PREFACE VII
l'une et l'autre; puis je me rapprochai peu à peu, et je me permis enfin de leur adresser la parole. On m'examina, avant de me répondre, et je portais sans doute avec moi une si bonne recommandation d'honnêteté qu'on me répondit bientôt avec une aimable politesse.
Ici commençait l'idylle : la gentille inconnue cueillait des fleurs et attrapait des papillons. Je me mis à courir avec elle, attrapant aussi des papillons et cueillant aussi des fleurs. Nous fîmes ensemble des bouquets et des couronnes. La mère (car c'était une vraie mère) nous regardait faire, d'une façon tout encourageante. Elle semblait avoir deux enfants au lieu d'un. Nous causions, nous nous questionnions réciproquement, mais sans dépasser les limites de la discrétion et de la convenance. L'idylle continua de la sorte pendant deux ou trois heures! Quel charme! quelle grâce! quelle poésie!
« Ah! mon Dieu! s'écria tout à coup ma bergère, en entendant sonner quatre heures à l'église de Montmartre, j'avais tout oublié! on m'attend à cinq heures précises, et nous sommes bien loin! »
En effet, nous nous étions éloignés de la barrière tout en jouant, et mes deux compagnes se mirent à marcher d'une belle vitesse pour rentrer à Paris; je les suivis en portant les bouquets et les couronnes. Cependant la mère et la fille paraissaient embarrassées, elles chuchotaient entre elles, ne me parlaient plus, et me répondaient à peine. Elles doublaient le