LE MARÉCHAL CANROBERT
Le 17 juillet 1880, à l'Académie des Beaux- Arts, dans une notice sur son prédécesseur, le comte de Gardaillac, le duc d'Aumale lisait cette page pleine et sobre, que Ton me saura gré d'exhumer des oubliettes académiques :
Sa famille était originaire du Lot, le Quercy du temps jadis. De Tépaisse forêt qui donna son nom à cette contrée, il ne reste plus que des bouquets épars au milieu des vignes et des cultures ; mais le caractère de la tribu qui, la dernière de la Gaule, osa résister à César dans le refuge d'Uxellodunum, a survécu aux vieux chênes. Le Quercy fut longtemps un pays frontière, ce que les Écossais appelaient le « Border ». Là se heurtèrent les Croisés et les Albigeois, l'Anglais qui occupait TAquitaine et les Bourbons qui, établis dans la Marche, tenaient l'avant-garde de la France. Huguenots et ligueurs se sont disputé ce coin de terre avec acharnement; c'est à la surprise de Cahors que « se desnoua la vertu guerrière du roi de Navarre » (d'Au-
bigné). De si longues luttes formèrent une forte race qui unit la solidité de l'Auvergnat à la souplesse et à l'audace du Gascon. Les gens de pied du Quercy étaient en grand renom au temps des guerres de religion. Ils n'ont pas dégénéré : nous en retrouvons le type accompli au premier rang de notre armée.
Et le prince-historien ajoutait en note : « M. le maréchal Canrobert ». Le dernier maréchal de France était, en effet, un cadet de Gascogne, le compatriote de Galiot de Genouilhac, de Bessières et de Murât, tous partis du pays natal avec la cape et Fépée, et devenus Tun grand maître de Fartillerie, Tautre maréchal de l'Empire, le troisième roi. Il avait quitté la gentilhommière de beau nom et de petite fortune, pour courir vers la gloire et la conquérir, la main ferme et l'œil hardi.
Cette figure historique est en train de se préciser par une série de biographies. Il en est deux de particulièrement attachantes. L'une ressort des Lettres et Récits militaires de M. Charles Bocher, qui figurait en Afrique à l'assaut de Zaatcha et suivait en Crimée, comme officier d'ordonnance, le commandant en chef de l'armée d'Orienté L'autre, qui paraît aujourd'hui même, sous la signature de M. Germain Bapst, reproduit les conversations du maréchal et forme comme ses mémoires sténographiés ^
M. Charles Bocher est une physionomie curieuse de notre temps. De grande famille bourgeoise, les