‹ Petits tableaux de moeursChapitre 17 sur 50 · LES AMANTS FIDÈLES · texte numérisé non relu

LES AMANTS FIDÈLES

cieiise, mais tant soit peu coquette; et, dans ce tcnips-là, les maris ne permettaient pas à leurs femmes d'être coquettes. La châtelaine, oubliant d'en demander la permission, avait souri à un chevalier qui avait rompu plusieurs lances dans un tournoi. (Le duc d'Apremont était jaloux, et dans ce temps-là un jaloux était à craindre.

Celui-ci avait remarqué ce sourire lancé par sa femme au beau chevalier, et, au lieu d'inviter le jeune homme à venir manger sa soupe et à conduire madame au spectacle, comme cela se pratique dans ce temps-ci, le châtelain avait en. fermé son épouse dans le fond d'une tour, ne lui donnant pour toute nourriture que du pain et de l'eau, et pour toute distraction que le plaisir de le voir une fois par jour.

Mais, dans ce temps-là, une femme ne riait pas en regardant son mari. La pauvre châtelaine trouva donc plus simple de se laisser mourir de chagrin; car, dans ce temps-là, une femme mourait de chagrin quand elle avait souri à un autre que son mari.

L'iiistoire ne dit pas coi^endant, si c'était du repentir d'avoir souri ou du chaj2.rin de ne plus pouvoir sourire : c'est un point qui mériterait d'être éclairci ; je le recommande à nos savants chroniqueurs.

Quand le sire d'Apremont vit sa femme morte, il ne la pleura point, ce qui est très mal, et ne lui fît point élever un de ces jolis tombeaux sur lesquels on grave des vers à la louange d» la défunte; mais, dans ce temps-là, il paraît qi:^ les tyrans no savaient pas dissimuler,

La châteUiine avait laissé une fille à son épcux;

tty. t>ÈTITS TABLEAtJX DE MŒURS

et comme cette fille était venue au monde longtemps avant que sa mère eût souri au chevalier du tournoi, le sire d'Apremont avait infiniment de tendresse pour elle.

La belle Cunégondc était l'objet de tous ses soins, sa plus chère espérance, ce qui ne l'empêchait pas de la tenir constamment enfermée dans son château et de ne lui laisser voir que sa duègne, ne lui permettant ni société, ni bal, ni jeux, ni promenades extra muros, et ne lui donnant aucun maître.

Mais, dans ce temps-là, on trouvait une fille suflSsamment instruite quand elle savait se tenir droite, baisser les j-eux et faire la révéïence... On en apprend bien d'autres aux demoiselles de ce temps-ci.

Un jeune damoisel, qui rôdait autour du château, parvint cependant à faire comprendre à Cunégonde qu'il la trouA'ait charmajite et qu'il brûlait d'amour poiTï elle. Sans doute elle n'avait pas les yeux baissés lorsqu'elle aperçut les doux regards du damoisol ; mais, dans ce temps-là, les filles les plus niaises avaient des distractions. D'ailleurs Cunégonde tenait de sa mère, elle. était extrêmement sensible...

Une fille aime à faire Tout comme a fait sa mère,

dit une chanson dont le refrain sera de tous les temps. Le damoisel demanda au sire d'Apromont la main de sa fille, mais le châtelain eut la cruauté d© la lui refuser, sous prétexte qu'il ne possédait rien. Il paraît que, dans ce temps-là, on tenait à T argent.

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