UNE ANNONCE DU MONITEUR
d'éclat est un pléonasme, et de plus c'est une faute de français; Tibulle en rabat est grossier.
Va, crois-moi, cher abbé, fuis l'abord du Parnasse : Pour atteindre au sommet la soutane embarrasse.
La soutane embarrasse : cVst toujours la même plaisanterie de tonsure et de Tibulle en rabat. La soutane embarrasse n'est pas très français, et puis c'est un triste acutum pour finir une épigramme. Molière entendait autrement Fépigramme. Il était passé maître dans le grand art de piquer au vif ceux qu'il voulait atteindre. Témoin ses admirables violences contre le cher abbé Gotin. Molière n'a donc pas fait la présente épigramme pour toutes sortes de raisons : d^abord, parce que cela n'est pas une épigramme; en second lieu, parce que ce sont là de méchants vers ; enfin parce qu'il n'y a là dedans ni assez d'esprit ni assez de français pour qu'on y puisse reconnaître Molière. Il faut donc avouer que les gens d'esprit de France ont fait preuve cette fois d'une triste crédulité en prenant au sérieux de pareils vers et en laissant ainsi outrager le grand nom de Molière!
Ne croyez pas cependant que tous les amis de Molière aient été pris de cette coupable indifférence. A la première nouvelle de cette découverte, ils ont demande où était situé cet heureux village
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de Seine-Port, qui contenait de pareilles richesses.
On leur a répondu que c^était un assez triste petit village perdu dans les terres , et dont les abords étaient difficiles; rien n'a rebuté le courage des partisans de Molière.
Ils sont partis pour ce pèlerinage lointain, au milieu des boues et de la pluie. Jugez de leur surprise ! Ils croyaient trouver tout le village heureusement agité d'un noble orgueil : des lettres de Molière! Le village était aussi tranquille et aussi endormi que la plus petite ville de province; ils croyaient que le moindre paysan allait être occupé à faire copier les lettres de Molière pour son usage personnel; le paysan coupait du bois, il ignorait même le nom de Molière! Les bourgeois n'étaient guère plus avancés que les paysans; ils ne lisaient pas Molière, ils lisaient Paul de Kock. On rit au nez des amis de Molière en les entendant parler avec tant d'intérêt de la correspondance avec Jasmin, le trésorier du roi. Tout le village de Seine-Port est dans la même ignorance; c'est à peine si l'on sait au juste que Molière était le plus grand esprit de son temps. Il y a même des bourgeois de Seine-Port qui prétendent que ce n'était qu'un comédien, un histrion, un excommunié; fi donc! Et personne ne comprend à Seine-Port qu'on vienne tout exprès de Paris à Seine-Port
t)NE ANNONCE DU MONITEUR l8l
pour trouver des lettres de Molière. A ces faits, que nul ne saurait contester, je voudrais bien savoir ce que répondra le Moniteur.
Au reste, Monsieur, ce même village de Seine- Port est fécond en pareilles mystifications. Il y a quelques années, un bourgeois de Tendroit fit afficher à tous les coins de Paris qu^il avait à vendre une Vierge de Raphaël. Grande rumeur parmi les amateurs parisiens. La chose paraissait nette et précise : on donnait tant de détails sur ce chef-d^œuvre! il était annoncé avec tant de pompe! Tous les marchands de tableaux accoururent à Seine-Port. O mystification! le prétendu tableau de Raphaël, estimé 100,000 francs, n^était qu^une copie dont on offrit 80 francs !
Abusez de Raphaël, à la bonne heure; mais respectez Molière! Donnez -nous des copies de Raphaël, la chose est permise; mais des copies de Molière! Enfin, Monsieur, je ne sais pas jusqu^à quel point nous n'aurions pas le droit de demander raison de sa nouvelle mystification au Moniteur universel.
Agréez, etc.
Gaspard l^Avisé*
Petits Souvenus. 16
LA
E Salon de i833 est fermé! L'Exposition s^en va sans qu'on puisse dire où elle va, sans qu'elle le sache elle-même ! Où va-t-elle? où vont tous ces tableaux de genre, toutes ces marines, tous ces paysages? Quelles murailles prêteront leurs épaules protectrices aux grands tableaux? Et ces statues, où iront-elles? dans quels jardins publics ou privés? Pour moi, à Taspect de toutes ces créations différentes, je suis inquiet, et je me demande qui doit donner asile à tous ces orphelins sans nom. Il n'y a de bienheureux à l'Exposition que les portraits ; ceux-là sont des enfants de bonne maison qui n'ont eu que la peine de naître; ceux-là
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sont assurés à l'avance du victum et vestituni^ comme dit saint Paul : ils ont leur place toute trouvée, au plus bel endroit de la maison paternelle; ceux-là sont les heureux du monde, qu'ils soient beaux ou laids, enfants de génie ou enfants médiocres, spirituels ou sots; ce sont des enfants de famille : ils vivront, c'est-à-dire qu'ils auront un cadre ^ ils auront une maison, ils auront des gens pour les regarder et pour dire avec un niais sourire : Comme c'est ressemblant I Cependant les plus beaux tableaux restent sans acheteurs. Ces tableaux-là représentent les enfants du peuple pleins de génie, mais sans fortune, qui n'ont que du talent et pas d'habits, et qui justifient parfaitement ce beau vers de Juvénal :
Haud facile emergunt quorum virtiitibus obstat Res angusta domi.
Telles sont les réflexions que je faisais l'autre jour en présence du Louvre , fermé avec si peu de cérémonie, coupé en deux la veille, pour donner passage à la garde nationale, fermé le lendemain aussi brusquement que le 28 juillet, quand le peuple furieux était à ses portes. Que vont devenir tous ces tableaux ?
Car cette année , s'il est vrai que beaucoup de
tableaux ontété marchandés, et marchandés comme on ne marchande pas les marchandises les plus vulgaires, il est très vrai aussi que fort peu de tableaux ont été achetés. C^est là une grande désolation , à notre sens : savoir que tant de jeunes talents ont été trompés dans leurs plus justes espérances! savoir que tant d'artistes, qui attendaient en tremblant la fin de l'Exposition pour payer avec leurs tableaux quelques-unes de ces pauvres dettes qui font sourire le riche de pitié et qui font le désespoir du pauvre, ne pourront pas payer même une partie de ces dettes! Savoir Tart qui commence, l'art qui a besoin d'être protégé si fort, livré en France à cette abominable lésinerie!
Nous qui connaissons tant de jeunes peintres, nous qui savons combien de nobles misères sont cachées dans les ateliers , nous qui les avons vus se priver de pain pour acheter des couleurs, et jeûner plus d^une fois pour payer leurs modèles ! cela nous paraît une désolation et une honte, de les voir aussi pauvres après l'Exposition qu'ils Tétaient avant l'Exposition !
Il faut avoir le cœur bien dur, se soucier bien peu d'un des plus beaux attributs de la puissance, et bien mal comprendre les beaux -arts, pour les encourager si peu. Autrefois, cela ne se passait pas ainsi ; les rois et les grands tenaient à
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honneur de payer les artistes au poids de l'or. Ce fut là le seul luxe innocent de François I^r, qui lui en fait pardonner bien d'autres; ce fut le grand luxe de Louis XIV. L'empereur Maximilien tint lui-même l'échelle sur laquelle était monté Albert Durer. Le farouche Henri VIII d'Angleterre enleva Holbein à Thomas Moras, et toute sa vie il soutint le grand peintre. C'était jadis une gloire pour un trône d'être entouré d'artistes riches. Un artiste riche, cela dit tout. Un artiste pauvre, cela signifie bien plus encore; cela signifie une nation médiocrement administrée, et parfaitement indigne d'avoir des artistes.
Je ne crois pas qu'avant la révolution de i83o le pouvoir ait jamais imaginé de marchander un tableau à un peintre. Si le peintre était jeune et donnait des espérances, on achetait son tableau un bon prix, et il était tout heureux d'être traité non pas en marchand, mais en peintre. Il n'avait pas à se débattre avec le gouvernement pour quelques louis d'or; il était vraiment l'obligé du pouvoir, qui traitait avec lui d'égal à égal.
Et celaest juste. En effet, acheter un tableau à un peintre, c'est payer une dette nationale; c'est profiter d'une haute position pour encourager les beaux-arts, qui ne vivent que de grands encouragements; c'est faire profession de haute estime
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pour le talent; c'est être généreux, en un mot, et non pas acheteur.
Car le véritable acheteur de tableaux, car le bourgeois, ne va pas s'exposer à acheter un tableau à une réputation naissante; le bourgeois attend que cette réputation soit consacrée, et, quand elle est consacrée, il attend que le hasard, la misère, Texpropriation forcée ou la mort de Fartiste lui donnent son œuvre à bon compte. Le bourgeois, d'ailleurs, préfère souvent une gravure à un tableau, et souvent une glace de cinq pieds à une gravure. Quand le bourgeois achète, le bourgeois marchande, c'est son droit; mais chez un prince, marchander, cela n'est ni son droit ni son devoir. Le prince donne de For au peintre, qui lui donne son tableau; le prince ne profite pas de sa haute position pour acheter à bon compte, mais bien pour acheter très cher. Plus il est élevé, et plus il sent combien c'est une triste profession que celle du peintre et du statuaire.
D'abord, les parents d'un jeune homme qui veut être artiste s'opposent à sa vocation. C'est presque toujours malgré eux qu'il le devient. Sous ce rapport, on lui doit les encouragements qu'on accorde au soldat qui s'enrôle. Et, une fois qu'il est artiste, qu'il est bien séparé de sa famille, bien abandonné de tout le monde, que
de travaux! que de peines! que de misères! que de désirs étouffés! Pauvre artiste! Le froid en hiver, le chaud en été! la foule qui passe sans le voir! Et, malgré toutes ces privations, une vie si honorable! une si respectable misère! Cependant, peu à peu, il marche, il est en progrès, il se sent en progrès; il vient d^achever son chef-d'œuvre! le voilà ce chef-d'œuvre! il y a mis tout ce qu'il avait d'âme, d'idéalisme, de cœur, de crédit et d'argent! Et ce tableau qui doit le consoler un peu, qui doit lui donner un avenir, qui l'achètera, sinon les grands et les riches, sinon le plus grand et le plus riche de tous? Voulez-vous donc livrer ce malheureux et noble jeune homme en pâture au bourgeois? voulez-vous donc tout d'un coup le rejeter dans le néant d'où il est sorti? il avait du talent pour le paysage et pour l'histoire, voulez-vous donc le forcer à faire des portraits d'employés ou de femmes d'huissiers, ou de rentiers, entourés de leurs chiens, de leurs oiseaux et de leurs enfants? C'était un artiste : voulez-vous donc en faire un marchand? Ce n'est pas votre intention, n'est-ce pas? Vous avez pour cela trop d'intelligence et de cœur! Eh bien donc, si vous ne voulez pas en faire un marchand, commencez par ne pas marchander son tableau. Ce tableau, il a été fait pour vous, il ne peut être qu'à vous :
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prenez-le, ne faites pas banqueroute à la gloire qui ne demande qu'à se produire; si vous agissiez autrement, si vous marchandiez avec le génie, si vous lui ôtiez le prix de sa toile et de ses couleurs, vous n'en feriez qu'un manœuvre; vous seriez à la fois injuste, méchant et cruel, rien que cela!
Ces réflexions sont dures, mais elles sont vraies. Elles m'ont été suggérées d'abord par mon fanatisme pour les arts, ensuite parplusieurs mauvaises actions du pouvoir, dont le récit serait trop pénible. Nous savons, par exemple, un jeune statuaire de talent, qui a été mis à Sainte-Pélagie pour n'avoir pas pu payer le marbre d'un buste du roi qu'il avait fait à tout hasard pour la ville de Dunkerque.
Nous savons un jeune homme, paysagiste de grand talent, qui a eu du succès cette année, et qui , pour un paysage très beau et très applaudi , demandait deux modestes billets de mille francs; il en aura à peine la moitié. L'an passé , en plein choléra, moi, pauvre diable, j'ai acheté un tableau à un jeune peintre, qui était frappé du mal, cent francs plus cher que ne lui en offrait la liste civile. Je ne finirais pas si je racontais tout ce que je sais de ces lésineries. On est allé, par exemple, de préférence chez presque tous les artistes dont les tableaux sont vendus, pour les acheter, et
quand ils répondaient : Ils sont vendus, les envoyés se retiraient ave: toutes sortes de regrets. Ce sont là des malheurs véritables pour un pouvoir qui a tant besoin de l'estime de toutes les classes. Car, voyez-vous, Tartiste est avant tout désintéressé, fort peu avide d'argent, n'en demandant que pour payer ses dettes, fort peu dépensier pour sa personne. Une très grande fête et une très grande dépense des plus grands artistes de Paris, c'est de dîner tous les mois, à quatre francs par tête, chez le plus mauvais restaurateur de Paris, en société avec quelques gens de lettres dont je fais partie. C'est, au reste, la seule société savante ou autre dont je sois membre honoraire ou correspondant.
Que si vous passez des tableaux déjà faits, des tableaux de cette année, aux tableaux à venir, aux tableaux de Tannée 'prochaine, vous retomberez toujours dans les mêmes inquiétudes.
On n'a pas acheté de tableaux cette année; mais, en revanche, on n'a pas commandé de tableaux pour l'année prochaine.
L'année prochaine, comme cette année, il va falloir que tous ces jeunes gens travaillent au hasard, sans sécurité aucune. Que faire alors? que devenir? comment payer son dîner et son terme? Que voulez - vous que fasse un pauvre jeune
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homme avec cette inquiétude toujours croissante? Vous verrez qu^il se hasardera peu aux grandes compositions; il dédaignera le grand art, il fera du petit art, et travaillera non plus pour les grands seigneurs, mais bien pour le bourgeois.
Or, le bourgeois tue les arts , parce qu'il est mesquin de sa nature, parce qu'il ne les comprend pas, parce qu'il a de petites merveilles, parce qu^il les marchande et qu'il les paye mal. Ne pas faire de commande aux artistes, c'est faire de leur travail une espèce de jeu à la roulette, c'est les jeter dans un découragement a les rendre stupides, c'est les condamner à flatter la foule , le plus stupide des maîtres, et cette puissance des loyers de 800 francs, dont M. Dubufe est le Raphaël. Ne pas acheter les tableaux déjà faits serait une cruauté bien grande; ne pas en commander à ceux qui sont capables d'en faire, c'est un suicide moral. Ainsi , cette année, on peut s'inquiéter deux fois pour M. Hesse. Qu'est devenu le tableau de M. Hesse? Que fera M. Hesse Pan prochain ? Il n'y a pas trois artistes, trois artistes jeunes , commençants et donnant des espérances, qui ne nous donnent les mêmes inquiétudes pour le passé et pour l'avenir.
Je sais bien que vous allez me dire que les croix ont été distribuées; mais un artiste ne vit pas seulement de croix!
Que voulez-vous qu'il fasse du ruban rouge, s'il n'a pas une boutonnière où le mettre? Et puis, même dans cette distribution de croix, on pourrait trouver plus d'une erreur, et surtout plus d'un oubli. Ici je ne veux pas discuter le mérite des artistes récompensés. Qu'ils jouissent en paix de leur triomphe, je respecte leur joie; il est trop heureux qu'ils soient heureux à si bon compte. Mais ce qui est [pénible à dire, c'est qu'en même temps qu'on donnait la croix à Alfred Johannot, on ne l'ait pas donnée aussi à Tony. Qu'a-t-il fait donc, notre cher Tony, pour n'être pas décoré en même temps qu'Alfred? N'est-ce pas le même talent, la même grâce, la même inépuisable fécondité, le même dévouement fraternel? Cette idée pouvait-elle entrer dans une tête bien faite, de séparer ce que l'art, la nature, le talent, l'admiration générale et l'amitié fraternelle avaient également réuni? Entre Tony et Alfred, quelle différence trouvez-vous donc? Ce sont absolument les mêmes commencements, les mêmes succès, les mêmes encouragements du public ; c'est la même vie, c'est la même gloire, c'est la même nature. Quel chagrin pour Alfred, qui a tout partagé avec Tony jusqu'à présent, de ne pas partager avec son frère la croix d'honneur!
Ce sont là de très petites nuances qu'un pouvoir
très éclairé, et qui aurait bonne envie d'être aimé, ne négligerait pas le moins du monde. Puisqu'en fait de récompense nationale on est convenu d'obéir un peu à Topinion publique, pourquoi pendant qu'on donnait la croix à Barye, ce sublime faiseur de lions, ce charmant faiseur de petits ours; à Barye, notre frère, notre admiration à tous; pourquoi n'a-t-on pas donné aussi la croix à notre grand portraitiste Champmartin?
Champmartin a fait les plus beaux portraits que la France puisse opposer aux portraits de Lawrence, et Champmartin n'a pas la croix!
Il est encore un autre oubli incroyable. L'homme oublié dans les récompenses nationales est justement le peintre le plus fécond, le plus heureux, le plus ingénieux et le plus ferme soutien de la peinture moderne, un homme qui a fait école tout d'abord. Grand peintre à force de vérité, d'esprit, de couleur; d'une verve inépuisable, d'une audace incroyable, méprisant très fort l'Académie; déjà populaire, estimé, admiré, recherché, imité, copié, inimitable : Decamps, en un mot, Decamps n'a pas la croix d'honneur!
Enfin, enfin, leplusexcellenthommedumonde^ le plus studieux et le plus savant des artistes^ un homme dont la manufacture de Sèvres et la peinture sur verre ne pourront pas se passer; ingénieux
dessinateur, qui a porté à un degré inouï chez nous la science des ornements, science perdue depuis trois siècles; homme modeste, très simple, très aimé, sans rivaux, tout seul dans cette partie de Part qu'il a adoptée, qu^il a refaite et qu'il a rendue si difficile: Aimé Ghenavard n'a pas la croix! Dites-moi, je vous prie, quels sont les hommes les plus à plaindre : ou ceux qui échappent aux récompenses , ou ceux -qui perdent de si belles occasions de les récompenser?
PAS D^ILLUSTRATIONSÎ
OS artistes ont le grand tort de s^inspirer trop rarement des chefs-d^œuvre littéraires des romanciers, des historiens et des poètes. La plupart du temps, nos jeunes imaginations se fatiguent à chercher de vulgaires sujets de dessins, de tableaux, de gravures, pendant qu"'avec un peu d'attention ils trouveraient dans les livres populaires des tableaux tout faits et des sujets admirables. Quand on a dit que la poésie était une peinture, on a dit vrai, en ce sens que le poète est souvent aussi heureux à grouper ses héros, à disposer ses personnages, à meubler le lieu de la scène, à l'éclairer du jour convenable, que peutPêtrele peintre le plus habile. Un homme qui écrit, et cet homme est un grand écrivain, trouve dans son âme toutes les couleurs^ tous les
PAS d'illustrations! 195
tons, tous les jours, tous les mouvements, tous les costumes, toutes les physionomies dont il a besoin pour faire de ses personnages des personnages réels, pour élever la fiction au rang de Phistoire. Ainsi vous voyez bien que la poésie et la peinture sont deux sœurs qui parlent le même langage, qui tendent au même but par deux chemins divers , et qui doivent toujours se donner la main !
Donc c'est toujours pour nous un sujet d'étonnement quand nous voyons tant de grands dessinateurs, Thonneur de Pécole française, laisser de côté, sans les reproduire par le dessin, tant de livres charmants qui méritent toute leur admiration et tous leurs hommages. Combien comptezvous de livres français qui aient été dignement illustrés? Combien comptez-vous de tableaux dont nos artistes aient emprunté le sujet, je ne dis pas seulement aux auteurs français, mais même aux étrangers les plus en renom, lord Byron et Walter Scott, par exemple ? Pourtant ce sont là des auteurs favorables aux peintres, s'il en fut. Ils ont dessiné, vous savez avec quel bonheur et quelle exactitude, toutes les scènes principales de leurs romans et de leurs poèmes. Chacune de leurs pages est un tableau tout fait qu'on n'a plus qu'à reproduire; mais, au nom du Ciel! pourquoi ne les reproduiton pas?
Les Anglais, ces ingénieux rivaux, qui remplacent, chose étrange pour des Anglais^ par Fesprit, le talent qui leur manque, qui sont des maîtres graveurs que nous n^aurons jamais la patience d'atteindre; les Anglais ne manquent jamais à cette toute-puissante association du peintre et du poète, qui est aussi profitable à Tun qu^à Pautre. Qu^un de leurs écrivains fasse un chef-d'œuvre, aussitôt ce chef-d'œuvre devient le partage de tous les artistes : il est reproduit par le pinceau (vieux style) et par le burin. Ainsi Pouvrage devient doublement populaire : on le lit, et on le grave; il entre à la fois dans toutes les bibliothèques et dans tous les portefeuilles. Pas un grand génie de TAngleterre n'a été privé de ce grand triomphe. Aussi comparez les livres anglais à nos livres. Les uns sont remplis de gravures; c^est à peine si les nôtres en ont une seule au frontispice, et quelle gravure! Et encore où en serions-nous si les deux Johannot, si Anglais par Tesprit, n'avaient pas compris qu'il était de bon goût à eux de s^associer à toutes les gloires contemporaines? Mais, jusqu'à présent, les frères Johannot sont les seuls I
N'est-ce pas une chose honteuse pour nous que nos grands maîtres dans tous les genres n'aient pas à se louer d'une seule illustration digne de leurgénie? Racine, Boileau, La Fontaine, Molière,
PAS d'illustrations! 197
Voltaire, M'^^ ^ie Sévigné, M. de Lamartine, et tant d'autres! En revanche, vous avez vu sans doute les illustrations anglaises pour lord Byron, Walter Scott, Dryden, Thomas Moore, Fielding, Shakspeare! Ce sont là des livres et des gravures! Nous autres, nous sommes très fiers quand nous pouvons écrire dans nos prospectus : Orné d'un portrait de Vaiiteiir.
Nous avons chez nous tel beau roman qui pouvait fournir le sujet des plus admirables compositions : esprit, grâce, saillies pathétiques, scènes grotesques, scènes d'amour, scènes de salons et d'antichambres, hôtelleries, cabarets, théâtres, duels, ministères, calme maison des champs, médecins, barbiers, voyageurs, poètes, incendies, tout était là; le livre est populaire, c'est un chef-d'œuvre, et le seul livre 'gai de la langue française, c'est Gil Blas ! N'est-ce pas une chose honteuse que ce soient des artistes anglais qui aient adopté Gil Blas! si bien que les gravures du Gil Blas anglais sont un chef-d'œuvre auquel nous n'avons rien à opposer. N'est-ce pas un grand malheur cela?
Bien plus, notre homme unique, notre grand homme, tout seul debout, là-haut, au-dessus de toutes les gloires humaines, plus haut que Shakspeare, plus haut que Racine, plus haut qu'Ho-
mère, Molière, lui qui a tout dessiné, lui le grand peintre du peuple et le grand peintre de la cour, lui qui savait par cœur tous les costumes, tous les jargons, tous les gestes, toutes les passions de la France bourgeoise; lui le grand et tout-puissant coloriste, aussi habile à faire le tableau d^histoire que le tableau de genre; coloriste comme Rubens et comme Téniers à la fois ; aussi habile, soit qu"'il tînt le pinceau pour représenter le Misanthrope , soit qu^il crayonnât à grands traits, avec du charbon de bois, sur un mur, le Malade imaginaire et les Fourberies de Scapin, Molière, je vous le dis, Molière n^a pas à^ illustrations. Pas un grand peintre n'a pensé à attacher sa gloire à cette gloire immortelle; pour tout dire, nous n'avons pas une belle édition, une édition de luxe de Molière!
Heureusement, etàTheureoù j'écris, il se forme en France une association de grands artistes qui sont tous prêts à rendre à Molière les honneurs qui lui sont dus ! Enfin!
Espérons que cette injustice des artistes français pour les beaux génies de la France touche à son terme; espérons que la publication de Molière aura son influence et que bientôt pas un seul de nos grands poètes, pas un seul de nos romanciers ne sera passé sous silence par le burin de nos artistes !
ET
SANCHO PANCA
ANCHO, c'est Tesprit, c'est Tironie, c'est la sagesse du peuple. Personne n'a plus d'esprit que Sancho, pas même Voltaire.
Si le roi Salomon, dans toute sa gloire, approche quelque peu de Sancho, ce n'est pas parce qu'il est le roi Salomon , c'est parce qu'il a écrit des proverbes. O mon bon et jovial Sancho! ton nom est un nom populaire; c'est un nom de bon sens et de prévoyance! O mon bon Sancho! tu vaux mieux à toi seul que tout le chevalier dont tu es l'ami et le compagnon !
Et cependant quel chevalier, don Quichotte!
quel homme élégant dans ses mœurs, dans son langage, dans ses souvenirs! qu^il est humain, et généreux, et brave! C'est vraiment le paladin espagnol, aventureux et hardi et amoureux à outrance. Donc, pour effacer un pareil maître, il faut un valet bien admirable. Sancho Pança sera ce même valet; Sancho Pança est au peuple ce que don Quichotte est au grand seigneur.
Sancho exagère le peuple comme don Quichotte le grand seigneur. Mais quelles admirables exagérations et dans quelles justes bornes elles sont contenues ! et comme ils ne vont trop loin ni Pun ni Pautre! et comme ils ne sont ridicules ni Pun ni Tautre, bien que Pun et Pautre ils fassent rire aux éclats! Sous ce rapport, on peut dire que don Quichotte et son ami Sancho sont deux créations tout à fait dignes de Molière; nous ne savons pas de plus bel éloge que celui-là.
Donc, notre ami Decamps a fait le portrait de Sancho Pança tel qu'il Pa vu avec l'œil de son esprit, comme dit Hamlet.
Il le fait gros et fin, gras et vif, naïf sans être idiot, malicieux et bon homme; il le fait dévoué à son maître et à son âne, les aimant tous les deux également et presque du même amour; il le fait grave et posé, et heureux comme un sage. Decamps a fait Sancho tout à fait, tout entier, tout mal
léché, tout bourru, tout Espagnol, tout national, tout pétri d'un esprit qui n'est qu'à lui , tout rempli de grâces qui ne sont qu'à lui. Portez le portrait de Sancho par Decamps dans toute l'Espagne et demandez au premier venu :
« Quel est celui-là? » il vous répondra en riant :
ce C'est Sancho ! »
Et le riche, et le pauvre , et la jolie servante d'auberge, et le musicien ambulant, et le moine qui rentre à son couvent les besaces pleines, et le laboureur sur sa charrue, et la belle senora sur sa mule, et l'hidalgo sur le devant de sa porte, et le roi sur son trône , et tout le monde , voyant le portrait de Decamps, s'écriera en souriant :
« Eh! por Dios! voilà Sancho!» Et chacun lui tirera son chapeau, et chacun de lui dire :
« Bonjour, Sancho ! bonjour, notre ami Sancho!»
Pourtant si vous demandez : « Où donc ce grand maître a-t-il vu Sancho? » Eh! par Dieu, il a vu Sancho où il fallait le voir; il l'a vu où toute l'Espagne l'a vu, où le monde entier l'a vu; il l'a vu dans cet immortel livre de Michel Cervantes, Don Quichotte de la Manche. Voilà pourquoi ils reconnaissent tous le Sancho de Decamps, et voilà pourquoi nous disons tous en chœur :
« Bonjour, Sancho ! honnête Sancho, bonjour ! »
A ce;propos, il ne sera peut-être pas inutile
d'élever une question qui est tout à fait dans Pintérêt de Part. Comment se fait-il que ce chefd'œuvre, le Don Quichotte de Cervantes, n'ait pas obtenu chez nous les honneurs d'une iîlustration digne de don Quichotte et de son illustre écuyer ?
Comment se fait-il que nos grands artistes : Charlet, Decamps , les Johannot, Roqueplan et les autres , ne se soient pas encore réunis pour payer leur tribut à ce chef-d'œuvre d'esprit, le Don Quichotte y qui leur offrait tant de beaux et naïfs sujets de dessins et de gravures? Certes, si un livre étranger est naturalisé chez nous à force d'esprit, de style et de verve, ce livre, c'est l'ouvrage de Cervantes !
Certes, si un livre étranger a été chez nous à la portée de toutes les intelligences, c'est l'ouvrage de Cervantes !
Il y a de tout dans ce livre : scènes d'intérieur, auberges, villages, grands chemins, moulins à vent et hautes montagnes.
Amants qui se regardent au bord des fontaines, scènes de nuit, soupirs d'amour, sérénades, contes, récits épiques, batailles, féerie, et qui peut dire tout ce que renferme ce livre adorable? Ce n'est pas un de ces livres d'esprit sur lesquels le peintre n'a aucune prise et dont les vives esquisses ne
peuvent être saisies que par rimagination : c'est, au contraire, une description complète et large, qui nbublie aucun détail, même le plus futile, qui ne passe sous silence aucune explication, même la plus nécessaire; qui raconte admirablement les plus petits accidents du terrain et du héros; livre charmant qui vous dit comment sont habillés les personnages, et d^où ils viennent et où ils vont, et ce qu^ils veulent, et ce qu'ils mangent à leur dîner, et combien de fois par semaine ils se font la barbe, et quel emplâtre ils s'appliquent sur l'œil gauche; admirable et simple narration, si facile à comprendre que les enfants la comprennent, et en même temps d'un si haut enseignement qu'elle fait le charme des vieillards 1
Tel est ce livre auquel nous devons un des chefs-d'œuvre de notre langue, le Gil Blas de Le Sage.
C'est tout à fait la même manière 3 le même style , la même gaieté : Gil Blas est le seul livre" gai de la langue française. Et là aussi , quels détails! quelles mœurs! quelle observation profonde et sans malice! quel admirable et innocent sourire des petits travers et même des grands vices de l'humanité! quelle indulgence et quelle sagesse en même temps ! Livre si bien fait que la littérature espagnole le revendique comme sien, tout comme
nous avons revendiqué, nous autres, le livre de Cervantes.
C'est bien surtout en parlant de ces deux livres, le Don Quichotte et le Gil Blas, qu'on peut s'écrier comme Louis XIV : Il n'y a plus de Pyrénées !
J'en reviens à ma dissertation , et, si j'ai pris le chemin le plus long, c'est pour arriver plus vite. Je demandais donc tout à l'heure pourquoi nos grands artistes ne se réunissaient pas pour produire une édition du Don Quichotte qui fût digne de la France. Eh bien, je demande à présent pourquoi la France n'a pas même une belle et grande édition de Gil Blas. Bien plus, bien plus (ô ingratitude des beaux-arts!), la France n'a pas même un beau Molière! Le croirait-on? le plus beau Molière qui ait été fait a été fait en Angleterre! Le croirait-on? le plus beau Don Quichotte a été fait en Angleterre ! Le croirait-on? le plus beau Gil Blas a été fait en Angleterre !
Un livre inouï, dont chaque gravure se paye aujourd'hui au poids de l'or! Les artistes anglais se sont servis si merveilleusement de ces grandes imaginations qui avaient nom de leur vivant : Molière! Cervantes! Le Sage!
Ils ont exploité tant qu'ils ont voulu cette source abondante de situations pleines de vie; ils ont fait
SANCHO PANÇA 2o5
leur comédie à côté de cette comédie, et leur roman à côté de ces romans; ils ont pris à nos auteurs tout ce qu'ils pouvaient leur prendre, mais cependant ils ne les ont pas tellement épuisés que nous ne puissions, nous autres, trouver encore quelque chose à glaner dans ce vaste champ de Tesprit et du génie !
ous ne laisserons pas mourir les chefsd^œuvre faute d'un peu de piété filiale et de respect. Dieu merci, il ne sera pas dit que Part, ce fidèle compagnon du génie, aura jamais manqué au génie. De nos jours, une génération de jeunes talents s^est élevée qui a pris pour point de départ les chefs-d'œuvre de toute la littérature, et pour mot d^ordre tous les grands noms poétiques de ce monde. Grâce au concours de ces jeunes talents si naïvement impressionnés, les vieux livres s'en vont reprendre une fraîcheur inconnue, une physionomie nouvelle.
Les nobles et grands génies de France, d'Angleterre et d'Espagne, vont sourire avant peu à une illustration toute nouvelle. Le peuple va enfin avoir à son tour ses éditions de luxe, son Molière de luxe, par exemple, ou son Gil Blas, les deux chefs-d'œuvre populaires; Gil Blas, cette comédie taillée sur les patrons de Molière, qu'on dirait écrite avec la plume de Molière, plus gaie que la comédie de Molière, mais moins profonde et moins instructive.
Jamais ils n'auront été aussi beaux, aussi parés et aussi riches, ces deux amis du peuple, Molière et Le Sage; mais aussi, cette fois, c^esi le peuple qui se charge de leurs habits de fête ; et, après le lis de la vallée, que Dieu seul orne de sa robe d'innocence, rien n'est beau comme Thomme de génie que le peuple se plaît à embellir.
Après Molière, après Le Sage, viendra Cervantes, le père de Le Sage. Un grand travail se prépare depuis longtemps pour le Don Quichotte comme pour le Gil Blas. Dé;à vous avez vu le Don Quichotte de cet homme de tant de couleur et d'esprit qui a nom Decamps. Decamps s'est fait l'ami de don Quichotte; Decamps est monté en croupe non pas sur Rossinante, qui aurait été écrasée, mais sur l'âne plus robuste de cet excellent et intarissable Sancho Pança. Là, Decamps s'est trouvé aussi à l'aise que dans sa propre maison.
Il a voyagé de concert avec ses deux amis, don Quichotte et Sancho; il s'est arrêté avec eux dans les grasses hôtelleries; avec eux, il a déjeuné au pied des vieux arbres, trempant son pain frotté d'ail dans le limpide ruisseau; avec eux, il a prêté l'oreille aux histoires amoureuses du beau Cardénio; avec eux, il est entré dans l'étroit défilé de la sierra Morena; il a combattu, avec don Quichotte, les moulins à vent et les troupeaux de
moutons; il a aimé Dulcinée du Toboso autant que Paimait le chevalier de la Manche; en même temps il a écouté en riant les proverbes de Sancho, cet homme si rempli de Tesprit des nations.
Oh! quelle vie pour un grand peintre d'esprit et de cœur! Oh! les mille aventures! dans les villes, dans les bois, dans les hameaux, sur les grands chemins : partout ce ne sont que bergers et bergères, voleurs, noces riantes, enchantements de tous genres, princesses égarées, clairs de lune mélancoliques ou brillants rayons de soleil ! Oh ! le bonheur de partager le rêve de don Quichotte le Grand! don Quichotte le héros, le magnanime, Tenfant sublime, le plus brave, le plus digne, le plus courageux, le plus désintéressé des hommes, à tout prendre, puisqu'il est possédé de la plus douce, de la plus honorable et de la plus sainte des folies !
Servir de père à l'orphelin , de défenseur à la veuve; être l'effroi des méchants, Tespoirdes bons; aimer d'un amour pur et chaste : tout pour son roi, pour son Dieu, pour sa dame! Oh! le respectable rêve d'une âme honnête!
Ainsi Decamps a partagé toutes les illusions de son héros; ainsi il a fait deux fois son portrait, ou plutôt il a fait deux fois le portrait de Sancho. Vous avez déjà vu le portrait de Sancho de
Decamps? Jovial, réjoui, ne doutant de rien; véritablement à cheval sur son âne, pendant que son maître est à âne sur son cheval ; Jamais on n'avait mieux vu Sancho Pança que ne Fa vu Decamps ; jamais on n'avait mieux compris Sancho que ne Ta compris Decamps. Mais ce n'est pas assez pour Decamps d'avoir fait le portrait de l'écuyer; il sait très bien que l'écuyer et le chevalier ne vont pas l'un sans l'autre, qu'ils sont inséparables comme Tesprit de la matière , comme l'âme du corps.
Sancho, en effet, c'est le bon sens, don Quichotte, c'est la poésie; Sancho, c'est le fait, don Quichotte, c'est le rêve; Sancho, c'est le positif, don Quichotte, c'est l'idéal; Sancho, c'est To/Za podrida cuite à point, don Quichotte en est la fumée.
Sans don Quichotte, Sancho est une charge; privé de Sancho, don Quichotte est un roinan en l'air. Ces deux hommes tiennent Fun à l'autre par un lien indissoluble qui est la vérité de Fart et Funité philosophique : celui-ci prouve celui-là. Ce sont deux corps et à la fois deux ombres; seulement, c'est don Quichotte qui est l'ombre de Sancho, comme Sancho est l'ombre de don Quichotte; ils se servent mutuellement de repoussoir: Sancho à don Quichotte, don Quichotte à Sancho.
Voilà pourquoi Decamps, en grand artiste qu'il est , ne pouvait pas et ne devait pas séparer ces deux héros.
Ainsi a-t-il fait : il les fait aller de pair, au même pas paisible et lent, comme ils allaient toujours. On voit que Sancho a ralenti le pas de son âne par respect pour le coursier de son maître ; tout en marchant ils causent, ou plutôt Sancho parle à son maître pendant que son maître s^entretient avec ses pensées. Ils sont heureux tous deux, chacun à sa manière : Sancho rêve tout haut qu'il est attendu dans une bonne hôtellerie; don Quichotte pense en lui-même qu'il va rencontrer un château fort; Sancho s'enivre de vin à Foutre d'un muletier, don Quichotte s'enivre de gloire et d'amour.
Deux rêveurs tous les deux, sans que ce bon Sancho se doute qu'il est rêveur !
Faisons comme Decamps, aimons Sancho, mais aussi aimons don Quichotte ; rions avec celui-ci, pensons avec celui-là ; soyons raisonnables comme l'un et fous comme Tautre, mais surtout, ni dans notre admiration , ni dans nos louanges , ni dans nos respects, ni dans nos tableaux, ni dans nos gravures, ne les séparons pas !
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"^^VEZ-vous VU le tableau de Roqueplan : deux jeunes filles à cheval, un frais paysage, moins frais que leur sourire, un ruisseau qui murmure sur un lit de cailloux, et puis, sur le devant du tableau, un jeune homme tête nue, qui fait passer le gué à ces deux jolies filles? Vous avez vu tout cela, n^est-ce pas? Quelle vie! Quelle campagne! Quelle grâce! Quels ajustements! Quels vieux chevaux! Quelles jeunes filles! Quel insouciant, amoureux et timide jeune homme! Vous, voyant tout cela, tout ce dix-huitième siècle évanoui, au milieu de cette campagne qui est restée la même, vous vous êtes sentis émus jusqu'aux larmes, n'est-ce pas ? et vous vous êtes laissés aller à votre émotion, trop heureux de vous être sentis émus!
Oui, je vous le conseille, oui, les plus indifférents vous le permettent^ abandonnez-vous à votre émotion, quelle qu'elle soit, en présence du tableau de Roqueplan : car ce n'est pas un tableau, en vérité, c'est mieux que cela, c'est une page de notre ami Jean-Jacques Rousseau ; c'est un délicieux chapitre de la première partie de sa vie, un chapitre tout entier des Confessions, quand le pauvre enfant entre dans la vie n'ayant pour soutien que le souvenir de sa mère et le souvenir de Plutarque. Pauvre enfant ! Qui n'a pas lu le premier chant des Confissions, quand l'homme est tout seul, quand l'écrivain ne s'est pas montré encore, quand Paris est bien loin de sa pensée? Oh! c'est le beau moment pour lire ce grand livre, qui a eu encore moins d'imitateurs qu'il n'avait eu de modèles! Or voilà justement la page sur laquelle Roqueplan s'arrête; une page remplie d'amour chaste, de sentiments honnêtes, de descriptions naïves. Regardez bien son tableau encore une fois; voyez! Ici, il me semble que le peintre a l'avantage sur l'écrivain. Quand vous lisez les Confessions, une page chasse l'autre, une année pousse une autre année, le printemps est remplacé par l'hiver, Tabandonparla méfiance, la pauvreté si riante et si heureuse, friande compagne avec laquelle il faisait de si bons repas, est remplacée
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par Pindigence littéraire, la pire des indigences. C'est bien triste, commencer par M"^e de Warens, et finir par cette ignoble femme qui échangea le nom de Rousseau contre le nom d'un palefrenier !
Mais ici, au tableau de Roqueplan, il n'y a pas de page à tourner, il n'y a pas d'autre chapitre à lire; il faut s'arrêter à toute force, et longtemps et toujours, sur ces premiers et furtifs bonheurs de l'auteur d'' Emile. Oui, regardez bien, sur le bord du ruisseau, cet enfant qui tremble d'un vague amour et qui ose à peine regarder ces deux belles et folâtres personnes; cet enfant, c'est l'homme qui a fait VHéloïse, qui a trouvé VHé^ loïse dans son âme et dans son cœur; c'est luimême ! Voyez-le : il tient en main une branche d'arbre; la branche est encore fleurie : c'est le même homme pourtant qui dans vingt ans d'ici aura dans sa main l'arme la plus terrible qui ait jamais renversé des institutions vermoulues !
Quelle distance entre cette branche d'arbre et la plume éloquente, la plume de fer qui écrira la réponse au mandement de M. deBeaumont! — Qii'x a-t-il de commun entre vous et moi, Monseigneur? — Et cependant c'est la même main qui tiendra la plume et la branche! Voyez cet enfant qui hésite à passer l'eau; c'est le même qui va heurter de front toutes les puissances de ce
monde, M^ie de Pompadour elle-même! Cest le même qui va travailler avec Voltaire à la Révolution de 89, le même qui posera les principes de notre Charte si chèrement achetée. Quel héros! Quel enfant ! Que d'actions de grâces ne devonsnous pas au jeune peintre qui s'est souvenu si à propos de Jean-Jacqtres Rousseau; Rousseau, génie déjà dépassé de nos jours, Rousseau oublié par la peinture elle-même, comme il a été oublié par la musique. Le voilà enfin revenu, le voilà; c'est toi, Jean-Jacques! toi, dans un jour de printemps ! toi amoureux ! toi heureux ! C^est une belle et bonne, et sainte et poétique action, que M. Roqueplan a faite là!
Et puis comme tout son tableau est admirablement compris, comme il sait par cœur son premier livre des Confessions! Quel beau paysage inculte, peu civilisé, agreste, un beau soleil, une belle eau, de grandes herbes ; c'est tout à fait le paysage dont se souvenait Rousseau à Ermenonville.
Et puis ces jeunes filles si rieuses, si abandonnées, si innocentes comparées au monde de Paris ; si avancées, comparées au Jean-Jacques Rousseau campagnard! Comme elles sont naïvement folles et bonnes! comme elles se consultent pour savoir si elles remmèneront avec elles. Car, voyez-vous,
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Mesdemoiselles, ce pauvre enfant a bien besoin d'être encouragé, il faut absolument que vous soyez pour lui affables et douces, Jean-Jacques est un trembleur; il a tremblé toujours! C'est un timide amoureux ! Il a eu tant d'amours qu'il n'ose plus en avoir déjà. Et quelles amours ! des amours étouffées dans son cœur, des soupirs perdus dans les airs, un regard, un sourire, un serrement de main quelquefois, quand la femme aimée est très blanche et très douce, et qu'elle n'a plus ses regards fixés sur les siens.
Vous sentez bien qu'en présence du tableau de Roqueplan je ne vais pas relire] le passage des Confessions où l'artiste a pris ce tableau. A Dieu ne plaise! je ne suis pas de ceux qui entassent plaisirs sur plaisirs, et qui disent : Encore /encore! Tant que je suis devant le tableau, le tableau me suffit. Me voilà avec des personnages connus; Je les sais par cœur, je reconnais tout le monde jusqu'au cheval. Quant aux deux jeunes personnes, ce sont elles en effet. Voici bien la plus jeune des deux, Mlle Galley, je crois, cette fille très mignonne et très formée, et sa compagne, la Bernoise exilée du pays de Berne. Elles s'en vont toutes les deux chevauchant par cette terre couverte de sa plus grande parure d'herbes et de fleurs, par ce beau soleil de la Saint-Jean, par ces
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indicibles concerts des oiseaux qui font leurs adieux au printemps en chantant la naissance d'un beau jour d'été. De son côté, Jean-Jacques va aussi tout droit devant lui, cherchant la pervenche peut-être. Tout à coup il s'entend appeler par son nom : ce sont deux voix de filles qui murmurent son nom sous ces ombrages, dans ce vallon, le long du ruisseau. « Jean-Jacques! Jean-Jacques! » et le voilà qui se retourne! Et il les voit chacune sur un cheval, ne sachant comment faire passer le ruisseau à leurs chevaux, et n^en riant pas moins de bon cœur! « Faites-nous passer le gué , Jean-Jacques ! » Et voilà notre homme dans le ruisseau, ayant de Teau jusqu^à mi-jambes; et ma foi le premier cheval saute, et le second cheval saute aussi, véritable mouton de Panurge, et quand tout le monde a sauté, Jean- Jacques est bien embarrassé.
Ici s'arrête le tableau. On voit très bien, à Tempressement des jeunes filles et à la reconnaissance qui brille dans leurs regards, que Jean-Jacques n''en restera pas là. Même je vous dirai, à ce propos, que j'aime le tableau de Roqueplan par ce qu^il montre d^abord, et ensuite par ce qu'il fait deviner. Vous avez une plus grande toile que vous ne pensiez, Roqueplan! Permettez que je saute le ruisseau avec le dernier cheval.
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La journée est si belle; je ne veux pas abandonner Jean-Jacques avant ce soir. J'aurai de Teau jusqu'à mi-jambes, je le sais bien, mais votre eau est si transparente, et son murmure est si doux! Suivons donc Jean-Jacques. Une fois ce gué passé, il monta, comme vous savez, sur le cheval de M'ie Galley, en croupe derrière elle, tremblant de joie, et tenant dans ses deux bras sa taille mignonne et si formée, heureux à en mourir !
Et ils arrivèrent ainsi au vieux château, se regardant tous les trois, se parlant, ou mieux encore ne se parlant pas. Au château, il fut question d'apprêter le repas, et cela se fit en riant aux éclats. Et ces deux belles filles le firent asseoir entre elles, sur une escabelle à trois pieds, et le repas fut charmant, fut exquis; le dessert venu, Jean-Jacques monta sur l'arbre et il jeta des Cerises à ces deux belles filles ; et une fois que Mlle Galley avançait son tablier en reculant la tête, Jean-Jacques, [qui n'était pas toujours aussi adroit, lui jeta un bouquet de cerises dans le sein; et il se disait, mais tout bas et à lui-même : — Que mes lèvres ne sont-ell^s des cerises! je les leur jetterais aussi de bon cœur !
Et là finirent leurs éphémères amours.
Et elles ont bien fait d'en finir là, ces innocentes amours.
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Quelle page dans la vie de Rousseau ! Comme ce souvenir devait lui venir souvent quand il fut transporté, lui tout-puissant, dans le luxe et parmi les vices élégants du XVIIIe siècle ! Entre les premières et les dernières pages des Confessions, quel abîme! Voilà pourquoi je sais tant de gré à Roqueplan de s'y être arrêté avec cette complaisance ! Voilà pourquoi ce tableau de printemps, de verdure, de jeunesse, de bonheur simple, de chastes amours, d'élégance sans apprêts et de recherche naïve, me va si fort à Fâme. Tout cela est si calme, si doux, si pur, si élégant et d'une recherche si simple ! Ce tableau, selon moi, est un chef-d'œuvre; il parle à Tâme, il est au delà de toute critique ; c'est le commentaire le plus aimable qu'on ait jamais fait de Jean-Jacques Rousseau, c'est une consolation, c'est un souvenir, c'est Jean- Jacques Rousseau heureux, heureux un jour !
Je ne suis pas très riche, bien que souvent je me prenne à rougir en comparant ma fortune à celle de l'auteur d'Emile; cependant je donnerais volontiers deux mois de mon année littéraire pour avoir à moi le Jean-Jacques Rousseau de Roqueplan. Je le regarderais à mes heures de découragement et de tristesse , et il me rappellerait chaque fois les pages les plus riantes, les mieux
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écrites et les mieux pensées du plus grand écrivain de notre langue et de tous les temps. Mais Roqueplan y consent-il?
LLOxs, courage! il n^" a plus rien d'impossible à Part. Autrefois Fart se tenait, avec une réserve qui ressemblait à la morgue, dans de certaines hauteurs, et à aucun prix il n''eût consenti à en descendre; aujourd'hui Tart n'a plus de domaine qui lui soit particulier, ou plutôt toutes les choses sont de son domaine : il se prête à merveille à toutes les exigences; tour à tour grand et petit, triste et gai. amusant ou terrible, jamais lassé, jamais fatigué de produire, donnez-lui vos ordres, l'art est votre très humble serviteur.
Il fera tout ce que vous voudrez qu'il fasse, et cela tout aussi bien que si vous vous appeliez Médicis ou Léon X.
Le premier bourgeois venu, à Theure qu'il est, peut adresser ses commandes à son peintre ordi-
naire, au premier sculpteur de sa chambre, et il sera obéi.
Autrefois, qui disait une statue disait œuvre de princes, ornement de palais ou de musée, hommage fait à un grand homme : aujourd'hui, il en est des statues comme de la gloire; nous avons des statues et de la gloire à la taille de toutes les renommées. Il n^est pas de maison bourgeoise qui ne possède en propre ses bronzes ou ses marbres, ou son moyen âge de pierre; il n^est pas une célébrité qui ne puisse espérer non seulement les honneurs de la toile, mais les honneurs autrement difficiles du ciseau et du marbre : nous avons fait encore ce progrès-là dans les arts.
Le sentiment de la statuaire nous manquait; maintenant il nous arrive peu à peu.
Nous avons commencé à aim.er la statuaire pour ses caricatures, ses grâces grotesques et son esprit souvent brutal ; nous allons bientôt Taimer pour sa légèreté, sa finesse, sa grâce sans fard. Mon Dieu ! ce qui nous arrive dans cet art après quatre mille ans d^attente nous est arrivé en poésie; en poésie comme dans tous les arts, le laid précède le beau, le grotesque prépare à Tidéal, la complainte du Juif errant, depuis si longtemps populaire, n'a pas encore été détrônée par les Méditations de M. de Lamartine.
Mais cette popularité de Part, du grand art par excellence entre tous, de la statuaire, la passion des rois et des peuples, est-ce un bien ou un mal?
Nous savons qu'il est des esprits moroses qui s^en vont criant sans cesse : Malheur ! malheur !
Mais, en vérité, je vous prie, où est le mal?
Parce qu^on s'est mis à créer ces petits chefsd'œuvre de chambre à coucher d'un demi-pied, ces grands hommes qui tiennent si peu de place, est-ce à dire qu'on ne fera plus de grandes choses et que nous n'aurons plus que de petits fragments de marbre, dont M. David, de Tlnstitut, aurait peine à tirer un petit doigt pour ses héros ?
Non. Jamais le petit art n'a fait tort au grand art; jamais le petit poème fugitif n'a arrêté le poème épique.
N'allons donc pas nous livrer à toutes les réclamations usitées en pareil cas, à propos de la charmante statuette de cette charmante femme dont on ne fera jamais une statue sérieuse, Fanny Elssler !
S'il nous en souvient bien, cette chose qu'on appelle une statuette est encore une invention, du moins une résurrection toute moderne. La première statuette qui attira notre attention, ce fut la statuette d'une femme qui, à coup sûr, occupera une place dans notre histoire poétique, car cette
femme aura eu la gloire d'inspirer peut-être les plus beaux vers de la langue moderne; cette femme, c'est M^le Juliette' !
Sans nul doute, pour commencer cette petite révolution dans Fart du sculpteur, il était impossible de choisir un plus séduisant modèle. Qui ne connaît toute la grâce naturelle de cette personne? Sa taille est svelte et bien prise, ses bras sont beaux, son pied petit, sa main fluette, sa tête penchée ; elle a cette beauté qu'on ne saurait dire, et qui fait que tout s'arrange merveilleusement autour d'elle : son voile, son gant, son bas à jour, la dentelle qui couvre ses épaules, la soie ou le velours de sa robe, la plume flottante de son chapeau.
C'est une femme qui est née élégante, et qui, mourût-elle sous des haillons, serait encore ce qu'elle a toujours été, élégante. Avec un pareil modèle, on pouvait faire un chef-d'œuvre, et l'on n'a fait qu'une esquisse, bien harmonieuse et bien douce , mais où l'on ne retrouvait peut-être pas tout le modèle, avec son geste, avec son maintien, et sa robe, et sa grâce, et son sourire.
On criait au miracle pourtant. On disait que
i.Qui avait débuté en i833 par le rôle de la princesse Negroni dans Lucrèce Bor^ia.
rien n'était plus ressemblant et plus charmant. Eh bien, cette statuette de M"e Juliette, protégée par les Chants du crépuscule, nous a semblé moins belle, c^est triste à dire, depuis que M'ie Fanny Elssler est sortie toute souriante et toute dansante des mains de M. Barre. Comparez M^ie Juliette et M'ie Fanny Elssler, deux statuettes de la même taille, j'ai presque dit deux modèles delà même beauté; Juliette, cette femme divine, à qui le poète disait naguère :
Le Ciel, dans sa bonté, A fait mon âme pour ton âme Et mon regard pour ta beauté !
L'autre, Fanny Elssler, la ravissante danseuse, pétrifiée tout à coup dans sa pause la plus poétique ; la voilà qui danse et qui appelle à elle, par son geste, par sa grâce, par son sourire, tous les hommages et tous les cœurs.
Pour la reproduire telle qu'elle est, cette femme, qui n'est dans toute sa beauté que lorsqu'elle danse, le jeune artiste n'a pas attendu qu'elle fût nonchalamment assise dans son fauteuil, ou commodément appuyée, pour elle et pour lui, sur quelque meuble de son boudoir ; non! il a été la chercher dans sa véritable patrie, au théâtre; il l'a
surprise dans sa position naturelle, sur la pointe des pieds, tournant sur elle-même avec ce léger coup de hanche qui la rend adorable ! Il l'a faite, .non pas comme elle est quand elle vit hors de la foule, mais telle que nous l'avons vue les uns et les autres, vive, pétillante, passionnée, s'enivrant elle-même de sa danse comme le poète s^enivre de sa propre poésie; il a donné sa forme à cette tête si mignonne, à cette taille si bien prise, à cette jambe faite au tour ; en un mot, il nous a rendu la cachucha, cette passion toute nouvelle et dont nous avons été privés, hélas ! si longtemps par la maladie de Fanny Elssler.
Mais, grâce à Dieu, Fanny Elssler a été sauvée; avant peu nous la retrouverons, la charmante femme ! toute parée, toute brodée, toute légère, moitié dentelle et moitié rose; Fanny, notre fête animée, notre enthousiasme de chaque soir !
M. Barre, en exécutant sa ravissante statuette, a fait là le plus charmant tour de force qu'on ait tenté depuis qu'on ne fait plus de poème héroïcomique.