‹ Petits portraits et notes d'artsChapitre 5 sur 30 · LE CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE RICHELIEU

robe rouge. » Mais ce but était élevé, ces destructions salutaii'es, et les ruines qu'il couvrait de son manteau couleur de. sang formaient les assises d'un grand édifice. Il ne craignait pas de mener vivement la guerre contre le pape; il fortifiait les libertés de l'Église gallicane. Gentilhomme, il abaissait une noblesse factieuse, mais il croyait à l'utilité et à la légitimité des rangs. S'il eût été plus libre de préjugés et plus favorable au peuple, qu'il traita durement, par besoin d'argent et dessein politique, il eût ébranlé avant l'heure l'édifice de la vieille France et il voulait le fortifier. Cet ébranlement, d'autres le produiront quand le temps sera venu. En attendant, Richelieu complète notre pays, lui donne quatre provinces, dont l'Alsace, et ne laisse à Louis XW, comme acquisition essentielle de territoire à faire encore, que la Flandre et la Franche- Comté.

Ministre, il n'a pas seulement toutes les grandes qualités d'un chef d'Etat. Il possède par surcroît l'habileté qui lui permet de déjouer les intrigues, et, contre les jalousies, les intérêts privés, la méchanceté, l'esprit de révolte, tous les vices des cours, lui permet de parer les coups, d'en porter de terribles et de garder pendant vingt ans « ces ([uatre pieds carrés du cabinet du roi, plus difficiles à conquérir que tous les champs de bataille de l'Europe ». Celte conquête suffisait à l'activité de la plupart des ministres ; il lui reste assez de temps et de force pour accomplir son œuvre royale et nationale.

Aucune lAche ne le trouve inférieur à ce qu'elle exige. Devant la Rochelle, il est général, ingénieur, amiral. Son activité, traversée par la maladie, est prodigieuse; sa fermeté contre la souffrance revêt une grandeur tragique, ainsi dans son entrevue avec Louis XIII, au château de Tarascon, lorsque le roi et son ministre, trop faibles pour se tenir debout et couchés l'un près de l'autre, traitent dans cette posture les atlaires de l'Etat; ainsi son voyage sur le Rhône, traînant à sa suite Cinq-Mars et de Thou ; ainsi, avant de mourir, son retour à Paris, porté en litière sur les épaules de ses gardes.

Il a même des qualités dont il aurait pu se passer : il est désintéressé, au siècle de Concini, de Mazarin et de Fouquet.

L'homme est vraiment un homme, avec un cœur d'homme et des faiblesses qui le rapprochent de l'humanité moyenne. Il a ses deux romans, Marie de Médicis et la duchesse d'Aiguillon. Il est bon dans son particulier; il inspire l'affection à ceux qui l'approchent. Il aime les lettres, et si Mirante est fausse et fade comme la mode qu'elle suivait, l'auteur n'a rien d'un Trissolin. Il persécute le Cid par nécessité politique, mais, au demeurant, il ne montre aucune jalousie contre Corneille, et, à plusieurs reprises, il le traite grandement.

Comme défaut, il a ceux de ses qualités et de son rôle. Cet ambitieux entouré d'ennemis est ombrageux et susceptible. Il est arrogant après la victoire; il s'acharne inutilement contre ses ennemis vaincus. Il est triste de cette profonde tristesse qui envahit

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