CONFESSIONS ET CORRESPONDANCES
romantiques.
Lorsque, enragé de timidité et d'orgueil, le fou de génie qu'était Jean-Jacques Rousseau écrivait pour la postérité le récit de ses tristes amours, il élevait un cas pathologique à la hauteur d'un genre, La génération dont il est le père, celle du romantisme, a soigneusement cultivé cette maladie. Elle lui a pris le lyrisme, l'éloquence, l'amour de la nature et le désir de refaire la société par l'absolu; mais, surtout, elle s'est crue autorisée, par son exemple, à traiter comme matière littéraire et publique les sentiments intimes et les actes personnels que, depuis des siècles, chacun se préoccupait de tenir secrets.
Le résultat de cette révolution dans la littérature et les mœurs est fort mêlé. Il en est résulté un élargissement de la poésie et du roman, comme aussi un abaissement de leur objet, descendu du général au particulier, et une diminution de la morale. Il y
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a, dans les confessions romantiques, de la grandeur et de la bassesse, de la sincérité et du cabotinage. Les mobiles de ces confessions, l'amour et la vanité, remuent l'âme jusqu'au fond; ils en font sortir le meilleur et le pire. Ils élèvent et abaissent l'homme; ils le montrent tantôt plus grand, tantôt plus petit qu'au temps où il réservait sa vie intime et ne mettait dans la littérature que son talent.
Trouvant l'univers trop étroit pour les désirs humains. Chateaubriand poussait les plus beaux cris de révolte qui, depuis les Titans, soient montés vers le ciel, et, enchérissant sur Rousseau, il donnait l'exemple des plus complètes indiscrétions sur les femmes qui s'étaient confiées à lui. Lamartine devait au souvenir d'Elvire la plainte délicieuse du Lac et le lyrisme séraphique de Raphaël; il lui devait aussi la fatuité naïve qui le faisait traiter de « grand dadais » par Chateaubriand. Hugo prenait la Tristesse d'Olympio et l'idylle des Misérables dans ses premières amours, aussi pures que les dernières furent troubles; mais, dans les Chansons des rues et des bois, il prêtait à l'étonnement par des révélalions étranges sur ses plaisirs. Vigny, fier et naïf, tirait d'une trahison assez ordinaire les symboles pessimistes des Destinées ; mais, sans défense contre les duperies, il changeait en anges des bêtes qui s'étonnaient elles-mêmes de la métamorphose. Musset écrivait le Souvenir, les Nuits et la Confession d'un enfant du siècle â\ec le sang de son cœur; puis, meurtri par l'amour sans pouvoir y renoncer, il ranimait tristement, au café de la Régence et chez