‹ Petits tableaux de moeursChapitre 12 sur 50 · P. DE K · texte numérisé non relu

P. DE K

Et puis M. Bertrand a clans toute sa personne un laisser-aller qui n'engage pas à partager son dîner : toujours malpropre quoique portant d'assez belles choses ; ayant un jabot couvert de tabac, un habit taché avec un pantalon neuf, un gilet sale avec une cravate blanche.

Le désordre que je remarque dans la tenue de M. Bertrand me semble d'un mauvais augure pour son ménage, et en général, j'ai remarqué que l'on dîne mal chez les gens qui n'ont point soin d'eux.

Je ne connaissais pas la famille de M. Bertrand ; mais une affaire me forçant dernièrement à lui parler, je me rendis chez lui. Il était midi, je^ pensais que je le trouverais, et qu'il aurait déjeuné.

Je pars, il loge dans un beau quartier, au second étage ; il doit avoir un bel appartement. Je monte, je sonne, j'attends un peu, on ouvre enfin; c'est une petite fille de cinq à six ans, qui tient une tartine de pain et de raisiné à la main, qui m'ouvre sans me regarder, puis va courir après un petit garçon de sept à huit ans, qui fouillle dans un buffet où il paraît puiser en toute liberté.

Je regarde un moment autour de moi n'apercevant personne autre et ne sachant de quel côté me diriger, je me décide à m'adresser aux eftfants, qui ne me répondent pas.

— Mademoiselle, M. Bertrand, s'il vous plaît ?...

— Ah ! Coco, do^ne-moi du fromage... j'en veux. — Tiens c'te gourmande 1 n'as-tu pas du raisiné ? — C'est égal, je veux du fromage, ou je dirai à maman que tu as pris du pâté qu'on gardait pour dîner.

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