‹ Petits portraits et notes d'artChapitre 15 sur 25 · EDOUARD DANTAN · texte numérisé non relu

EDOUARD DANTAN

un (le ces artistes du siècle dernier, Chardin ou Moreau, qui restaient dans leur monde et leur milieu, unissaient la simplicité des mœurs populaires à la solidité des mœurs bourgeoises, et se trouvaient parfaitement heureux loin des gens en place, des financiers et des coteries.

Je ne saurais oublier, discrètement cachés dans un coin de l'atelier, mais soignés comme des reliques, un sabre et un képi de lieutenant de mobiles. En même temps que Henri Regnault, le héros de Buzenval, et que nombre de ses camarades de l'École des beaux-arts, Dantan avait défendu Paris pendant le siège ; à Champigny, il avait vaillamment conduit sa section à l'assaut du parc de Cœuilly.

Comme Chardin et Moreau, Edouard Dantan peignait ce qu'il voyait et ce qu'il aimait, sa vie de tous les jours. Il avait commencé par suivre la tradition de l'école, parce qu'il avait le respect des maîtres, puis, sûr de son métier, il n'avait plus regardé qu(^. la nature, parce qu'il était sincère. En quittant l'atelier de Pils et de Lehmann, il rentrait dans celui des siens et dans sa famille. 11 y trouvait bientôt ses sujets préférés. Il se contentait de représenter directement les objets et les scènes sur lesquelles se posait son regard dans sa maison et autour de sa maison, en y mettant à l'occasion un peu de son cœur.

Tout atelier d'artiste est un motif de tableau. La diversité amusante du mobilier et, par là-dessus, les jeux de la lumière, entrant à flots par les vitrages ou tamisée par les rideaux, ont souvent tenté les peintres. Aucun n'en a tiré d'effets plus justes et plus neufs qu'Édouard Dantan. Il obtenait du premier coup un égal succès, auprès des connaisseurs et du grand public, avec son Coin d'atelier. Il y avait représenté son père terminant, par une dernière caresse du ciseau, son grand bas-relief, Ylvress^e de Silène^ tandis que le modèle, nu jusqu'à la ceinture, regarde le travail du maître avec l'intérêt d'un collaborateur. La vérité des poses, 1 harmonie de l'arrangement, la finesse de l'exécution, cette atmosphère close enveloppant le travail calme, un caractère et une vie racontés par l'aspect de ce vieil artiste et le fouillis de ces plâtres, de ces marbres et de ces outils, tout concourait à produire une œuvre parlante et achevée.

Édouard Dantan a repris souv ent le même motif et, plusieurs fois, il a retrouvé un succès égal au Coin d'atelier, notamment avec le Montage d'aprè>> nature, où il montrait une superbe fille, d'une blancheur ambrée dans sa nudité de rousse, tendant sa jambe fine que le sculpteur et son praticien dégagent avec précaution du plâtre durci. On l'a accusé de monotonie. C'était inévitable; c'était aussi parfaite-

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