LE MARI MAITRE CHEZ LUI
Mon ami, Dupont qui est bien le meilleur des hommes, ne cesse de répéter (quand il n'est pas devant sa femme) : « Je suis le maître chez moi, rien ne s'y fait que par mon ordre ; quand j'ai décidé quelque chose, il faut que cela soit. J'ai de la t«te, de la fermeté ; madame Dupont ne me m.ène point, elle fait toutes mes volontés et ne me contrarie en rien. »
En général, j'ai remarqué qu'il faut se méfier de la fermeté de ces gens qui crient bien haut qu'ils ont du caractère ; ils ressemblent à ces faux braves qui font blanc de leur épée, à ces poltrons qui chantent quand ils ont peur, à ces fats qui se vantent de mille bonnes fortunes, et qu'on ne rencontre qu'avec des minois ref rognés ; l'homme vraiment maître chez lui le prouve par sa conduite et non par ses discours.
Mon pauvre Dupont, toute votre fermeté ne tient point contre un regard de madame votre épouse ; devant elle, vous êtes comme un écolier devant son précepteur, comme le solliciteur devant l'homme en place ; mais on vous pardonnerait votre pusillanimité si, une fois hors de sa vue, vous ne vous recommenciez à crier en levant le nez au vent :
— Je suis le maître chez moi !
Dupont reçoit un jour une invitation pour aller a la noce d'un de ses amis, mais on n'avait point invité madame, et elle dit fort sèchement à son
époux : - Vous n'irez pas à la noce. - J'irai,
-. ' A -n^i 7->r,nf • p'pst un de mes amis
madame, repond Dupont , c est uii
d'enfance ; il ne vous connaît pas, il a bien pu ne point, vous inviter ; mais cela lui ferait beaucoup de peine si je lui manquais. ^ ^
Dupont m'engage à vemr le prendre a cinq heu-
Vouà u'irez pas à la noce.
res précises, pour nous rendre ensuite chez le restaurateur où se fait la noce. Je me doutais que ma course serait inutile ; cependant 3 arrive chez lui à rheure indiquée, et Dupont, ^^\^'\^'^ ^^'J prêt, me reçoit en pantoufles et en robe de cham-
bre. , 1 i Ml ' 9
Comment ! lui dis-je, tu nés pas habille j' - Mon ami, me répond-il en furetant dans tous