‹ Petits portraits et notes d'artChapitre 20 sur 25 · Marius Vachon, Détaille, p · texte numérisé non relu

Marius Vachon, Détaille, p

l'esthétique de DETAILLE.

Pour se documenter. Détaille s'est fait un arsenal et un magasin d'habillement. Son hôtel du boulevard Malesherbes est un musée militaire. Sous le vestibule, un mannequin de cheval attend les harnachements disposés en bel ordre dans la sellerie. Au milieu de la cour, un fourgon d'artillerie se présente, avec cette forme en dos d'âne qui fut longtemps réglementaire et que l'on voit à moitié enfouie sous la neige, dans les représentations de la retraite de Russie.

L'atelier est entouré d'armoires pleines d'uniformes; aux murs, s'étagent les râteliers d'armes. Dans une galerie du premier étage, de vieux drapeaux et des armes de prix sont disposés dans des vitrines. Tout cet arrangement dénote le choix réfléchi. Il n'y a point là le bric-à-brac fantaisiste et l'amonceliement d'objets hétéroclites auquel les peintres se plaisent souvent pour la simple joie de l'œil. Cela est pratique comme une bibliothèque et un dépôt d'archives. Là sont les matériaux avec lesquels le peintre conçoit et exécute. Cet artiste travaille au milieu d'eux avec la conscience et la méthode d'un savant et d'un historien. Le document n'est pour lui que l'auxiliaire de l'imagination, puisqu'il est artiste, c'est-à-dire créateur, mais il ne le perd jamais de vue. Sa fiction est toujours faite de vérité.

L'école de Manet a cru inventer le plein air; elle

a crié si haut sa découverte qu'elle a fini par y faire croire. En fait, le travail de l'atelier et celui du plein air ont toujours été inséparables. Il n'y a pas de vrai peintre sans le sentiment de la lumière libre et des aspects changeants dont elle revêt les choses.

Depuis que la peinture existe, tout vrai et bon peintre observe le plein air : « Un système que j'emploie souvent, dit encore Détaille, et que j'aime beaucoup, est d'exécuter d'abord le paysage, très à l'effet, très poussé, très serré, d'après nature, et d'y mettre ensuite les figures qui doivent entrer dans la composition ^ »

La bonne fortune d'une villégiature commune m'a permis de constater par moi-même combien cette déclaration est sincère. C'était dans une vallée des des Alpes dauphinoises, à l'époque de l'année où la lumière et la végétation sont dans leur plein effet, en toute virilité, pour ainsi dire, après les juvéniles douceurs du printemps et avant les rudesses mûrissantes de l'été. D'autre part, la plaine et la montagne offraient la plus riche variété de sites, doux et vigoureux, sauvages et riants. J'ai vu le peintre étudiant tout le long du jour cette nature où la guerre a souvent passé et qu'il animera ensuite avec l'éclat des armes et les couleurs des uniformes. Le paysagiste préparait Foeuvre de l'historien. Il agissait en cela comme la nature et la vie mêmes, celle-ci s'emparant du théâtre préparé par celle-là.

Il n'y a de peintres excellents que les dessina-

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