LE PIED DE BŒUP
— Nous avons deux heures devant nous, dit la jolie Adeline à ses ccmpagnes. On vient de com-
18 PETITS TABLEAUX DE aiŒURS
mencer un boston dans le salon, il durera longtemps : madame de Bermont en est, et vous savea le temps qu'elle met à réfléchir si elle demandera ou si elle soutiendra. Faisons quelque chose... Jouons aux petits jeux.
Les petits jeux sont acceptés; les jeunes personnes s'asseyent, se rapprochent; les jeunes gens demandent la permission de prendre part aux jeux innocents, elle leur est accordée. On forme le rond. Mais il manque quelqu'un, une grande blonde qui cause avec un vieux monsieur dans un coin du salon.
— Venez donc, Clarisse, lui disent les demoiselles.
— Non, je vous remercie, je ne joue pas, répond mademoiselle Clarisse d'un air compassé.
Aussitôt, toutes les jeunes filles se regardent entre elles en souriant avec malice, et l'on entend un petit murmure de chiiohotement :
— Qu'elle est ridicule!...
— Mais, voyez donc ce caprice : mademoiselle qui ne veut pas jouer aux petits jeux ce soir!...
— Ah! c'est pour se distinguer!... pour se donner un air raisonnable !...
— Eh non ! ne voyez-vous pas qu'elle cause littérature, poésie, avec ce vieux monsieur? elle fait la savante... Je suis sûre qu'il lui fait des compliments... Elle est enchantée... Voyez comme elle prend un air d'importance, elle se pince les lèvres.
— Elle! parler littérature!... Oh! ce doit être curieux à entendre!... elle n'y connaît rien du tout!... Figurez-vous que l'autre jour elle voulait me soutenir que le Solitaire était de lord Byron.
— Ah ! c'est délicieux I..,
tÉS JEUX INNOCENTS
Ne voyez-vous pas qu'elle cause littérature, poésie, avec ce vieux monsieur? (P. 18.)