‹ Petits tableaux de moeursChapitre 11 sur 50 · LE 3IÉNAGE DE M. BERTRAND · texte numérisé non relu

LE 3IÉNAGE DE M. BERTRAND

En se levant on court à son feu ; en sortant do table on y court encore. Le commis, en arrivant à son bureau, va saluer son poêle ou sa cheminée ; c'est en se chauffant qu'il lit le journal, parle politique ou littérature ; c'est là qu'il taille sa plume et mange son petit pain

Le dos au feu, le ventre à table, le gastronome se rit des maux qui affligent notre pauvre humanité. Mais, en se chauffant, il ne voit pas ou ne veut pas voir ce malheureux arrêté dans la rue, et qui lui tend une main tremblante. Si l'hiver passe gaiement pour ceux qu'un bon feu réjouit, il est bien long, bien dur pour les malheureux qui n'ont pas de bois à mettre dans leur âtre.

Les pauvres diables gèlent dans leurs greniers, grelottent dans les rues, sur les places ou au coin des bornes, trop heureux quand quelques brins de paille allumés leur permettent de réchauffer leurs membres engourdis.

Quand nous nous délassons devant un feu pétillant, quand nous jouissons de la vue d'un bon feu, pensons quelquefois à ceux qui n'en ont guère... soulageons ceux qui n'en ont pas.

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