‹ Petits souvenirs. Avec une eau-forteChapitre 6 sur 40 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

« Cela se lit, mais ne se raconte pas. »

Cependant, après plusieurs tentatives inutiles, il consentit enfin à satisfaire ma curiosité, tout en me prévenant que V analyse ne donnerait jamais une idée juste de la pièce.

( J'avais raconté naïvement, poétiquement, amoureusement, une aventure de ma jeunesse, me dit-il. Par un beau jour d'été, j'étais allé, avec un livre, faire une promenade à la butte Montmartre, qui avait encore des champs de blé et d'avoine, diaprés de coquelicots et de bluets. J'avais à peine ouvert mon livre, que je vis passer deux femmes : l'une vieille, l'autre jeune, la mère et la fille. Je ne m'occupai bientôt plus que de celle-ci. Elle était charmante, de la figure la plus gracieuse et la plus agréable, de l'air le plus naïf et le plus modeste, une bergère des Alpes, comme les voulait Marmontel pour ses Contes moraux; elle avait les plus beaux cheveux, les plus belles dents, les plus beaux yeux du monde, et fraîche et rose comme un printemps embaumé; son costume de toile de couleur ne manquait ni d'élégance ni de coquetterie.

C'était une simple grisette, une petite ouvrière en vacances. La vieille dame qui l'accompagnait avait une tournure très décente, c'était un vrai porte-respect.

Je les suivis d'abord à distance, en les observant

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