des boDS religieux du vieux cloître voisin Qui disaient ce verset du cantique divin :

Deposuit patentes de sede, et exaltavit humileê ! '' Son bras a renversé les puissants de leur siège, '^ Et porté jusqu'au ciel les humbles qu'il protège." Et plus liant que ce chant retentit une voix, Douce comme les chœurs des oiseaux sous les bois. Les murmures joyeux d'une vive fontaine, Ou les vibrations d'une cloche lointaine :

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— ** Robert, je sais nn angi) et vous êtes le roi ! '^

Eli eiitendunt cea mots, Robert, saUi d'effroi,

Lève timidement son humide paupière.

Mais il ne voit personne, et, l'ange de lumière

Vers le divin séjour à repris son essor.

Il vèt comme jadis un manteau de drap d'or;

Comme jadis il ceint la couronne royale ;

Et, quand les courtisans entrèrent dans la salle,

Ils le trouvèrent rcuI à genoux humblement

Et plongé tout entier dans le recueillement.

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