‹ Petits souvenirs. Avec une eau-forteChapitre 35 sur 40 · L UNIFORME DE L AGENT DE POLICE · texte numérisé non relu

L UNIFORME DE L AGENT DE POLICE

On m'a dit que le lendemain il écrivit à monsieur le préfet de police une longue lettre, le suppliant de reprendre son chapeau galonné et d'ôter les boutons à sa redingote, les comparant poétiquement au tissu de Déjanire. « Pour combler toutes nos douleurs, disait-il en terminant, il ne nous aurait plus manqué que Pépée dont on nous menaçait il y a huit jours! »

f l^fc^S' 'histoire m^a été contée par une jeune I ^^1 ^^^^ ^^'^ P^^^ attendre vingt ans en- .^sissilcorc avant d'avoir recours à la médisance. Peut-être même ne m'eût-elle point parlé de cette anecdote, si elle n'eût cru qu'elle me profiterait beaucoup dans mon étude obstinée des mœurs politiques de notre époque.

Voici à peu près le récit qu'elle m'a fait, moins spirituellement sans doute, mais plein de grâce et de bon ton, un reflet décoloré mais fidèle de cette narration vive et décente à la fois, comme en sait faire toute femme d'esprit quand elle se trouve appelée à raconter une sottise ou un ridicule qui ne la touche pas.

'c Vous saurez donc, me dit-elle, qu'il y a quelques jours je vis entrer Rosalie dans ma chambre

de bonne heure; bien qu^elle ne me crût pas endormie, elle marchait sur la pointe du pied de peur de m'éveiller ; son sourire était doux et timide, un zèle et une activité incroyables se montraient dans toute sa personne; elle était si prévenante^ si affairée, si émue, que je compris tout d'abord qu'elle avait quelque chose à me demander. Je me tins sur mes gardes, comme cela m'arrive toujours en pareil cas. Cependant la matinée avan- * çait et le grand secret n'arrivait pas; j'avais été si sérieuse qu'on n'aurait pas osé me distraire; on eût préféré un peu de colère à mon imperturbable gravité, si bien que, faute de mieux, et ne sachant comment s'y prendre, Rosalie débuta par un profond soupir qui, parti d'une extrémité de Tappartement, alla se perdre à l'autre extrémité, justement dans le trou de ma guitare, qui rendit un son faible et plaintif. A ce soupir, toutes mes résolutions s'évanouirent, je repris mon air de tous les jours, je me reprochai ma cruauté, et m'adressant à la pauvre fille, qui était plus morte que vive : « Qu'y a-t-il de nouveau aujourd'hui, Rosalie, et ce quel est encore ce grand mystère que vous allez « nous conter? — Oh ! pour cette fois, me répondit « ma camériste. Madame ne peut être que fort « contente de ce que j'ai à lui demander : c'est tout « simplement une permission pour aller ce soir

tt au bal chez Monseigneur, où je suis invitée tt ainsi que le valet de chambre de Monsieur.

a — Au bal chez Monseigneur ! vous avez perdu tt la tête, ma chère Rosalie; remettez-vous un peu, c( et, si votre demande est raisonnable, je vous Tacce corderai volontiers, le mardi gras ne revient pas a tous les jours. »

a Rosalie, comme piquée de mon incrédulité, tira gravement de la poche droite de son tablier une lettre d^invitation. Il n'y avait rien à dire, elle était conforme aux lois de la plus stricte étiquette, le haut de Pépître était imprimé en belles lettres moulées; moi, la maîtresse de Rosalie il n'y avait pas trois semaines, j'en avais reçu une absolument pareille. Rosalie était rayonnante d'orgueil; j'étais, à vrai dire, un peu mortifiée; cependant j'eus le bon esprit de n'en pas montrer grand'chose, et, en bonne maîtresse, mon parti fut bientôt pris.

ce En ce cas. Mademoiselle, lui dis-je en lui te rendant son billet, je ne crois pas que vous « puissiez vous refuser à Thonneur que vous fait '( Monseigneur, et non seulement je vous permets, « mais encore je vous ordonne de vous rendre à sa ce pressante invitation. »

Ici mon aimable interlocutrice, prenant un ton moins élevé : ce Rosalie est une bonne fille, me dit-elle ; sa vanité était bien forte, cependant elle en

fit sur-le-champ le sacrifice, pour me tirer de l'erreur dans laquelle elle me supposait. « Quand je c( dis Monseigneur, reprit-elle, il faut que vous sacc chiez que ce n'est pas absolument Monseigneur « lui-même, mais quelqu^un qui le représente fort « bien, son valet de chambre, qui nous a tous int( vités.

« — Ah ! fort bien, son valet de chambre, je « commence à comprendre à présent.

c( — Oui, Madame, reprit vivement Rosalie, « son valet de chambre; mais, du reste, rien n'est ce changé à la fête : ce sont les mimes salons, les ce mêmes bougies, les mêmes violons; moi qui ce vous parle, je serai peut-être assise à la place (f. que vous occupiez. En vérité, si vous me perce mettez d'aller à ce bal, je crois que j''en mourrai « de bonheur. y>

La jeune soubrette était partie le soir parée comme sa maîtresse, une robe de bal, des fleurs à son côté, des fleurs dans ses cheveux, la démarche élégante et le noble laisser-aller d'une grande dame qui s'appuie sur son laquais, quand, à la clarté de mille bougies et aux sons lointains de la musique, elle descend de voiture avec une attentive précaution.

Et le lendemain, quand elle revit sa maîtresse^ il était facile de juger qu'elle avait eu les hon-

neurs du bal, qu'elle siérait livrée tout entière aux plaisirs fatigants d'une danse rapide; même dans son ma intien, dans ses gestes, dans tout Tensemble de sa personne, il était facile de juger qu'elle conservait encore quelque chose de sa dignité d'emprunt, de sa gravité d'apparat.

« Eh bien ! Rosalie, lui dit sa maîtresse, ton bal était-il bien beau? La société était-elle bien choisie? J'imagine que tu devais être la danseuse la plus élégante de la société.

— Le bal a été très brillant, Madame, reprit Rosalie, la société était choisie; mais, pour être la plus élégante du bal, je n'y avais jamais songé. Il y avait là des dames en robes de velours, en marabouts, en chapeaux roses; la femme de chambre de Mn^e la marquise *** avait même des diamants; en un mot, c'était le plus beau coup d'œil qui se soit vu, même chez un ministre; vous-même, Madame, vous n'avez rien vu de pareil.

— Et les hommes, Rosalie, qu'en penses-tu en général ?

— Les messieurs valaient les dames. Tous en habits noirs, en cravates blanches, en gants jaunes , avec des breloques; il y en avait qui faisaient des calembours, d'autres faisaient des entrechats; c'était aussi décent qu'au Prado. Du reste, il n'est pas besoin de vous dire que les quadrilles étaient

choisis; des valets de chambre, des cochers, des majordomes : pas un laquais; seulement quelques messieurs sans profession, qu'on m'a dit être des écrivains aux gages de Monseigneur, des gens du plus mauvais ton, Madame, vous pouvez m'en croire, et fort déplacés dans une si honorable société. »

Rosalie ne se lassait pas de raconter toutes les nouvelles de cette nuit de délices, la galanterie des cavaliers, la saveur des glaces, les parfums du souper et les hommages muets dont elle avait été l'objet toute la nuit. Elle allait jusqu'à raconter à sa maîtresse que Monseigneur lui-même s'était mêlé un instant à leurs jeux, les encourageant de la voix et du geste avec cette vive éloquence qui lui est si familière. A ce discours, la maîtresse de Rosalie n'en voulut pas entendre davantage, elle eut peur de se compromettre, et d'ailleurs la chose lui paraissait trop incroyable pour qu'elle daignât y ajouter foi.

Voilà ce qui me fut raconté. J'écoutai ce récit avec une admiration toujours croissante ! J'étais ravi de cette noble familiarité d'un pouvoir qui se fait petit avec les petits et grand avec les grands, fort avec les forts et faible avec les faibles. J'admirais la bourgeoise simplicité d'un homme qui descend du haut des affaires aux détails des plaisirs

les plus domestiques. Il y avait dans toute cette conduite je ne sais quelle odeur de constitution et d'égalité libérale qui me faisait du bien; on aurait cru respirer quelque élixir nouveau extrait de toute une année du Constitutionnel.

Je voulais pourtant, avant de bien fixer mon opinion, savoir ce que la maîtresse de Rosalie en pensait. Elle était, comme je vous Tai dit, femme du monde et, qui plus est, femme d^esprit et très capable d'avoir un avis dans une conjoncture si difficile.

a Je pense, me dit-elle après un instant de réflexion, qu'il faut que les affaires de TEurope soient dans un état bien prospère pour permettre à Monseigneur de donner ainsi le bal même aux gens de sa maison et à leurs amis intimes.

— Et moi, dis-je à mon tour, je pense quHl faut que Monseigneur soit un bien grand homme pour se mêler ainsi sans façon à d'honnêtes valets de chambre qui s'ébattent dans son salon.

— Ou bien encore, reprit ma narratrice, il se peut que ce ne soit là qu'une expérience, afin d'apprendre à Monseigneur combien facilement on fait quelque chose de rien, combien promptement l'antichambre se fait au salon : c'est une expérience qui s'est faite plus en grand au temps jadis.

^- Oui, Madame, mais cependant il pourrait se

faire que de bons valets fussent pris à ce jeu, et chassés huit jours après pour être allés au bal de Monseigneur.

— En politique générale, on ne descend pas à de si misérables détails, Monsieur, vous devriez le savoir aussi bien que moi.

— Alors, Madame, permettez-moi de vous le dire, en politique générale, on ne sait ce qu'on fait.

— Dans ce temps-ci plus que jamais, Monsieur. » Et alors, craignant d'en avoir trop dit Fun et Fautre, nous changeâmes de conversation.

E quoi vous plaignez-vous ? ne sommesnous pas à cheval sur Tordre légal ? » s'écria le colporteur, et il se mit à marcher en avant, attirant après lui tout ce qu'il y avait de têtes ardentes, d'enthousiastes à froid, de chanteurs à voix fausse et de badauds de carrefour. Alors il chanta sur des airs de pont-neuf d'innocents petits couplets tels que ceux-ci :

Un peuple de nains nous remplace, Nos petits-fils sont si petits Qu'avec peine, dans cette glace, Sous leurs toits je les vois blottis.

La France est l'ombre du fantôme De la France et de ses beaux jours; Ce n'est qu'un tout petit royaume, Mais les Barbons régnent toujours.

A ce dernier vers, une voix d'homme irrité se fit entendre : « Qu'oses-tu donc chanter, malheu-

reux, en présence de la statue d^Henri IV? » A quoi le bateleur répondit :

«L'oreille vous aura tinté, notre bourgeois, j'ai dit barbon, et rien de plus. Quant à Henri IV, je ne crains même pas que son cheval me donne un coup de pied, et d'ailleurs j'ai une permission et je chante; tant pis pour vous si vous n'êtes pas content :

Tout est petit, palais, usines, Sciences, commerce, beaux-arts, De bonnes petites famines Désolent de petits remparts ; Sur la frontière mal fermée Marche, au bruit de petits tambours, Une pauvre petite armée; Mais les Barbons régnent toujours.

Auquel couplet un militaire de la foule : « Que veux-tu donc, vieux chanteur? s'écria-t-il; il n'y 2. pas un instant que tu portais jusqu'aux cieux notre gloire militaire et nos exploits guerriers!

• — Le militaire n'y est pas, reprit le chanteur en s'adressant à la foule, il confond la vieille armée avec la nouvelle, l'armée du petit caporal avec la garde royale; il n'y est pas du tout, le pauvre homme :

Les valets à nobles ancêtres

Ont fui, le nez dans leur manteau.

Tous, dégalonnant leurs costumes, Vont au nouveau chef de l'État De l'aigle mort vendre les plumes.

Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.

— Oui, oui, suivons un vieux soldat, s^écriait la foule, et elle se mettait en route vers la colonne. Mais le chanteur les arrêta en leur parlant de je ne sais quels maréchaux :

Notre sang paya tous leurs grades ; Heureux qu'il nous en reste encor !

Quoi ! la Gloire fut en personne Leur marraine un jour de combat, Et le parrain, on l'abandonne !

Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.

— Chante-nous plutôt le Roi d'Yvetot, s^écna une voix de la foule, et le chanteur demeura confondu.

— Non, non, répète un de ses amis, chante plutôt ce que tu chantes si bien :

Périsse enfin le géant des batailles!

Disaient les rois : peuples, accourez tous; La liberté sonne ses funérailles.

Par vous sauvés, nous régnerons par vous. Le géant tombe, et ces nains sans mémoire A l'esclavage ont voué l'univers.

— Oh ! les nains î s'écria la foule toujours croissante; et si quelque grand seigneur eût passé par hasard, il eût été traité en véritable nain; mais aucun ne passa, et le chanteur reprenant sur Pair: Balance:{-vous donc :

Aux pieds de la Vierge des vierges,

A genoux enfin nous voilà.

Vient un diacre allumer les cierges,

Lise se dit : A Loyola

Je veux souffler cet abbé-là;

Je me fâche, et de ses poursuites

Je lui montre les tristes suites.

— Tais-toi donc, méchant plaisant, s'écria une dame de la halle qui Técoutait; chante- nous la Mort du Diable, ce sera plus décent en plein air :

Du miracle que je retrace Dans le récit des plus succincts, Rendez gloire au grand saint Ignace, Patron de tous nos petits saints.

Par un tour qui serait infâme.

Si les saints pouvaient avoir tort, Au diable il a fait rendre Pâme :

Le diable est mort, le diable est mort. S'il est mort, dirent tous les moines, On n'achètera plus à''Agnus, Il est mort, dirent les chanoines, On ne dira plus à'oremus...

— Ce n'est pas cela ! ce n'est pas cela ! s'écria-t-on

de toutes parts: V Homme ronge l V Homme rouge! et le chanteur de commencer :

Du coin d'où le soir je ne bouge,

J'ai vu le petit homme rouge.

Saints du Paradis,

Priez pour Charles Dix.

Depuis la Terreur,

Plus n'y pensais, lorsque sa vue

Du bon empereur M'annonça la chute imprévue.

En loque il avait mis Vingt plumets ennemis, Et chantait au son d'une vielle :

Vive Henri IV et Gabrielle !

Saints du Paradis, Priez pour Charles Dix.

— Il ne faudrait pas nommer le roi, s'écria un trembleur de la foule; cela n'est pas du tout prudent.

— Bon! répliqua le chanteur, il n'y a que les petits hommes qui s'inquiètent des petits écrits; et d'ailleurs chantons toujours, le Constitutionnel n'est-il pas là pour nous soutenir?

D'où venons nous? l'on n'en sait rien.

L'hirondelle, D'où nous vient-elle?

D'où venons-nous? l'on n'en sait rien.

Où irons-nous ? le sait-on bien ?

Sans pays, sans prince et sans lois, Notre vie Doit faire envie.

Sans pays, sans prince et sans lois, L'homme est heureux un jour sur trois.

Tous indépendants, nous naissons Sans église Qui nous baptise.., »

Ici l'orateur chantant fut arrêté par un monsieur bien couvert, qui lui parla pendant quelques minutes bas à l'oreille; ce monsieur avait l'attitude d'un suppliant; enfin le chanteur, comme retenu par d'excellentes raisons :

« Messieurs , dit-il à haute voix , nous allons terminer cette séance par la fameuse chanson du Sacre de Charles le Simple », et il se mit à la chanter comme si de rien n'était :

Puisqu'aux vieux lis on rend leurs droits,

Moi, je renonce à Charles Trois.

Ce successeur de Charlemagne

De Simple mérita le nom.

Chamarré de vieux oripeaux,

Ce roi, grand avaleur d'impôts,

Marche entouré de ses fidèles,

Qui tous, en des temps moins heureux.

Ont suivi les drapeaux rebelles

D'un usurpateur généreux.

Un milliard les met en haleine :

C'est peu pour la fidélité.

Aux pieds de prélats cousus d'or, Charles dit son Confiteor ; On rhabille, on le baise, on l'huile, Puis, au bruit des hymnes sacrés, Il met la main sur l'Évangile ; Son confesseur lui dit : « Jurez!

Rome, que Particle concerne, Relève d'un serment prêté. »

De Gharlemagne, en vrai luron.

Dès qu'il a mis le ceinturon,

Charles s'étend sur la poussière.

« Roi, crie un soldat, levez-vous !

— Non, dit l'évêque; et par saint Pierre,

Je te couronne; enrichis-nous.

Ce qui vient de Dieu vient des prêtres,

Vive la légitimité! »

Oiseaux, ce roi miraculeux Va guérir tous les scrofuleux...

La chanson eût été jusqu'à la fin; on Pécoutait dans un respectueux silence, quand un homme de la police, passant par là, fut assez hardi pour s^approcher du chanteur et pour lui demander ce qu'il chantait.

« C'est une chanson fort innocente sur un roi qui vivait au IX^ siècle , qui fut d'abord évincé du trône, qui se réjugia en Angleterre, jusqu'à ce que lesévêques et les seigneurs français, s' étant rattachés à sa personne , lui rendirent sa

couronne. Tenez, vous pouvez lire tout cela vousmême en tête de la chanson.

— Eh ! que nous importe à nous? reprit la foule; dis un mot, noble chanteur, et nous mettons en pièces ce vil espion ! »

Ainsi finit la séance : le mouchard, comme on rappelait, s'estima heureux de repartir comme il était venu; quant au chanteur, il fut chargé de couronnes, et ce fut dans la viile à qui apprendrait ses chansons.

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N marchand de masques est dans son j genre un professeur de philosophie. Le maître monte dans sa chaire au milieu de ses élèves, il discute longuement sur les effets et sur les causes, sur Têtre et le non-être, Pabsolu et le contingent, le nécessaire et le relatif, sur Tesprit et la matière. Puis il expose les inconcevables opinions qui ont agité Pécole, depuis le Platon de la Grèce jusqu'à TAristote, comme on Tavait fait en France. Il marche en avant, et on marche; il recule, on recule; il s'arrête, on s'arrête. Toutes les opinions expirées, il ne choisit pas, on choisit, on prend une opinion à sa taille, on endosse un système à sa convenance, on rajeunit un paradoxe

pour s'en parer; puis, abandonnant le Portique ou le Lycée, on va se pavanant de cette science d'emprunt, on la vante, on la prône, on la regarde comme à soi, on se dit : « Je suis philosophe »; de philosophe on se fait politique, et Ton devient ce qu'il plaît au sens commun : ainsi fait-on chez un marchand de masques, au carnaval.

Chez Tun et chez Tautre il s'agit d'un déguisement, il s'agit de changer sa manière d'être de façon à ne pouvoir être reconnu.

D'ordinaire, la boutique du marchand de masques est encombrée des vêtements les plus simples de la vie commune, de même que la préface d'un livre de philosophie est occupée par les syllogismes les plus vulgaires. Pour enseigne, le costumier choisit toujours un polichinelle ou un paillasse, un gracioso de vieille comédie. Le professeur de philosophie se place sous le patronage de Crantor ou d'Aristippe. Au fond de la boutique sont les beaux costumes, les costumes dorés, les costumes de marquis, ces costumes tant calomniés et que l'aristocratie française choisit toujours de préférence. Si bien que c'est plaisir de voir ces gros mollets déformés, ces têtes vides sous une perruque à la Louis XIV, ces corps mal taillés sous ces habits qu'on dirait faits exprès pour le jeune Richelieu ou le beau Lauzun. Puis surviennent les parvenus

politiques endossant la casaque de paillasse, et tout étonnés Pinstant d'après d'être reconnus par tout le monde. Souvent, dans un bal, au milieu de toutes ces physionomies immobiles, de ces bouches béantes, de ce sourire éternel , de ces lazzi vieux comme le monde, je me suis figuré assister à la rédaction de quelque journal ministériel , par exemple du Journal des Débats.

La foule arrive au milieu de ces costumes divers. Tous les temps , tous les âges, sont mis à contribution. L'habit mesquin de notre époque se cache sous Thabit somptueux du XVIIe siècle, le faux toupet cède la place à la majestueuse perruque, la poudre blanche remplace les préparations chimiques, la mouche usurpe la place du blanc d'Espagne; le large panier se dessine franchement et fait pâlir le fichu mensonger. Pour bien juger du prétendu perfectionnement social, il suffit d'une visite au marchand de masques : vous verrez que, dans nos modes du moins , rien ne s'est amélioré; une futilité a fait place à une autre futilité, un mensonge à un autre mensonge, un excès* à l'excès contraire. Les femmes étaient trop grosses jadis, elles sont trop minces aujourd'hui; on gelait dans les vastes appartements du XVe siècle , on étouffe dans les boîtes sans air du XI X^ : frivolité fut toujours notre devise. Il est

très heureux que le carnaval existe, il a maintenu parmi nous le souvenir de nos modes passées, lesquelles, malgré Fimportance du sujet, nous aurions oubliées comme tout le reste.

Les ignorants et les gens de luxe s'en prennent pour la plupart à ces beaux costumes qui n^ont qu'un siècle de date; les jeunes gens y gagnent quelque chose de plus jeune et de moins pédant, les femmes une grâce plus respectable, et qui pourtant est toujours de la grâce. Il y a des savants et des hommes d'un goût plus exquis qui donnent dans la chevalerie et le moyen âge. Mais, grand Dieu! quel moyen âge! un moyen âge comme celui que nos poètes se sont avisés de parer de leur jeune cervelle : un moyen âge de bois et de carton, sorti tout fait de^ l'atelier de l'ébéniste, modifié, corrigé, rapetissé surtout afin d'être mieux à notre taille. Vous ne sauriez croire combien, pour celui qui a lu Froissart, c'est chose ridicule que de voir les chevaliers de terre sainte dans un temps comme le nôtre! Combien ces paladins chantant la guerre et leurs dames jurent horriblement contre des mœurs peu guerrières et galantes ! Que seraitce donc si, par un déguisement complet, le moyen âge reparaissait parmi nous avec sa proportion gigantesque, son héroïque point d'honneur, son amour si plein de foi, sa foi si fidèle, tout ce qu'il

avait d'oriental. Sous ces triples armures, sous les cravates de fer, sous les casques à visière, avec les gantelets poudreux, les écharpes de toutes couleurs, cette inébranlable fermeté à accomplir son dû ou son serment, qui voudrait reconnaître notre petit siècle, notre siècle marchand, notre siècle sans poésie, un siècle qui, à la place de ces tournois galants et de ces combats en champ clos, médite une loi de cour d'assises contre le due] !

Toujours faut-il reconnaître que dans toutes ces révolutions au moins les dames n'ont pas changé. La cour, et c'est toujours à l'aristocratie qu'il faut en revenir en fait d'élégance et de goût, a pris soin de nous en faire souvenir cet hiver : au pavillon Marsan, on a vu tout à coup renaître les anciens âges, le siècle de Médicis reparaître, et, ce qu'il y eut de plus difficile à retrouver, ce furent les costumes, les belles têtes de la France, cette idéale beauté moitié italienne, moitié française, qui charmait le jeune Henri! Tout ce luxe si beau et si simple, toute cette beauté si parée, si dramatique, si pittoresque, nous les avons vus reparaître dans toute leur fraîcheur chez Madame, duchesse de Berry; et dans Paris, le lendemain, c'était à qui raconterait qu'il avait parlé à la reine Blanche, qu'il avait touché la main de la jeune Isabeau de Bavière, qu'il avait dansé avec la belle Gabrielle,

qu'il avait VU François 1er, Rabelais, Henri IV et Ronsard , ce vieux poétiseur français qu'on a si malheureusement essayé de ressusciter parmi nous.

Pour celui à qui sa position dans le monde ou quelque favorable hasard n'a pas permis d'assister, simple et attentif spectateur, à ces fêtes brillantes, il doit être fort difficile de comprendre de quelle magique impression on est saisi en voyant s'agiter autour de soi, dans les mouvements rapides d'une danse animée, ces vieux siècles, ces grands noms, ces femmes jeunes et belles, chastes, héroïques, célébrées jadis par la muse de Marpt ou de Louis d'Orléans. Figurez-vous un beau rêve dans une nuit d'hiver, après avoir lu une ancienne chronique, et quand la bougie éteinte et la flamme vacillante du foyer font danser autour de vous de vénérables portraits de famille. Mais ici le rêve est plus complet et plus charmant encore. Ce moyen âge est d'hier, ces antiques princesses touchent à peine à leur printemps, ces preux si renommés dont les tombes de fer ont disparu ont encore leur précepteur. Puis ce qui ajoute encore à l'illusion, c'est que dans la foule il y a tel acteur dont le nom est à lui, qui ne doit ses armes, son nom , sa principauté qu'à lui-même, qui, entrant à l'improviste au milieu de l'ancienne pairie française,

s'est trouvé naturellement à sa place, et qui, pour paraître dans ce bal féodal, n'a fait tout au plus un plagiat que dans son costume; de sorte qu^il arrive un instant où Ton ne sait plus si Ton se trouve en présence d'une fiction ou d^une réalité, si Ton est en effet dans une cour jeune ou vieille, au delà ou en deçà du grand siècle.

Et cependant, tout à côté de ces fêtes brillantes où préside le goût le plus élégant et le plus magnifique^ imaginez ce que la crapule a de plus hideux et de plus sale. Voyez accourir chez les marchands de masques cette vile foule qui se croit assez connue pour avoir besoin de se déguiser, des misérables qui échangent leur pain contre un habit qu'ils vont souiller dans la boue.

Quel affreux spectacle! des cris de débauche, des hurlements, des vociférations atroces! un peuple entier qui s'amuse au hasard, qui se vautre dans la fange, qui, à la lueur d'une lampe fétide, se livre aux orgies du carnaval. Là, point de choix, point de volonté, point d'histoire, point de souvenirs, rien qui rappelle l'homme. On endosse le premier habit venu, pourvu qu'il puisse aller, et tout est dit. Il y a des crocheteurs qui se déguisent en crocheteurs, des chiffonniers qui louent une hotte : c'est l'histoire de ces sénateurs permanents que nous avons vus conserver les mêmes

costumes dans toutes les circonstances; Thistoire de ces grands seigneurs d^empire qui ont gardé les mêmes insignes; Phistoire de toutes les puissances improvisées qui sont restées à la même place et dans le même état, et qui pourtant se sont crues bien déguisées. Pourtant, sous ces costumes troués, dans cette boue infecte, au milieu de ces stupides gendarmes, et mêlée à tout ce que la police a de suppôts, avec ou sans uniforme, cette nation qui sVgite, c'est la nation privilégiée de la liberté, ce sont les créations les plus distinguées de nos grands politiques. Là est toute leur puissance, là est leur force, là se concentre toute l'admiration qu'ils ambitionnent; jadis ils souffraient que, pour la plus grande instruction de cette nation privilégiée, on composât exprès des livres remplis d'ordures et d'infamies; ils lui permettaient d'apprendre ces livres par cœur et de les débiter dans les places publiques et dans les carrefours. A la fin, cette année, ils ont permis que ce livre fût arraché des mains de la multitude, se fiant assez à sa mémoire et à ses savantes improvisations pour les clameurs du mardi gras.

J'ai vu dans les boutiques de marchands de masques nombre d'habits qui n'ont pas été loués encore. Ce sont des habits à caractère, des habits qui, pour être portés, exigent de l'esprit, de la grâce

OU de la tournure. Nous avertissons les amateurs qu^il ne reste plus que quelques habits de chambellans, un assortiment complet de vestales et des costumes tout neufs de sans-culottes.

Il n'y a. plus un seul habit d^Arlequin : il est vrai que c'est Téclectisme du genre.

LA xMAISON SUSPECTE

A soirée du i5 mars était belle : c^était presque une nuit d'été, quand Tair est doux, le ciel bleu, quand les femmes sont en robes blanches et circulent dans une atmosphère parfumée; alors la ville est un mélange singulier de calme et de bruit, de foule et de solitude; on chante, on se plaint, les voitures circulent, les chevaux hennissent; la jeunesse, qui échappe au rude hiver, s'ém^ancipe et relève la tête : le mois de mars est l'époque à laquelle les femmes sont plus dangereuses, les écoliers plus à craindre, et les rues semées de plus d'écueils.

C'était donc le i5 mars, vers les neuf heures, le soir; la cour des Messageries était pleine de voyageurs haletants, fatigués, qui , parvenus au terme de leur course, n'étaient plus occupés qu'à

retrouver leurs effets et à chercher un asile pour la nuit. Du reste, cette foule ordinaire qui remplit les diligences de la cité : des commis-voyageurs, des solliciteurs de second ordre, des sous-préfets destitués, des femmes de militaires, des comédiens, des rentiers et quelques philosophes courant le monde de Lyon à Paris; autour d^eux se tenait la foule des commissionnaires et des hôteliers, cherchant une pratique à obliger.

Le plus remarquable de ces voyageurs était un grand homme sec et maigre, œil noir, doux, avec la mine d^un honnête homme qui s^étonne de tout, qui admire tout, et qui glisse dans la grande ville comme une ombre, se faisant petit de peur de paraître important, et baissant un front naturellement élevé , comme si chacun pouvait y lire ce mot funeste : Etranger.

Le bruit, les chars, les chevaux, les piétons, les flâneurs, la poste, les fiacres, les paillasses ambulants, les gravures étalées, les marchands de livres, les magasins de modes aux vitraux lumineux, les réverbères qu'on allume, les journaux du soir, les sentences de mort, les placards aux coins des rues, les omnibus et les chaises à porteurs; comment voulez-vous qu'un pauvre diable, perdu dans la foule, se tire de là et retrouve son chemin?

L'étranger allait donc lentement , heurté, cou-

doyé, n'ayant d'autre guide que le hasard, guide aveugle et capricieux, qui, au lieu de le prendre par la main et de le conduire, génie hospitalier de la ville parisienne, le poussait par les épaules d^une façon brutale, sauf à le faire tomber à chaque pas.

A la fin et tout haletant, Fétranger s'arrêta dans un carrefour où cinq rues se croisaient, tortueuses, fangeuses, obscures, comme un rendez- vous de chasse de la forêt de Fontainebleau, où Ton aurait oublié le poteau vert aux douze écriteaux.

Et le pauvre homme attendait patiemment quelqu'un qui voulût bien lui indiquer une hôtellerie où il pût passer la nuit.

Justement arrivaient, en chantant de joyeux refrains, plusieurs jeunes gens à la démarche non-^ chalante; ils sortaient de table et se trouvaient un peu plus gais qu'à l'ordinaire , non pas que le maigre festin eût été plus somptueux, non pas que la maîtresse du logis se fût montrée plus avenante; mais, je vous l'ai dit, il faisait chaud ce jour-là, la soirée était belle, et, quand on est jeune, une bonne odeur de printemps vaut mieux, à tout prendre, qu'un verre de Champagne qui pétille un instant, qui se calme et qui n'est plus qu'un peu de gaz sans odeur.

(c Messieurs , dit le voyageur à ces jeunes gens ^

seriez-vous assez bons pour m^indiquer une hôtellerie où je pourrais passer la nuit ? »

Le plus jeune de la troupe allait indiquer un hôtel ; Taimable garçon souffrait de voir à cette heure un étranger dans la rue ; mais un de ses amis Parréta au moment où il faisait le geste hospitalier.

On nous a dit depuis que c^était une espèce d^tudiant allemand, moins la langue grecque et la langue latine, moins la haute philosophie et les théories d^artistes, amusantes comme un bon roman; en un mot, un étudiant allemand par la pipe, la bière, les femmes séduites, les duels au premier sang , les tapages dans les écoles , les associations libérales et les discours en loge maçonnique; du reste, bon vivant, noble cœur, bourse vide et ouverte à tout le monde, en un mot, un farceur.

« Monsieur, dit -il à l'étranger, je vais vous adresser à une hôtellerie où vous serez bien reçu et bien fêté»; en même temps, il le conduisit à une porte étroite et basse ; il fallut traverser une longue allée, monter un escalier tortueux, après quoi, c'était là.

L'étranger traversa l'allée, il monta l'escalier; seulement, sur le point de prendre le repos dont il avait tant besoin, il se sentait triste et malheureux; il ne comprenait pas qu'une hôtellerie fût

aussi triste, aussi nue, et il regrettait les hôtelleries en plein vent de son pays , la grande salle du rezde-chaussée, la cuisine et le tournebroche, l'écurie, les garçons et les chambrières, et la maîtresse du logis, et les lits à dais, et la basse-cour, et jusqu'à l'enseigne du Cheval blanc ou de VEcu de France , ou de quelque saint patron à la joyeuse figure et aux regards paternels.

Une porte s'ouvrit, et une vieille femme, tenant à la main une sale chandelle, un vieux squelette ridé , hideux , édenté , sans chair, affreux : « Que voulez-vous, Monsieur? » dit-elle à l'étranger.

En même temps, elle considérait avec un sourire sans nom cet habit grave, ce chapeau à grands rebords, cette vaste ceinture, cette figure austère, toute la personne de l'étranger.

a Je voudrais , Madame , passer la nuit ici, répondit-il; je vous suis adressé par un de vos amis.

— Entrez donc», dit la vieille, et elle ouvrit une chambre , y déposa sa lumière et sortit sans ajouter un mot de plus.

Cette pièce était vaste et malpropre, l'ameublement visait à une certaine recherche sans goût et sans élégance ; c'était quelque chose de pis que la misère, un faux luxe, des bougies à demi consumées, un foyer froid, des fauteuils recouverts en toile jadis blanche, un lit drapé, un tapis usé;

jamais le pauvre voyageur n'avait vu un pareil appartement.

N'importe, il était harassé de fatigue, son lit était là; il devait partir le lendemain; il était homme de courage , innocent d'ailleurs de tout crime ; il s'agenouilla et fit sa prière de chaque soir.

Après quoi^ il s'endormit. A peine endormi, il fut saisi d'un cauchemar funeste; il entendit des bruits étranges, des cris de joie, des clameurs étouffées, des chansons de débauche qui lui faisaient battre le cœur. Il y avait des verres qui s'entre-choquaient, des lèvres qui se rencontraient, des bras qui se mêlaient, des parfums odieux, des paroles ignobles, un bruit moitié silence, un silence moitié tapage; puis des hommes de police, des femmes flétries , des jeunes gens pris de vin , des vieillards se cachant dans l'ombre, et tout cela faisait un affreux mélange : c'était la boue de la Grève, moins du sang. Cependant il dormait toujours , toujours il secouait ce sommeil de plomb, toujours il retombait abattu; sa poitrine était haletante, son cœur serré, ses mains jointes; ses dents criaient. Il se croyait en enfer; mais jamais il n'avait vu d'enfer pareil, jamais si triste chaos, jamais cette boue ardente de débauche, ni dans sainte Thérèse, ni dans aucivn père de l'Eglise, ni dans les sermons de Saurin, ni dans les maisons

de fous, ni même dans les conférences des missionnaires au moment de leur prosélytisme le plus furieux.

Telle fut la première partie de son rêve ; la seconde partie fut plus terrible encore. Il rêva que tout ce chaos d'hommes, de femmes, enfonçait la porte de sa chambre et pénétrait jusqu'à lui. Les hommes étouffaient un rire affreux, les femmes glissaient à lui comme des ombres; elles étaient à moitié nues et elles se penchaient pour le voir : Tune le couvrait de son manteau noir, l'autre plaçait le vaste chapeau sur sa tête; puis elles profanaient les plus saintes attitudes , elles se frappaient la poitrine en riant aux éclats, elles faisaient le signe de la croix avec une dérision coupable; elles outrageaient le ciel et la terre; le rêve était affreux pour le pauvre ecclésiastique; il sanglotait dans son sommeil: « Grâce! mon Dieu! grâce! qu'ai-je fait? Chasse loin de moi cette horrible vision! grâce! »

A la fin il s'éveilla; une sueur froide coulait de son front et de ses cheveux; il était pâle et livide. Dans la rue il entendit des bruits confus, des cris, comme une révolte. Il se crut mort.

Au même instant plusieurs hommes entrèrent dans sa chambre, il se leva et il les suivit sans leur faire une question.

28o CROQUIS A LA PLUME

Arrivés à la porte de Pallée, ils trouvèrent toute une populace. « Cest un abbé! criait-on, il faut le lier! à bas Thypocrite! à bas cet homme de débauche! Il faut le promener par la ville avec un écriteau ! » Et les femmes criaient, et les hommes criaient; et l'étranger, voyant que son rêve continuait, s'étonnait de se voir en butte à tant de colères, de se voir exposé à tant de vengeances! Ce fut avec beaucoup de peine qu'il se fit monter dans un fiacre qui marchait lentement, lentement, comme si le pauvre abbé eût été à son dernier jour.

Aujourd'hui encore il n'est pas revenu de son rêve funeste, aujourd'hui encore il veut penser qu'il a rêvé, qu'il a été victime d'un cauchemar, qu'il n'a pas vu Paris , qu'il n'a pas quitté son tranquille prieuré, sa maison blanche, sa jolie chambre, son crucifix d'ivoire,, ses laitues et son petit cheval. « Non, dit-il, je n'ai pas vu Paris : Paris est une ville hospitalière, une ville humaine; Paris a des hôtels pour les voyageurs et des enseignes pour faire reconnaître les maisons suspectes. Mais, ô mon Dieu! quel rêve! quel réveil! quel bruit! Moi, prêtre, couché là! moi, entouré! moi, accueilli par les huées de tout un peuple! y> Il se touchait , il s'assurait s'il était bien en effet la même personne, et il ne le croyait pas!

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