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LES PASTELS DE LA TOUR

Dans l'extrême centralisation de notre pays, deux villes de province, Saint-Quentin et Montauban, doivent au souvenir filial de deux grands artistes, La Tour et Ingres, deux trésors qui sont pour les fervents de Fart un but de pèlerinages. Montauban possède les dessins d'Ingres, Saint-Quentin les préparations de La Tour. Dessins et préparations entourent plusieurs grands tableaux et, de la sorte, toute l'esthétique des deux artistes, dans ses moyens et son objet, se dévoile à l'étude. Les grands musées de France présentent l'œuvre de chaque maître par tronçons plus ou moins riches ; l'hôtel de ville de Montauban et l'hôtel Lécuyer à Saint-Quentin sont comme des reliquaires, où les diamants produits par une longue formation laissent pénétrer le travail mystérieux d'où ils sont sortis.

Les préparations de La Tour furent longtemps réunies dans une salle unique de Fervaques, un ancien couvent de Bernardines, où la ville avait installé nombre de services disparates, depuis les tribunaux jusqu'aux bureaux du comice agricole, avec une bibliothèque, une école de dessin industriel, une salle de fêtes, etc. Depuis 1886, elles sont chez elles, dans un hôtel qu'un banquier ami des arts, M. Lécuyer, voulant rivaliser avec la générosité du peintre, a légué à la ville pour les recevoir.

L'écrin est digne du trésor. C'est un bel hôtel moderne, de style Louis XVI, dans une rue tranquille. Dès l'entrée, on oublie la vie présente et on se trouve baigné par l'atmosphère du temps où vécut La Tour. Au rez-de-chaussée, deux grands salons renferment des collections de miniatures, de médailles et d'antiquités gallo-romaines. En les traversant, dans la solitude et le silence, on peut se croire chez un grand amateur d'art, contemporain du peintre, un Mariette ou un Caylus. Au premier étage, trois salles en enfilade renferment les quatre-vingt-sept pastels de La Tour, parmi lesquels son grand portrait par Perronneau, et un autre, plus familier, peint par lui-même.

L'impression est saisissante. Tous ces portraits ont fixé la vie avec une telle intensité, leur coloration est si fraîche et leur regard si vif, que l'on dirait autant de fenêtres percées dans le mur et à travers

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lesquelles des visages curieux regardent le visiteur qui vient de les interrompre dans une conversation générale, car les bouches sont aussi expressives que les yeux. La pensée pétille dans les regards, diverse comme les âges, les conditions et les caractères ; la gamme complète du sourire monte et descend sur les lèvres. Ces portraits sont d'un temps où la vie sociale n'avait pas de plus vif plaisir que l'échange des idées et l'analyse de toutes choses, au creuset de la discussion légère et sérieuse, superficielle et profonde, réglée par l'esprit. Un siècle passé, ils semblent continuer leur passe-temps favori avec la même verve, quoique ces têtes ne soient plus que poussière, et beaucoup une poussière anonyme, car l'histoire ne peut même plus désigner le cimetière où elles sont entrées dans le silence éternel.

La visite détaillée multiplie l'effet de cette résurrection avec une intensité vraiment troublante. Chacun a éprouvé l'impression produite par les portraits qui, impassibles et immobiles, semblent nous suivre du regard avec une attention sérieuse. Dans les salles de l'hôtel Lécuyer, cette impression irait jusqu'à la gêne, — comme pour un intrus qui, survenant au milieu d'une assemblée nombreuse, verrait la conversation s'arrêter soudain et tous les regards se fixer sur lui, — si bientôt chacun de ces portraits, longuement regardé, ne semblait accueillir le visiteur avec bonne grâce et se laisser interroger avec complaisance. Profondément pénétrée et clairement exprimée par le peintre, chacune de ces natures livre son secret.

Le charme intense et intime de cette visite est à peine diminué par le sentiment ou le souvenir de ce qui pourrait le rendre encore plus vif. L'éclairage est médiocre ; venant de fenêtres latérales aux vitres dépolies, il ne donne qu'une lumière terne; la moitié au moins des portraits reste dans Fombre. Le défaut d'espace a obligé de les placer sur deux ou trois rangs; ceux du haut, qui ne sont pas toujours les moins intéressants, se déroberaient à l'examen, sans l'obligeance du gardien.

Ce gardien est un type comme j'en souhaiterais beaucoup dans nos musées, où d'habitude les anciens sous-officiers que le Ministère de la guerre transmet à la Direction des beaux-arts sont encore plus indifférents à la peinture et plus ignorants de celle dont ils ont la garde, qu'un surveillant de magasin ou de batterie peut l'être à la culture du blé ou à la fonte des canons. Je n'ai connu qu'un surveillant de palais nationaux comparable au gardien de Saint-Quentin. C'est à Versailles, un brave homme qui, noir, sec et vif comme une chèvre, car il est Corse, promène les visiteurs des deux Trianons. Il a le culte de Marie- Antoinette et il s'est fait, sur la dernière reine de France une érudition qui rectifie ou complète souvent celle des professionnels. Ancien sergent de pompiers, il a profité de sa connaissance des coulisses pour rétablir la machinerie du petit théâtre

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de Mique, où Marie-Antoinette parut pour la dernière fois, devant un cercle d'intimes, dans le Barbier de Séville. Par la sincérité de son goût instinctif et sa science d'autodidacte, ce brave homme, enthousiaste et fin comme un Italien, est digne de servir sous vm chef comme M. de Nolhac.

Le gardien de Saint-Quentin aime d'un amour aussi vif sa collection de pastels. Il s'est fait, lui aussi, une érudition. Il connaît la date de chaque portrait, la biographie du personnage représenté, les lacunes de la collection, les fausses attributions, les substitutions. Obligeant et discret, il offre ses secours sans les imposer. Il suit de l'œil, avec une intelligence singulière, l'impression du visiteur et il intervient au moment précis où l'on a besoin de lui, respectant le silence et la durée de la contemplation, instruisant les ignorants et aidant les professionnels ; car, même à ceux-ci, il peut apprendre beaucoup, comme tous ceux qui ne savent qu'une seule chose, mais qui la savent à fond. A force d'entendre les peintres et de voir travailler les copistes, — celui surtout qui copia si bien le portrait de Mlle Fel pour les fervents de La Tour, comme Alexandre Dumas fils et M. Chéramy, — il parle touche, lumières, frottis, hachures avec une singulière compétence. Lorsque le visiteur lui en paraît digne, il décroche le tableau et le porte devant la fenêtre ; il lui avance un escabeau pour lui permettre de monter jusqu'aux cadres trop haut perchés.

Il partage le regret qu'inspirent les maladroits réencadrements dont les préparations ont été l'objet.

Jadis, à Fervaques, elles se trouvaient encore dans les simples cadres de bois noir où La Tour luimême les avait placées. La plupart de ces cadres portaient, écrite à la main sur un bout de papier, rindication du personnage représenté ; pour d'autres, cette indication se trouvait au dos du dessin, dans un repli de la feuille. Lorsque ces cadres ont été remplacés par les cadres dorés que l'on voit aujourd'hui, ces indications n'ont pas été conservées. Le mieux aurait été de respecter entièrement le passé, en ne touchant pas aux cadres primitifs. A la rigueur, on aurait pu, si cette disposition semblait trop pauvre pour un musée, insérer les simples cadres noirs dans des cadres dorés. Tout au moins, il aurait fallu recueillir pieusement les indications inscrites par le peintre lui-même. Faute de cette précaution, beaucoup de ces portraits sont maintenant anonymes ou désignés par des attributions incertaines.

Telle quelle, cette collection est d'autant plus précieuse qu'elle a failli être dispersée. La Tour l'avait léguée à son frère, un officier de cavalerie, dont le portrait en grand uniforme, rouge et brodé d'argent, figure dans le musée. Mort en 1806, ce frère la léguait lui-rriême à la ville de Saint-Quentin, en autorisant ses magistrats « à vendre tout ou partie desdits tableaux, s'ils trouvaient des occasions de vendre avantageusement ». En effet, une vente fut tentée à Paris, à l'hôtel Bullion, en 1808. L'école de David régnait alors en France, et la peinture du xviii^ siècle, Watteau compris, était tenue dans un parfait dédain. La guerre éloignait de Paris les;

étrangers, Anglais et Russes, qui ne le partageaient pas. Les premiers tableaux proposés aux enchères ne dépassèrent pas les prix dérisoires de trois à vingt-cinq francs. La vente fut arrêtée aussitôt et la collection revint à Saint-Quentin. Elle y est restée. La mésaventure subie par la ville en 1808 a été pour l'art français une bonne fortune sans prix.

Car La Tour, dans l'école de peinture française du xviii^ siècle, se range parmi les plus grands. Est-il même, quoique simple portraitiste, un seul de ses contemporains, sauf Watteau, qui l'égale dans la faculté de produire cette illusion et cette survivance qui sont le but de la peinture?

Il a eu d'abord ce mérite, essentiel pour un peintre, d'être en parfait rapport de caractère et de goûts, d'idées et de sentiments avec son époque, c'est-à-dire capable de pénétrer à fond les êtres particuliers dont il voulait saisir l'âme à travers la reproduction de leur aspect physique. De son siècle il partage l'intelligence curieuse et exigeante, le goût de la science, le désir d'amélioration humanitaire. Il en a aussi le penchant au plaisir et cette sensualité affinée de sentiment, qui, si elle n'atteint pas la passion, arrive à l'amour par la galanterie.

Personnellement, il est spirituel et curieux, ironique et fantasque, assez pénétré de son mérite personnel pour se mettre au-dessus des inégalités so-

ciales et se permettre nombre de bizarreries irrévérencieuses avec les grands, les favorites, les financiers, le Roi. Adopté par la mode et très fécond, quoique exigeant pour lui-même, il amasse une fortune et l'emploie partie à une existence large, — en compagnie d'une chanteuse de l'Opéra, Mlle Fel, qu'il aime tendrement et qui le paye de retour, — partie à fonder des institutions de charité et d'art dans sa ville natale. Il a essayé, chemin faisant, d'embrasser au complet la pensée aventureuse et confuse de son siècle. Il n'a pas réussi à se l'assimiler et il en est résulté dans sa tête un désordre qui est allé croissant. Il a fini dans une sorte de mysticisme naturaliste.

Avant d'arriver à cette communion avec tous les êtres, considérés comme les incarnations d'une seule et même âme universelle, il avait eu la passion de la curiosité individuelle. Il voulait que chacun de ses portraits fût la synthèse complète du modèle, avec son tempérament, son humeur, son tour d'esprit, le résumé de toute son existence. A travers les visages, il lisait jusqu'au fond des âmes. Chacun de ses portraits est une confession obtenue par un observateur assez pénétrant pour déjouer les prétentions et les dissimulations que tout modèle s'efforce d'imposer au peintre.

Lorsqu'une contrainte plus forte que sa passion de vérité lui imposait, par exception, d'arranger la nature, comme dans le grand portrait de Mme de Pompadour, qui est au Louvre, ou le tableau de famille dans lequel sont groupés le Dauphin et le

duc de Bourgogne, qui est au Musée de Saint-Ouenlin, il se dédommage dans les préparations. Ici il ne cherche que la vérité. La fatigue de l'âge et le labeur du plaisir forcé, le dégoût secret d' une tâche impossible, celle d'amuser Louis XV, la distinction triste d'une nature foncièrement éprise d'élégance et d'art, dans une existence aussi vulgaire au fond que brillante en apparence, la lutte contre « l'irréparable outrage », tout cela se lit dans le petit cadre, très abîmé cependant, qui est à Saint-Quentin, alors que le tableau du Louvre a la pompe et la sérénité d'une apothéose.

Même lorsque le cœur du peintre est de la partie, comme dans le portrait de Mlle Fel, le culte de la vérité domine son adoration pour la femme. Son modèle a de 58 à 40 ans, et il lui a donné son âge. Le teint de camélia est resté d'une grande finesse, les yeux bruns sont superbes d'esprit, l'intelligence et la bonté se lisent sur cette physionomie attirante ; mais les lèvres anémiques dénotent un tempérament fatigué, et l'amertume d'une existence traversée relève la bouche fine. Enveloppant le tout, élégance et lassitude, un charme d'originalité et d'exotisme, que souligne le bout d'étoffe brodée d'or, posé sur la tête comme une calotte orientale.

Toutes les conditions, tous les sexes et tous les âges sont représentés dans la galerie de Saint-Quentin, depuis la jolie tête indifférente et ennuyée du Roi, jusqu'à l'image mélancolique et charmante du petit Dauphin, un Marcellus ^désigné par le destin, car il allait mourir en bas âge, d'accident; depuis

les lourds financiers, gavés de bien-être et gonflés d'orgueil tranquille, comme La Reynière et La Popelinière, jusqu'à l'économiste, comme Véron de la Forbonnais, généreux de sentiments et utopiste de goûts, qui croit pouvoir enrichir tous les hommes sans en appauvrir aucun. On y voit le ministre de haute intelligence et dévoué au bien public, mais façonné par le pouvoir au mépris des hommes, comme le marquis d'Argenson ; le maréchal de Saxe, « le guerrier sarmate », que Paris n'a pas complètement poli et dont le visage coloré respire encore rénergie brutale; les abbés de cour, à la joue arrondie et à la bouche gourmande ; le bibliophile absorbé dans la volupté de la lecture; le capucin et l'épicurien, qui semblent échappés du livre de Rabelais ou d'un conte de La Fontaine; le directeur de théâtre, avec sa rouerie avisée et méfiante; les actrices dont le métier a façonné la physionomie et maniéré la gentillesse; l'écrivain de génie, comme J.-J. Rousseau, tourmenté d'orgueil souffrant, le cœur débordant de sensibilité aigrie, pétri de générosité et de petitesse; le faux grand homme, qui n'est qu'un bonhomme exploitant l'horrible, comme Crébillon; l'écrivain de mince talent et de grosse vanité, comme Duclos, qui a imposé au monde, à force d'aplomb, la bonne opinion qu'il avait de lui-même; puis les inconnus, dont l'anonymat met un mystère sur des figures toujours vivantes, mais qui satisfont, du moins, le meilleur de notre curiosité, en nous révélant la seule chose qui ait un véritable intérêt chez l'homme : sa nature physique et morale.

Ces pastels sont d'inégale importance par leurs dimensions, leur fini, leur état de conservation. Il y en a qui prennent le modèle jusqu'à mi-corps, comme l'abbé Hubert; d'autres le présentent en buste, comme Jean-Jacques Rousseau; la plupart ne donnent que l'ovale du visage. Il y en a de poussés jusqu'au plus complet fini; d'autres ne sont que des esquisses; beaucoup restent à l'état de simples indications. Enfin quelques-uns, le plus petit nombre heureusement, ont beaucoup souffert, faute de soins. Les moins finis s'ont peut-être les plus intéressants, car ils laissent voir, dans son premier jet et ses éléments, la facture d'un des peintres les mieux doués et dont la touche est une des plus magistrales qui se rencontrent dans l'histoire de l'art. Si l'on veut admirer dans La Tour le portraitiste officiel et mondain, c'est au Louvre que l'on trouvera ses œuvres les plus considérables; si l'on veut l'étudier avec attention et, dans la mesure du possible, pénétrer son secret, il faut aller à Saint-Quentin.

Il paraîtrait que la faiblesse de sa vue et aussi l'irritabilité de ses nerfs, qui s'impatientaient aux lenteurs de l'huile, l'ont déterminé à choisir le pastel, considéré, depuis son invention en Allemagne au xvi*^ siècle, comme un procédé inférieur, jusqu'à ce que le succès d'une artiste vénitienne, la Rosalba, l'eût fait adopter par la mode. Il n'est pas étonnant

que le pastel ait dû ses titres de noblesse à une femme, car sa délicatesse, sa fraîcheur et son moelleux, son doux éclat et ses souplesses caressantes, sont des qualités plutôt féminines. Avec La Tour, il prit une fierté de touche, une fermeté d'accent et une vigueur de rendu toutes viriles. Une admirable connaissance de l'anatomie, jointe à un scrupuleux respect de la vérité et — comme nous dirions aujourd'hui — ■ à un réalisme qu'il sut imposer à son temps, permettent à La Tour de procéder par traits sobres et sommaires, sans tâtonnements ni surcharges. D'un seul coup, avec une justesse infaillible, il jette sur le papier l'indication frappante de l'œil, de la bouche, du nez, des traits essentiels qui déterminent la construction d'un visage.

Ce sont ces études préliminaires, ces premiers jets d'observation, cette confession instantanée du modèle par le peintre qui faisaient pousser à Gérard ce cri d'admiration professionnelle : « On nous pilerait tous dans un mortier. Gros, Girodet, Guérin et moi, tous les G, qu'on ne tirerait pas de nous un morceau comme celui-ci ! »

Les grands portraits sont aussi lumineux que les préparations sont vigoureuses. Au lieu des touches heurtées et sommaires de celles-ci, le peintre fond et termine. Il ne tombe jamais dans la fadeur et la mollesse, l'aspect papillotant et bonbon que présentent souvent les pastels. Il reste toujours mâle et fier. La plupart des pastelUstes écrasent le crayon sur le papier avec le bout du doigt et fondent ainsi leurs teintes. La Tour procède par touches franche-

ment juxtaposées. Mais son instinct de coloriste est si juste qu'il évite les tons crus et criards. 11 se tient à égale distance de la Rosalba et de Liotard. Son œil est aussi sûr que sa main et, chez lui, le coloriste vaut le dessinateur. Pour ne pas sortir du musée de Saint-Quentin, on ne saurait trouver de peinture plus harmonieuse dans les tons gris que le portrait de Rousseau; il n'en est pas qui dénote une étude plus juste de la lumière artificielle que celui de l'abbé Hubert, et de la lumière naturelle, jouant avec ses oppositions, ses reflets et la valeur propre des tons, que celui du marquis d'Argenson. La Tour semble préférer, comme teinte générale, une sorte d'harmonie bleue qui baigne la composition d'une atmosphère azurée. Mais toutes les habiletés du coloriste comme du dessinateur se trouvent dans son œuvre, sans qu'il accorde rien à la virtuosité ni au plaisir de la difficulté vaincue. Ce ne sont pour lui que des moyens pour atteindre son but, qui est de saisir la vie individuelle. Ce maître de tous les secrets dans la pratique de son art est un des artistes les plus simples et les plus sains qu'il y ait.

Aussi n'en est-il guère dont l'étude soit plus attachante et plus profitable. C'est pour cela que M. Henry Lapauze a conçu l'idée de réunir en une seule publication la reproduction fidèle de tous les pastels de Saint-Quentin, grands portraits et simples préparations^. Il a pensé qu'il y avait là un précieux moyen d'étude; que les artistes aimeraient à regar-

1. Les pastels de AI. Q. de La Tour, à Saint-Quentin, par M. Henry Lapauze, édités par M. J.-E. Bulloz, 4898.

der longuement ce maître de vérité, d'énergie et de charme; que les lettrés et les amateurs d'art se plairaient à interroger l'œuvre du grand évocateur. Après une étude d'ensemble où l'on apprendra beaucoup, même après l'appréciation vibrante des frères de Concourt^ et la pénétrante « méditation psychologique » de M. Maurice Barrés-, il décrit en détail, et pour la première fois, chacun des quatre-vingt-sept tableaux exposés à l'hôtel Lécuyer. Ces tableaux sont reproduits avec toute la perfection de la photographie contemporaine, et, à défaut du coloriste encore insaisissable pour elle, le dessinateur s'y laisse étudier dans les moindres coups de son crayon.

M. Lapauze rend ainsi un grand service à ceux qui ont fait le pèleriTiage de Saint-Quentin, à ceux qui le feront et surtout à ceux qui ne peuvent le faire.

Décembre 1898.

1. Edmond et Jules de Goncourt, VArt du dix-huitième siècle, première série, édit. de 1881.

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