‹ Petits portraits et notes d'artsChapitre 22 sur 30 · LEON BONNAT · texte numérisé non relu

LEON BONNAT

Ce maître peintre. Français et Parisien, est, avant tout, comme fond de nature, un Basque authentique, un homme du Midi, de la mer et de la montagne. Ces sources de vigueur et de franchise Font formé pour la vie et lart.

Regardez-le : de taille moyenne et ramassée, il n'a pas la maigreur nerveuse qui distingue souvent les hommes de sa race, mais il y a diverses sortes de montagnards; les uns sont faits à l'image du sapin, l'arbre qui escalade les hautes pentes, les autres rappellent la roche, ossature de la terre. Ecoutez-le : l'accent pyrénéen, fait pour vibrer dans l'air sonore, chante dans sa voix. Fréquentez-le : dans une profession où le dénigrement mutuel, la petitesse d'espiit et l'égoïsme ne sont pas rares, vous le trouverez bon et droit, l'esprit large et le cœur chaud, muni de ces qualités morales que la montagne inspire à ceux qui ont rempli leur poitrine de son air et leurs yeux de ses horizons.

210 l'ETITS l'OUÏUAlTS ET NOTES D'AHT.

Léon Bonnat emportait du pays natal le sens des formes nettes et des contours solides qui se détachent dans l'atmosphère limpide des Pyrénées. Il n'a pas subi la séduction de la brume lég-ère qui enveloppe l'Ile-de-France ; il a conservé la vision du pays natal. Sa peinture reproduit avec énergie des spectacles robustes. Il est allé à Rome et la clarté de l'esprit latin a terminé sa formation. Dans un temps où la façon de peindre devenait fluide et molle, il conservait, lui, la facture vigoureuse et le relief. Bonnat est peintre d'histoire et de portraits, les deux genres qui s'accommodent le moins de l'indécision et du flou. Le recul du temps et le prestige du passé, l'accentuation des caractères et le retranchement des détails secondaires, que les légendes religieuses et les grands faits historiques procurent à la sainteté et à l'héroïsme, favorisaient ses tendances naturelles vers la synthèse puissante. De même, devant le visage humain dont la structure et la vie intérieure, l'aspect visible et le mystère caché ne se pénètrent que par une longue observation, par la clairvoyance qui va jusqu'au fond des âmes, il s'attachait à rendre, par le dessin et la couleur, cette solidité que le portraitiste doit égaler pour faire vrai. Cette façon de peindre n'est pas toute la peinture, mais elle en est une part nécessaire. Il importe qu'à côté des élégants et des délicats, la mollesse et l'indécision, qui sont leurs écueils ordinaires, soient compensées par les robustes et les vigoureux.

Peintre d'histoire, Bonnat s'est attaqué à ces

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