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LES DEUX CONVOIS

chettes, à jabots, à pleureuses, beaucoup da voitures noires, puis des voitures bourgeoises; la file était fort longue, et il n'y avait à pied que les gens de la maison du mort et des pauvres portant des torches.

— Ce mort-là, me dis-je, a été considéré pendant sa vie. Il avait une voiture, de nombreux domestiques, sans doute un hôtel, peut-être une belle maison de campagne; il était répandu dans la grande société dont il a dû faire les charmes surtout s'il donnait à dîner, et s'il avait un bon cuis'nier. Tout le monde s'honorait d'être de sa conn-Aissance, il avait une foule d'amis!...

La richesse est une belle chose !... On a beau faire le philosophe!... avec la fortune, même après sa mort,on fait encore figure, et le dernier voyage est environné des honneurs qui ont embelli notre existence.

Après m'être informé du nom du défunt, je poursuivis mon chemin.

Un peu plus loin, je fus encore arrêté par un convoi; celui-là était plus modeste: un corbillard fort simple, point de pleureuses au cocher, pas une seule voiture de deuil j mais en revanche plus de •^wx cents personnes à pied qui suivaient le convoi. Je ne vis pas, parmi tout ce monde, des toilettes recherchées, des tournures à la mode; mais je vis des figures qui annonçaient la probité, la bonté, et surtout la douleur.

— Que faisait le défunt ? demandai-je à une vieille femme qui avait salué quelqu'un du cortège.

— Il était maître-maçon, me dit-elle; brave homme, chéri de ses enfants, de ses ouvriers; on

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a'a su qu'après sa mort tout le bien qu'il avait fait durant sa vie.

— Fort bien, me dis-je en m'éloignant; mais cela n'a point la pompe, la magnificence du premier convoi!... D'ailleurs le riche pouvait aussi être chéri de tous ceux qui le connaissaient... et ces torches... ces voituras, ces larmes d'argent... ah! tout cela était bien beau!

Quelques jours après, il me prit fantaisie d'aller au cimetière du Père-Lachaise.

En me promenant au milieu des tombeaux, j'aperçus un. superbe mausolée, sur lequel je lus le nom du mort. C'était le riche que j'avais rencontré; la magnificence avait encore présidé à la construction de son dernier asile, et au-dessous de son nom je lus un long éloge de ses vertus, de ses qualités, en vers alexandrins, suivi des regrets de ses enfants et de toute sa famille, en vers de huit pieds.

Après avoir admiré ce monument, je parcourus d'autres sentiers; j'allais m' éloigner, lorsque j'aperçus plusieurs jeunes gens rassemblés devant un tombeau. Je m'avançai doucement, afin de ne point les troubler; le mausolée était fort simple, et je lus sur la tombe le nom du maître-maçon dont j'avais aussi rencontré le convoi.

Il n'y avait que son nom de gravé sur le marbre; mais devant la pierre tumulaire, je vis trois jeunes gens à genoux, ses fils sans doute, qui, les yeux pleins de larmes, jetaient des fleurs sur le simple tombeau.

Mon cœur se serra; je sentis que cet hommage était préférable à toutes les pompes qui accompagnent la grandeur. Je m'éloignai lentement; et

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en repassant près du bean mausolée, je ne jetai qu'un froid regard sur ce magnifique monument, devant lequel les curieux seuls s'arrêtent.

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