‹ Petits tableaux de moeursChapitre 13 sur 50 · LE MÉNAGE DE M. BERTRAND · texte numérisé non relu

LE MÉNAGE DE M. BERTRAND

— Je m'en moque bien.

J'étais toujours là, écoutant le dialogue des enfants, lorsqu'une dame paraît enfin, à demi habillée, en bonnet de nuit, en camisole, tenant un corset d'une main, un lacet de l'autre. Elle jette un cri en m'apercevant.

— Ah ! mon Dieu ! c'est quelqu'un ! et ces enfants n'avertissent pas ! Pardon, monsieur, je croyais que c'était le porteur d'eau. Julie !... Julie !... Comme je suis faite î Julie, ma robe...

— Madame, c'est à M. Bertrand à qui je désire parler.

— Oui, monsieur, vous allez le voir. Julie I... Mais oti est donc la bonne ?

— Maman, elle n'est pas encore revenue du marché.

— Ah ! mon Dieu ! deux heures pour acheter un poulet !... c'est une chose affreuse... Et je n'ai personne pour m'habiller" ?... C'est égal, monsieur, donnez-vous la peine de passer par ici... vous aller trouver M. Bertrand.

Je passe dans une autre pièce, enjambant pardessus les tabourets, les plumeaux, etc., car l'appartement n'est pas encore fait. Je trouve enfin M. Bertrand, en robe de chambre, au milieu d'uû tas de papiers, de livres, de cartons, qui s'amuse à repasser ses rasoirs.

— Eh ! c'est vous, mon cher ami ? me dit-il en venant à moi, un rasoir à la main ; mais c'est charmant de venir nous surprendre ainsi... Vous déjeunerez avec nous...

— Comment ! vous n'avez pas encore déj à midi ?

— Oh ! nous n'avons pas d'heure, nous autres et puis l'on a des jours où l'on se lève tard.

— J'ai déjeuné, et je venais seulement vous demander un renseignement.

— Je suis à vous, permettez que je me rase. • — Faites, je vous en prie.

— Madame Bertrand, voilà deux heures que je demande de l'eau chaude pour ma barbe.

— Eh ! monsieur, Julie a dû en mettre sur le feu. Adèle, allez voir s'il y a de l'eau chaude pour votre papa.

— Ah ! oui, maman, il y en avait, mais mon frère a renversé la cafetière avec son polichinelle.

— Allons, c'est égal, je ne ferai ma barbe que demain. Ma femme, fais servir le déjeuner.

— Ah ! vous êtes bien pressé aujourd'hui ! il n'y a encore rien de prêt ; Julie n'est pas revenue du marché.

— Si vous vouliez toujours me donner la note que je vous demande, dis-je à M. Bertrand, qui s'était mis à repasser ses rasoirs quoiqu'il ne dût pas faire sa barbe : c'est au sujet de cette maison à vendre dont vous m'avez parlé.

— Ah ! oui, oui, j'ai votre affaire. Attendez, lo papier doit être là.

M. Bertrand cherche, furette dans divers cartons, et ne trouve rien.

— Ma femme, n'as-tu pas vu un papier plié en quatre ? Je crois l'avoir laissé avant-hier sur la cheminée.

— Un papier !... attendez donc... oui, je m'en suis servi pour allumer mon feu... Est-ce que c'était sérieux ?

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