‹ Petits tableaux de moeursChapitre 9 sur 50 · ELLE ETAIT SI JOLIE · texte numérisé non relu

ELLE ETAIT SI JOLIE

J'avais juré de ne plus aimer ; trompé, trahi cent fois, je voulais, non pas fuir un sexe dont la société fait le charme de la vie,' mais du moins, le voir avec indifférence, et ne plus regarder la beauté qu'en simple amateur, et comme ces joueurs devenus saj^es qui se bornent à juger les coups sans prendre part à la partie.

Mais, hélas, IcvS senuents des hommes sont écrits sur le sable ! et comment aurais-je pu résister à l'amour quand Clarisse s'est offerte à ma vue ? Elle était si jolie !

J'ai oublié mes serments; j'ai dit adieu à la sagesse, souvent même à la raison ; pouvait-on la conserver auprès d'elle ? Grâce, tournure, attraits, fraîcheur, elle réunissait tout pour plaire ; il fallait l'aimer ; tout le monde cédait à son empire ; je fis comme tout le monde ; mais j'aurais voulu être seul aimé, car nous sommes toujours égoïstes.

Pendant quelque temps je crus être adoré ; elle me faisait croire tout ce qu'elle voulait ! Comment douter de ce que dit une bouche charui.ante ?... Alors même que sa coquetterie m'avait attristé, d'un mot, d'un sourire, elle dissipait mes soupçons... Elle était si jolie î

Pour elle j'ai fait mille folies ; négligeant mes occupations, mes parents, mes amis, j'oubliais tout pour ne voir qu'elle, pour ne m'occuper que d'elle. Je n'écoutais point de sages conseils ; je

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fuyais les représentations de l'amitié, je n'avais d'yeux que pour- elle; je ne pouvais exister où elle n'était pas.

Satisfaire tous ses goûts^ tous ses caprices, voler au-devant de ses moindres désirs, était ma plus douce occupation. Je dissipais ma fortune, je perdais mon temps, je négligeais mes talents ; mais je ne regrettais rien... Elle était si jolie.

Pour prix de tant d'amour, je fus encore trompé ! Elle me quitta !... Je la vis avec un autre... Je ne pus pas même douter de mon malheur.

En songeant à tout ce que j'avais fait pour elle, à son ingratitude, à sa perfidie, je me flattais de l'oublier aisément, ou du moins de la haïr autant que je l'avais aimée. Vains efforts ! mon faible cœur l'aimait encore... son image vint constamment le remplir ; et, malgré sa trahison, je sentais que je l'adorais toujours... Elle était si jolie !

Mais hélas ! sa carrière fut courte ; moissonnée à la fleur de son âge, la mort l'a frappée au sein des plaisirs, des amours, des séductions dont elle était sans cesse environnée, et qu'elle savait si bien prodiguer à son tour. Tant de grâces, d'attraits n'ont point arrêté la Parque cruelle ! Clo» vilde est descendue au tombeau ! elle n'a brillé |i'un moment.

Tous ceux qui l'entouraient, qui cherchaient à obtenir un rcj^ard, un sourire, l'on déjà oubliée pour courir après d'autres conquêtes !... Seul, je viens visiter son tombeau ; seul, je viens m'assecir sur cette terre qui recouvre ce que la naturo avait formé de plus séduisant.

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Je ne songe plus aux torts qu'elle eut envers îiioi, je ne me rappelle que les doux moments que nous avons passés ensemble. Si elle existait encore je me croirais heureux d'obtenir d'elle une heure d'amour. Pour cette heure-là, je lui pardonnerais encore toutes les autres... Elle était si jolie !

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