LA DOUANE ET L'AMOUR
Nous avons le projet de raconter comment l'un de nos contemporains, plus avancé que nous de quelques années, a traversé, sans reproche et sans peur, l'immense et dangereux espace de l'histoire moderne qui contient : Louis XVI, — le Peuple Souverain I^'V, — Bonaparte, consul à vie, — Napoléon P"", empereur, — Louis XVIII, — Charles X,
— Louis-Philippe l*^'", — le Peuple Souverain II,
— Louis Bonaparte, président, — Napoléon III, empereur. C'est toute une histoire, une longue histoire à notre usage^ où nous allons nous reconnaître et nous revoir les uns et les autres, conduits dans ces difficiles sentiers par un galant homme appelé M. Boucher de Pcrthes, digne hé-
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ritier d'une maison noble de la cité d'Abbeville, où depuis plusieurs siècles ils occupent le premier rang.
L'enfant avait cinq ans à peine lorsque, voyageant avec sa mère dans une chaise de poste à quatre chevaux, il entendit un municipal qui tutoyait sa mère et l'appelait citoyenne. Or, la citoyenne était jeune et belle, et semblable à quelque reine en voyage. Son mari lui-même ne l'avait jamais tutoyée. Au reste , à son premier tu le farouche municipal comprit qu'il avait fait une sottise, et finit par saluer jusqu'à terre M""'® la Cidevant. Ils arrivèrent ainsi, la mère et l'enfant, à Crespy-en-Valois, chez M""-^ de Perthes la douairière. Ils la trouvèrent consignée en sa propre maison, sous la surveillance du citoyen Capucin. Ce malheureux jacobin était devenu, en peu de jours, le souffre-douleur des femmes de chambre; la cuisinière lui faisait tourner la broche, et le cocher panser ses chevaux. C'est à peu près tout ce que notre héros a connu des misères de la Terreur. Du reste , on était fort à l'aise à Crespy-en- Valois. Il y venait librement même des guillotinés, car l'enfant était si jeune, qu'il prit pour une des victimes de Robespierre un brave homme d'oncle qu'il avait, et il ne comprenait guère de quelle façon sa tête était rattachée. Heureux les
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enfaiits, dans ces crises violentes! On lui donna cependant un précepteur, un petit abbé, trèsdépaysé dans ce monde ouvert à toutes les ambitions. Bientôt l'abbé se fit soldat. Quoi d'étonnant? Il y avait dans l'air un appel à toutes les forces. On se faisait dragon par inspiration; on allait se battre... et : Vive la République! L'abbé parti, l'enfant fut conduit par son père à une religieuse, la citoyenne Gosse. Elle était grande et sérieuse. Au milieu d'un troupeau d'enfants qui l'entouraient, elle se tenait droite, une baguette à la main, et la baguette allait de l'un à l'autre écolier sans jamais se tromper. Ainsi régnait la sœur Gosse, et si nous disons la Sœur^ c'est uniquement par déférence. On l'avait chassée, il est vrai, de son couvent, mais elle n'avait pas dépouillé sa robe et son voile : ainsi vêtue, elle a courageusement défié la Constituante, la Convention, la Terreur, le Directoire et les polissons d'Abbeville. Elle eut l'honneur d'apprendre à lire aux petits citoyens et aux petites citoyennes confiés à sa garde, et les uns et les autres en avaient gardé un souvenir cuisant.
Un peu plus tard, la République étant tombée, on n'entendit plus parler dans Abbeville et ses environs que de combats sur terre et sur mer : sièges, batailles, mines et contre-mines. Les an-
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ciens soldats racontaient les guerres qu'ils avaient faites aux nouveaux venus qui partaient à leur tour. Un nouveau monde évidemment allait surgir de toutes ces ruines. Rien n'était plus debout dans l'église, dans les châteaux, dans les monu^ ments, dans les croyances. La sœur Gosse était le seul échantillon du temps passé. Il y avait bien aussi le père Gervais. qui avait été, pour commencer, un porteur de soutane, et qui, dans les mauvais jours, s'était souvenu de tout le latin qu'il savait pour l'enseigner aux jeunes gens de la ville. Il en savait si peu... Au dire de ses écoliers^ il en savait trop. Si ces pauvres enfants avaient pu se douter de la patience et de la charité des anciens maîtres de la jeunesse, si quelqu'un eût raconté à ces jeunes gens, qui ne demandaient qu'à s'instruire, les grâces et les bontés des universitaires héritiers de Rollin et du père Cofhn, l'aimable austérité des maîtres de Port-Royal, et ces savants pères jésuites aimés de leurs disciples, parce que leur science était aimable, et ces doctes instituteurs de l'Oratoire, qui avaient donné au monde lettré le cardinal de BéruUe, Mascaron, Massillon, combien ces jeunes gens sans maîtres auraient compris l'impuissance et la misère de la sœur Gosse et du père Gervais ! Le danger est grand de toucher à ces institutions savantes; elles
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ne se refont pas en un jour; la génération de ce matin ^ ignorante même de l'ancienne grammaire, est la première à payer ces grands désastres. Au fait, pourquoi donc tant de latin, à quoi bon ramener ces enfants dans les écoles d'Athènes? Ils en savaient toujours assez pour être officiers de cavalerie, ingénieurs, barons ou sénateurs. On dirait volontiers, en parodiant un mot célèbre : Les peuples iiont guère que V éducation quils méritent. C'était donc à bon droit que le dixseptième siècle fut élevé par Homère, Virgile, Horace et Gicéron. Mais revenons au futur douanier. Ce petit mal élevé se prit tout d'un coup d'une grande ardeur pour les voyages en pleine mer.
Les Anglais, nos ennemis, étaient maîtres de l'Océan; seulement, les corsaires de Dunkerque, de Dieppe et de Boulogne, inquiétaient fort les vaisseaux anglais. A ce métier, plus d'un corsaire avait gagné fortune et renommée. Un de ces capitaines, très-habile et très-heureux, se trouvait dans Abbeville aux vacances de 1801, et, sur la prière de son père, il promit de montrer au jeune aspirant de marine un vrai combat naval. C'est convenu; le voilà parti. Mais sa première caravane lui sembla rude, et bientôt il trouva que la vie de matelot pourrait s'échanger contre une
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immense flânerie à travers les campagnes, un fusil à la main. Cette fois le matelot s'était fait chasseur, et comme^ un jour, il s'e'tait égaré avec quelques amis de son âge, ils trouvèrent l'hospitalité chez un bonhomme de curé qui les fit coucher sur la paille j et jeta sur eux, en guise de couverture, le drap mortuaire de son église. Ils dormirent comme des bienheureux! Dans cette même année, au mois de février 1802 (le jeune homme avait déjà quinze ans), il commença ses exercices dans un manège improvisé, dont le professeur était un maréchal des logis, propriétaire de deux mauvaises bétes : le Carnassier et le Corbeau. On n^était pas sitôt monté sur le Carnassier qu'on eût voulu m.onter sur le Corbeau. Mais pas un n'était le maître au manège de M. Xoseille. A la fin, grâce à Corbeau^ grâce à Carnassier y grâce à deux jambes vigoureuses, qui déjà se dessinaient comme si elles eussent compris quelle destinée les attendait, le jeune homme devint le rival de son Pluvinel. Il eut aussi un maître à danser, il dansa; mais qu'il était timide et poltron! Commue il rougissait sitôt qu'il fallait présenter la main à sa danseuse! et si la danseuse accordait au jeune monsieur un coup d'œil ironique ou tendre, il regrettait Carnassier, il regrettait maître Corbeau. De tous ces
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détails^ un peu longs, résulte une vie innocente^ une adolescence digne de respect. Rien de bien dangereux dans les premiers sentiers de ce jeune homme, et, d'ailleurs, son père était là qui, dans toutes les crises^ le renvoyait parmi les flibustiers de l'Océan. Une promenade en mer, en ce temps-là , était pourtant chose dangereuse. Les Anglais ne ménageaient guère ces malheureux petits bâtiments montés par des matelots de pacotille. Or, la croisière achevée, M. le surnuméraire honoraire à la résidence d'Abbeville rentrait dans le bureau de son père, qui lui faisait copier ses lettres, ce qu'il regardait comme le comble de l'humiliation.
Cependant le premier Consul, qui remuait dans sa tête féconde une suite de projets mêlés de réalités et de songes , s'en vint un jour (c'était en i8o3) dans sa bonne cité d'Abbeville, oti il passa vingt-quatre heures. Il n'était pas déjà de trèsbonne humeur, lorsqu'en traversant un pont de bois qui venait d'être achevé en son honneur : — ce Je voudrais bien savoir, dit-il, quel est le manœuvre qui a fabriqué ce pont là?» Le manœuvre était justement le chef de l'escorte qui conduisait le futur empereur. Un peu plus tard, il s'en revint aux mêmes lieux (nous vous avons dit qu'il avait ses projets) avec sa femme, une dame de
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compagnie et sa servante. Et, bien que la dame fût très-belle, on ne regardait que le monsieur. Il n'était guère plus content que le premier jour, et jurait comme un païen contre des bottes neuves que lui avait fait un manœuvre de Paris : — « Ah ! chien de bottier! maudit bottier! animal! Avezvous des cors, monsieur Boucher? Vous êtes bien heureux; ce sont les cordonniers qui nous les donnent. Votre ville est une ville de tanneurs. » Et les b et les f de se mêler à cette aimable conversation. Pourtant^ le même soir, la ville entière enviait à M. Boucher de Perthes ce long téte-à-tête avec le géant.
A la tro'sième rencontre du premier Consul et du chef des douanes d'Abbeville, le maître était en culotte blanche et bottes à l'écuyère, et cette fois la botte était faite à son pied. Mais, chose
étrange , il était d'une humeur exécrable. Il
avait couvé son projet, il l'avait même jeté sur le papier. Il comprenait très-bien , sans le dire à personne , qu'à ce projet si longtemps médité toute sa fortune était attachée. Il s'agissait, en effet, du blocus continental et de l'Europe fermée
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aux marchandises anglaises. Or c'était chose à ne pas oublier, ce vainqueur de l'Italie et ce futur Empereur des Français voulant à toute force obtenir l'assentiment d'un obscur employé de ses douanes, et cet employé résistant non-seulement par son attitude et son regard , mais par des motifs qu'il disait à haute voix et qu'il soutenait d'un geste énergique. Et plus M. Boucher de Perthes résistait , plus le maître absolu semblait animé de sa propre fantaisie. Il élevait la voix, il frappait du pied. Le jeune homme s'imagina un instant que le consul allait battre son père , et comme le père était en état de se défendre , le jeune homme gagna prudemment la porte. Il n'y a rien de pareil dans les histoires écrites par les historiens de profession. De cette étrange scène il résulta dans l'esprit du jeune Boucher que la douane était chose considérable, puisqu'elle inquiétait à ce point le tout-puissant , et il résolut d'être , à son tour, un employé des douanes. On ne bataille point avec sa destinée. Hélas ! les douaniers , placés à tous les avant-postes de l'Empire, étaient cent fois plus malheureux et plus exposés que les soldats. Haïs de tous^ entourés de violences, ils n'avaient ni paix ni trêve. Ils imposaient de force^ à des populations nouvellement conquises, des lois draconiennes. Les soldats les trouvaient trop ri-
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ches; les officiers leur en voulaient de leur exactitude, et si quelques-uns, par faiblesse ou par ignorance, oubliaient leurs terribles devoirs, ils étaient destitués comme douaniers et fusillés comme soldats. Double peine et double injustice. Et le moyen d'éviter? L'Empereur Napoléon (il a franchi le fossé! ) était le plus enragé douanier de son empire. Il s'était dit que par le blocus continental il écraserait l'Angleterre , et que rien n'était plus facile que de forcer l'Europe entière à soutenir cette abominable mare clausum, qui la ruinait plus que la peste ou la guerre. Ah! quels auto-da-fé misérables et les tristes bûchers! Il avait institué, qui le croirait? pour ses douanes des cours prévôtales. Il eût fusillé ses meilleures généraux pour deux aunes de coutil anglais; il eût envoyé aux galères ses plus fidèles agents pour un rasoir de Birmingham. Il fit un jour fouiller les voitures de l'impératrice , et brûler sous ses yeux pour un million de dentelles de contrebande; il fit plus : il chassa ses domestiques , sans prendre garde aux supplications de Joséphine. Impuissantes rigueurs! Ces riches et inutiles produits livrés aux flammes rencontraient dans leur chemin des protecteurs invisibles , et très -souvent ce qui brûlait dans ces immenses bûchers, c'étaient des chiffons de fabrique fran-
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caise. Cependant, que de pertes irréparables! que de cendres et de malédictions! Des montagnes de mousseline et de tissus précieux misérablement anéantis sous les yeux de malheureuses femmes à peine vêtues! Comme autrefois, dans les grands supplices , les soldats romains s'en revenaient convertis , plus d'un douanier, quand ces belles exécutions étaient achevées, rentrait tout honteux dans sa caserne , oubliant de se vanter de son désintéressement et de son courage. Et voilà comment la douane , elle aussi , peut se vanter d'avoir produit des héros. Hélas! plus d'une fois, ces douaniers, attristés de cette tâche ingrate, rencontraient au pied des falaises une contrebande inattendue ! Aujourd'hui le propre neveu de M. Chateaubriand échouait sur ces grèves , et était fusillé huit jours plus tard; le lendemain, MM. de Polignac étaient accusés de conspiration. Alors le douanier devenait gendarme, et ce jour- là non plus il ne songeait pas à se vanter.
Sitôt qu'il fut dans l'âge heureux où le père le plus prudent n'hésile plus à mettre à son fils la bride sur le cou , le jeune Boucher de Perthes , bien lesté d'argent et recommandé dans les plus honorables maisons, se mit à courir le monde en vrai fils de famille. Il était de haute taille et de bonne mine^ et de la plus belle apparence. Il était
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courageux et naïf. Ses jours de piraterie en plein Océan lui avaient appris à ne s'étonner de rien, il était liabile à tenir une épée; il savait les premiers mystères du violon, du piano^ même de la guitare, qui était en grande faveur chez les pupilles de la garde. Enfin, il aimait naturellement la bonne compagnie , et se serait cru déshonoré s'il eût été rencontré dans le monde interlope. Adieu donc ! le voilà parti . et soyez sûr qu'il va faire un beau voyage. A peine il jette , en passant , un regard sur Notre-Dame de Paris. Le lendemain , il s'en va parle coche 'ô sancta simplicitas I ) visiter sa cousine d'Auxerre , au milieu d'un tas de nourrices. Il regrette Avallon , dont les rues sont pavées en pierres ; il remarque à Ghâlons les petits chapeaux des paysannes. En allant à Sens , il se fâche que, la nuit étant venue, une jeune dame, et fort gaie, ait pris l'habitude de dormir sur son épaule; en dormant , elle lui passait le bras autour du cou , et ça le fâchait bien davantage. Ah 1 direzvous^ l'idiot, le malheureux, le mal appris! Estil assez béte! Et nous sommes tout à fait de votre
avis.
Elle me dit : « Quelque chose « Me tourmente. « Et j'aperçus Son cou de neige, et, dessus, Un petit insecte rose.
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J'aurais dû, — mais, sage ou fou, A seize ans on est farouche, — Voir le baiser sur sa bouche Plus que l'insecte à son cou.
On eût dit un coquillage ; Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes, pour nous voir, Se penchaient dans le feuillage.
Sa bouche fraîche était là :
Je me courbai sur la belle, Et je pris la coccinelle ; Mais le baiser s'envola.
" Fils, apprends comme on me nomme »,
Dit l'insecte du ciel bleu :
" Les bêtes sont au bon Dieu ;
'< Mais la bêtise est à l'homme. »
Mais ceci n'est que le commencement de la bêtise, et, s'il plaît à Dieu , dans ces beaux sentiers , nous en verrons bien d'autres. A Châlons , nous reprenons le coche ^ et notre loup de mer devient bien vite un marin d'eau douce. Il trouve à Mâcon un petit vin qui lui fait faire la grimace; à Lyon, un compagnon de table d'hôte le conduit dans une maison de jeu où il voit des dames un peu drôles. Et cependant il ne voit pas le souverain pontife inaugurant Notre-Dame de F'ourvières; il ne voit pas ces bords charmants du Rhône et les belles
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montagnes du Dauphiné. Avignon lui rappelle M. d'Asnières et la servante Pétronille du Sourd ou l Auberge pleine. A Paris même, on jouait le Sourd ou l'Auberge pleine trois fois par jour. On le joua pendant trois ans; le théâtre y fit trois fortunes : il avait eu la pièce pour trois écus de six livres.... Elle rapporterait aujourd'hui trois cent mille francs, trois fois ce que ^e/zo/fon a rapporté. Voici déjà Marseille et M"^ Montgrand, la fille du maire, la plus belle danseuse de la ville. A Marseille , le voyageur s'étonne un peu de la quantité de gentilshommes dont se composent les douanes.; on lui répond par une anecdote assez curieuse. Comme il allait en Egypte, le général Bonaparte s'empara de l'île de Malte, et, trouvant bon nombre de chevaliers français, il en voulut faire autant de soldats de son armée. A quoi l'armée entière s'opposa . en disant que ces chevaliers de Malte étaient de la race noble, et parfaitement indignes de servir avec les soldats républicains. C'est pourquoi le général Bonaparte en fit des douaniers. Marseille, en ce moment, appartient aux processions; elles durent huit jours. Ces Marseillais possèdent de beaux jardins; ils se promènent toute la nuit. Voilà tout ce qu'il a vu dans Marseille. Une fois , comme il avait passé la nuit à danser aux sons du flageolet et du tambourin (in-
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nocente musique) , et qu'il avait distribué force épingles à ses danseuses, en rentrant chez lui il trouva porte close, et passa le reste de la nuit à la belle étoile. Ah! l'innocent! l'innocent! Il a mis huit jours pour aller de Marseille à Gênes. Ils étaient plusieurs dans la même cabine , et le soir venu , comme il voyait chaque passager installer son petit matelas:
«Monsieur, lui dit une jeune dame (notez bien, la plus jolie des trois), je suis fluette, et vous partagerez , s'il vous plaît , ma couchette. »