COLOMBINE MALGRE ELLE
Une bergère dit des injures h un marquis, (P. 9i.
cence provoque la gaieté. Ici, on peut impunément dire ce qu'on pense à un grand seigneur; l'esclave rit de son maître, le nègre marche l'égal du blanc, la grande dame va en petite loge avec un jockey, et plus d'un jocrisse fait prendre des glaces à une sultane.
Mais quelle est cette Colombine qui se promène seule et revient souvent à la même place, où elle semble attendre quelqu'un ?
Cette jeune femuie, fille ou veuve (l'histoire ne s'explique pas à cet égard), après avoir brillé dans un élégant tilbury, après avoir eu sa loge aux Bouffes, sa baignoire à Feydeau, et plusieurs laquais à ses ordres, sans compter ses adorateurs, dont le nombre était, dit-on, infini, avait vu tourner pour elle la roue de la fortune.
Ses adorateurs étaient allés encenser d'autres belles; par suite, le train brillant diminua : plus de loges, çle voitures, de bijoux, de valets, et cependant la dame était encore jolie; mais la fortune est capricieuse, et l'amour lui ressemble.
A l'époque du carnaval de cette année, il ne resta,it à la jeune dame, pour se parer, qu'une seule robe assez fraî-che ; c'était son ancre de miséricorde. Avec cette robe elle fait, à un petit théâtre, connaissance d'un Anglais, qui devient épris de ses cha,rmes, et se déclare aussi élégamment que peut le faire un homme qui écorche le français.
L'Anglais parait opulent et généreux, on l'écoute favorablement, et on lui accorde le rendez-vous qu'il demande, et oii l'on espère ache^ ver de lui tourner la tête.
C'est au bal de l'Opéra qu'on doit se revoir.
" — Comment vous y serez mise? demande milord.
• — En Colombine, répond la dame, qui sait que ce déguisement lui va bien.
— Colombine, it is very well, je comprends : Colojnbine, c'est très fashionable, je pas oublier; et oii je trouverai vous?
— Près de l'orchestre, je mettrai un ruban rose à mon bras ; d'ailleurs je vous re<;onnaîtrai, vous »e vous masquerez point?
— Non, jamais masquer mon figure, cela troublerait la digestion. Yov, very pretty; je rêver toute la nuit à Colombine.
On se auitco. Notre belle est enchantée : déj"; elle se revoit dans un brillant hôtel, a de nou veau des voitures, des bijoux, des laquais, cTxi milord lui a fait les offres les dIus séduisantes.