‹ Petits tableaux de moeursChapitre 20 sur 50 · LA FORTUNE DU POT · texte numérisé non relu

LA FORTUNE DU POT

— Venez donc manger ma soupe, me disait souvent un monsieur que je connais à peine, et avec lequel je ne désire pas me lier davantage. Vous verrez ma famille, ma femme, mes enfants; vous serez reçu sans façon, sans cérémonie; vous mangerez la fortune du pot, mais vous nous ferez le plus grand plaisir. '

Ce n'est qu'à un ami intime que l'on doit se

, permettre d'offrir la fortune du pot; mais les amis

sont si rares, et les bons dîners si communs, que

cette fortune-là serait bien agréable à partager

si ilon était sûr de n'être entouré q^uê de bonnes gens, de vrais amis, vous recevant pour le seul plaisir de vous posséder, et non pour quelque motif d'intérêt, comme il s'en glisse toujours dans les invitations.

Près d'un camarade de collège, que les changements de fortune n'.ont point rendu notre ennemi ou qui n'est point envieux de notre bonheur; à côté d'une jeune mère de famille, aimable sans prétention, belle sans coquetterie, le dîner le plus simple serait véritablement une bonne fortune.

J'avais toujours éludé les invitations de cet ami que je ne connais pas, lorsque hier il me rencontra vers cinq heures du soir. Il court à moi me saisit, par le bras, m'arrête :

— Où allez-vous? s'écrie-t-il.

— Diner, lui dis-je sans penser à rien.

— Diner?... Oh! cette fois je vous tiens bien, et vous viendrez chez moi.

Je veux en vain prétexter une invitation; mon hoitime ne me lâche pas- Une plus longue résistance eût été ridicule. Je cède, et je prends mon parti en me disant tout bas :

— Je serai peut-être surpris agréablement; ce monsieur n'est qu'un bavard, mais sa femme peut être aimable, ses enfants bien élevés et sa cuisine bonne.

Nous arrivons chez mon amphitryon. Nous montons à un troisième étage. Avant d'être devant la porte, j'entends les cris de plusionrs enfants qui semblent se battre et pleurer.

— Oh! oh! dit mon compagnon, mes jkiii- .";',aillards ont faim; ils m'attendent avec imiia

ionce. Je dis en moi-même ;

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