DONNE AU CHRIST CONSIDÉRÉ COMME HOMME
Yahyà ben ‘Adî à écrit : Aboû Zakariyâ Yahyâ ben Younis a transmis à notre ami une question dont voici ia teneur : Les philosophes, et en particulier Aristote, enseignent qu'il n’est pas permis de dire de Dieu qu'il soit sage, ou savant, ou puissant, et de lui appliquer ces attributs. On doit plutôt affirmer qu’il est non-impuissant, nonignorant, non-mortel. Une des conclusions les plus immédiates de cette définition de Dieu donnée par les philosophes
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est de se demander comment il est possible que le sein de Marie lait contenu et enfanté, qu'il ait grandi, que les Juifs l’aient méprisé, couronné d’épines, revêtu d’une robe de pourpre, qu'il ait baissé la tête silencieux quand ils se prosternaient devant lui pour l’adorer, comme le raconte l'Évangile, qu'il ait été attaché à la croix avec des clous qui perçaient ses mains, qu'il soit mort et ait été enterré. Comment a-t-il pu mourir et être enterré celni que ne contiennent pas les choses? Un homme sage ne se serait pas fait tout cela à lui-même. Etait-ce pour repousser quelque mal ou s’attirer quelque profit ou Jouissance ? Si l’on répond : c'était par sagesse et par bonté, il faut conclure que ce que [les Chrétiens] nous rapportent du Christ amène à admettre la perversité de la plus grande partie du monde. Les suive qui veut dans une pareille doctrine ».
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Réponse de Yahyà ben ‘Adi. — Nous répondrons à cette objection avec la grâce et le bon secours de Dieu. L'adversaire à rapporté au début de son objection la doctrine des philosophes et d’Aristote, d’après laquelle le Créateur ne connaîtrait rien. Or, il commet une erreur complète, puisque Aristote appelle le Créateur une intelligence et qu'il explique comment il comprend son essence. Il découle de sa doctrine que, puisque Dieu comprend son essence, il doit encore comprendre tous les intelligibles, car c’est la même chose de dire qu’il comprend son essence ou qu'il connaît l'essence des choses. En effet, s’il connaît son essence, et si l’un des attributs de son essence est d’être la cause de toute chose produite, puisque la cause en tant que cause est en relation avec les choses qui en dérivent,
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et qu'à leur tour, les choses en relation, considérées comme telles, ne peuvent être connues que si la chose avec laquelle elles sont en relation est elle-même connue, il faut, de toute nécessité, que Dieu connaisse toutes les choses dont il est cause. Cela démontre combien l’on se trompe en S'imaginant que, d'après la doctrine d’Aristote, Dieu ne connaît rien.
Quant à l'erreur de celui qui pense que Dieu ne peut rien, elle est évidente, à s’en tenir à Aristote qui enseigne que les choses existantes et corruptibles passent du nonêtre à l'être, et de l'être à la destruction. Il est done impossible qu'il y en ait quelqu'’une d’éternelle ou de noncréée, Le Créateur est, nous le savons, la cause de l'existence
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et de la production des choses. Mais tout être qui produit une chose doit nécessairement la produire par sa nature ou par sa puissance. Si c’est par sa nature, l'existence de l'agent ne peut précéder l’existence de la chose produite, pas plus que lapparition du soleil ne précède l'apparition de la lumière à un point quelconque de l'horizon éclairé. Dans les choses de ce genre, l'agent et la chose produite existent en même temps, et l’un ne peut exister avant l’autre. Comme les choses qui sont passées du nonêtre à l'existence ne peuvent égaler le Créateur sous le rapport de l'éternité, elles n’ont pas été produites de cette première manière. Si cela est impossible, le contraire est donc vrai, à savoir que le Créateur a produit les choses non par sa nature, mais par son opération, et qu'il aurait pu ne pas
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(DZ; Hsol,b5. — CIE Le. . — (3) H om. — (4) H om. les produire. En cffet, s’il n'avait pu s'empêcher de les faire, ces choses auraient une existence égale à la sienne, et il n'aurait pas existé antérieurement; mais comme il est manifeste qu’il a existé avant elles, sa puissance est donc évidente. Cela démontre clairement qu’Aristote et les autres princes de la philosophie ne pensent pas que le Créateur soit dépourvu de science ou de puissance. D'ailleurs, les Chrétiens n’ont pas emprunté leur religion aux philosophes, et il serait légitime, si ces derniers contredisaient nos dogmes, d’être d’un avis opposé.
En outre, si l’on admettait que le Créateur est dépourvu de science et de puissance, cela n’entraînerait pas nécessairement que les lieux ne puissent le contenir, les souffrances l’atteindre, les douleurs le frapper; pas plus que, s'il est savant et puissant, cela n’entraîne que les
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lieux puissent le contenir et les souffrances l’atteindre. Voilà ce que nous pouvons répondre à cette objection que l’on tirerait de la doctrine des philosophes.
Croire, comme le fait l’auteur de l’objection que, d’après la doctrine des Chrétiens, le Créateur, (loin de lui les blasphèmes des impies!') a été contenu dans le sein d’une femme, qu’il est né, à grandi, a mangé, a bu, qu'il a été méprisé par les Juifs, couronné d’épines, revêtu d’une robe de pourpre, crucifié, mis à mort, qu’il est mort ct a été enseveli, est une opinion inepte, car personne parmi les Chrétiens n’a jamais cru pareille chose. Une telle opinion de la part de leurs adversaires provient de ce que les Chrétiens appliquent au Christ le nom de Dieu, qu'ils
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