‹ Petits Traités Apologétiques de Yahyâ Ben 'Adî: Texte arabe, édité pour la première fois d'après les manuscrits de Paris, de Rome et de Munich et traduit en françaisChapitre 10 sur 22 · DEAN SN · texte numérisé non relu

DEAN SN

trois substances et trois dieux. Nous avons encore démontré quelle erreur commettent certains Chrétiens quand ils croient que la substance à laquelle s'applique la paternité n’est pas la substance à laquelle s'appliquent la filiation ou la procession. Nous avons donc tenu ainsi notre promesse.

Que Dieu nous assiste pour trouver et proclamer la vérité ! Qu'il nous aide pour la manifester et qu’il nous dirige dans nos doutes !

Lui seul me suffit et je mets en lui toute ma confiance.

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V —- Réponse DU DOCTE ŸAHYÂ BEN ‘ADI À UNE QUESTION SOULEVÉE DEVANT ÀLt BEN ‘ISÂ BEN AL-JARRÂH (1) AU SUJET DE LA TRINITÉ ET DE L’UNITÉ [pe Drev|.

Yahyà ben ‘Adî a raconté : l’un de mes amis (Dieu les conserve tous bien longtemps!) m'a appris que le vizir Aboû-l-Hasan ‘Ali ben ‘Îsà ben al-Jarrâh (que Dieu lait pour agréable et qu’il rende glorieuse sa maison) manda auprès de lui Mohammed Aboû Mouslim ben Babar al- Isbahânî (Dieu lui fasse miséricorde!) pour le mettre au

(1) Fut vizir sous le Khalifat d’al-Mouqgtadir, 908—982 (H. 293— 320), et sous le Khalifat d’al Mouttaqi, 940—954 (II. 329—335).

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courant de certaines affaires dont il était chargé, et ils abordèrent un sujet sur lequel ils ne purent se mettre d'accord. Ils convinrent done de s’en rapporter à quelqu'un des sécrétaires présents dont la sagesse dans les conseils inspirait toute confiance. Alors le vizir Aboîû-l-Hasan (Dieu le rende victorieux!) proposa l'un des plus remarquables sécrétaires chrétiens (1); mais Aboû Mouslim répondit : «Je n’approuve pas ce choix, car cet homme ne sait pas compter. —— Comment pouvez-vous dire qu'il ne sait pas compter, reprit le vizir étonné ? — Non, il ne sait pas compter, car pour Jui un fait trois et trois font un »; et cette réplique fit rire le vizir. Aboû Mouslim, en parlant ainsi, faisait allusion à la doctrine des Chrétiens d’après laquelle le Créateur

(1) Dans sa préface au Ms. Y| en Xi de Yahyà ben ‘Adi, l'éditeur du Caire qui cite le début de ce traité, prétend, nous ignorons d’après quelles sources, que ce sécrétaire chrétien n’est autre que Ben ‘Adi lui-même, p. A.

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est une substance qualifiée de trois attributs auxquels on donne le nom de personnes. Mais si Aboû Mouslim avait bien voulu y réfléchir et ne considérer que la vérité, il aurait compris que l’on pouvait, en s’en tenant à ce qu'il disait et croyait, affirmer de lui, à plus juste titre que des Chrétiens, qu'il ne savait pas compter. Je vais à l'instant en faire la démonstration.

Tout terme, disons-nous, doit répondre à une notion quelconque ou ne répondre à aucune notion. Si deux termes expriment chacun une notion, il faut nécessairement que la notion de l’un soit la notion de l’autre, ou une notion différente. Or, il est évident que les termes de bon,

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de sage, de puissant présentent chacun une notion, et toute intelligence droite comprendra aussitôt que la notion désignée par le terme bon, n’est pas celle qu'indiquent les termes sage ou puissant. On pourrait faire, pour le terme puissant, un raisonnement semblable. Eh bien, nous [Chrétiens], tout comme celui qui nous reproche de ne pas savoir compter, parce que nous affirmons que l’on peut dire d’une même chose qu’elle est une et qu’elle est trois, [mais à un point de vue différent,] nous reconnaissons que l’on peut donner au Créateur les attributs de bon, de sage, de puissant. Notre adversaire reconnaîtra que celui à qui l’on attribue ces trois notions, est lui-même ces trois notions.

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qu'il fait nécessairement avec elles un à tout point de vue, de telle sorte que celui qui est un à tout point de vue, doit rigoureusement être lui-même ces trois notions [de bon, de sage, de puissant] à tout point de vue. Or, tout homme, qui n’a pas perdu son bon sens, avouera que celui qui reconnait que le Créateur, un sous tous les rapports, est lui-même trois notions différentes, mérite mieux le reproche de ne pas savoir compter, que celui qui dit qu’une chose, une sous un rapport, peut être trois sous un rapport différent. Pour nous, Chrétiens, nous croyons que le Créateur est un sujet unique qualifié de trois attributs : le nombre

trois convient à ce que nous appelons les attributs, tandis ; 5%

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que la chose à laquelle on les attribue est une. Dès lors

nous sommes, moins que l'adversaire, obligés de reconnaître

que cela même qui est un est trois à tout point de vuc; et c’est précisément ce que nous voulions démontrer.

Louange éternelle à Dieu qui donne l'intelligence !

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(1) K &s>s; H J donnent après Cs$=, la correction 523

; A € A VI — Trarré DE YAHYÂ BEN ADi SUR LE MODE DE L'INCAR- NATION.

Yahyà fils de ‘Adi, fils de Hamid, fils de Zakariyâ a dit : nous nous proposons dans ce traité d'exposer la doctrine de l’Incarnation de Dieu le Verbe; (s’'incarner signifie se faire homme). Voici donc ce que nous dirons sur ce sujet, après avoir imploré la direction de Dieu, son secours et son assistance.

Parmi les premiers principes, notre intelligence admet que le meilleur des êtres doit avoir la meilleure des essences; et encore : le Créateur est le meilleur des êtres. De ces

10 YAHY À BEN ‘ADÎ.

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deux prémisses il découle done que le Créateur, dont les noms sont saints, doit avoir la meilleure des essences. Si à cette conclusion l’on joint cette autre affirmation de notre esprit : l'essence du Créateur est la meilleure des essences, ct si l’on construit deux prémisses ainsi coordonnées : l'essence du Créateur est la meilleure des essences, c’est par la meilleure des essences que le Créateur est le meilleur des êtres, il en découle, comme des premières vérités de notre intelligence, cette conclusion : c’est par son essence que le Créateur est le meilleur des êtres. Quelqu'un contestera peut-être ces démonstrations, en produisant cette autre argumentation qu'il croira semblable à la précédente : « Di votre raisonnement était vrai, tous les raisonnements semblables le seraient aussi, et n’amèneraient aucune con-

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clusion impossible. Or nous trouvons qu’une argumentation identique appliquée régulièrement à certaines choses entraîne à des conclusions inadmissibles. Aïnsi, l’on pourrait dire : le meilleur des agents est celui qui fait la meilleure des essences, or, le Créateur est le meilleur des agents, le Créateur fait donc la meilleure des essences. Si l’on coordonne à cette conclusion cette proposition : le Créateur est la meilleure des essences, il en résulte que le Créateur fait sa propre essence, or, cela est impossible. En effet, il faudrait que son essence existât considérée comme agent, car un être ne peut agir s’il n'existe pas, et il faudrait, en outre, qu’elle n’existât pas, considérée comme essence produite, puisque l’on ne peut commencer à faire ce qui

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