‹ Petits Traités Apologétiques de Yahyâ Ben 'Adî: Texte arabe, édité pour la première fois d'après les manuscrits de Paris, de Rome et de Munich et traduit en françaisChapitre 14 sur 22 · DANS · texte numérisé non relu

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l’appellent Dieu, et énoncent de lui toutes ces particularités qu'a énumérées l’adversaire. En effet, les Chrétiens appellent le Christ Dieu. Ils disent par conséquent que Dieu, lorsque par ce terme ils désignent le Christ, a habité dans le sein de sa mère, qu’elle l’a enfanté, qu'il a grandi, s’est développé, en un mot, que tous les attributs énoncés par l’adversaire lui sont applicables. Or , opinion que se forgent les adversaires des Chrétiens et le Jugement erroné qu'ils portent contre eux, provient de ce que ce terme « Dieu » est un homonyme auquel les Chrétiens donnent six significations différentes. En effet, il indique chez les Chrétiens tout être digne de vénération et de louange; David dit : «Le Dieu des dieux, le Seigneur parle». (1) Il est également

(1) Psaume 49. 1.

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raconté dans le Pentateuque que Dieu dit à Moise : «Je Pai placé comme un Dieu devant Pharaon».(1) Le mot Dieu désigne encore chez les Chrétiens, le Créateur qui est la substance du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il indique encore chacune des personnes prises séparément. Le Père est appelé Dieu, ainsi que le Fils et le Saint-Esprit. Ils appliquent également le mot « Dieu » au Christ qui est composé de deux natures : la nature divine et la nature humaine; et ils emploient la dénomination «Dieu» plutôt que «homme », quand il s’agit du Christ, donnant au mot Dieu ce sens spécial, parce que les hommes ont coutume de désigner les choses par ce qui s’y trouve de plus noble. Or, comme la plus noble des deux natures constitutives

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du Christ est la nature divine, ils donnent plus fréquemment au Christ cette appellation «Dieu». Quand donc il s’agit du Christ, ils l’appellent Dieu, et la chose désignée alors par ce terme «Dieu», est le Christ lui-même. Et parce que le Christ est composé de deux natures, dont l’une est la nature humaine, qui ressemble par son essence à celle de tous les hommes, comme rien n'empêche la nature humaine d’être contenue dans le sein des femmes, d’en naître, de grandir, de se développer, de manger, de boire, de se vêtir de telle ou telle manière, d’être méprisée, bafoüée, crucifiée, d'être mise à mort, ensevelie, d’endurer, en un mot, toutes les afflictions corporelles; de même,

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rien n’empêche Dieu, c’est-à-dire le Christ considéré comme homme, d’éprouver tout ce qu'a énuméré l'adversaire. Ce n’est pas impossible ni absurde, puisqu'il n’est pas impossible ni absurde que cela atteigne la nature humaine.

Si quelqu'un vient à dire : « Le Christ n’est pas composé seulement de la nature humaine, mais bien de la nature humaine et de la nature divine : comment done vous permettez-vous de lui appliquer ce qui a atteint en lui la nature humaine seule » qu’il sache celui-là que les hommes ont coutume dans leur langage d'appliquer au tout ce qui convient seulement à quelqu'une de ses parties. Ainsi l'usage est de dire : « j'ai vu Zéid », bien que l’on n’en ait

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vu qu’une partie, le visage par exemple, et non tout le corps; «nous sommes en Jrâq», parce que nous nous trouvons dans une ville quelconque de cette contrée, «nous sommes dans la maison », parce que nous occupons l’une des chambres de cette maison; «nous sommes dans la chambre», parce que nous occupons une partie de cette chambre [égale au volume de notre corps]. (1) De même l'usage est, quand il s’agit d’un homme étendu ou endormi, de dire qu’il remue, lorsqu'il remue un membre, même des plus petits. De même, les Chrétiens ont la faculté de donner au Christ les attributs qui s'adressent seulement à Ja nature humaine à l’exclusion de la nature divine,

(1) [ ] ajouté, d’après J K O.

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Pour ce qui est de la peur que l'adversaire veut faire aux Chrétiens, du but qu’il poursuit de ruiner leurs croyances et de les tourner en ridicule, en faisant croire que, d’après leur doctrine, la nature divine a subi ces infirmités précédemment énumérées, cela provient de son incapacité à percevoir la grandeur de la sagesse de Dieu, sa parfaite bonté, la perfection de son essence. Il fait en tout cela, preuve de peu d'intelligence ou de sottise et peut être comparé à celui qui voudrait travailler le diamant avec du plomb; il ne parviendrait pas à tailler le diamant, mais il montrerait sa faiblesse d’esprit et une ignorance excessive. En effet, notre homme suppose, premièrement, que les Chrétiens, bien que croyant la substance divine incorpo-

relle, admettent néanmoins que des affections corporelles 7*

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ou des accidents corporels peuvent l’atteindre, comme être contenu dans un lieu, naître, croître, manger, boire, se vêtir, être crucifié, frappé, mis à mort, mourir, être enterré, en un mot, éprouver toutes les affections semblables qu'a énumérées l’adversaire. Or, ces deux croyances n’ont jamais pu se trouver conciliées dans un seul homme. L’adversaire manifeste d’une seconde manière son ignorance, car la grandeur de la sagesse du sage éclate seulement par l'étendue des fautes sur lesquelles il a à se prononcer. Il ajoute : « Un sage ne se serait pas fait tout cela à luimême; serait-ce pour écarter quelque gêne, pour s’attirer quelque avantage ou jouissance» ? Il nous oblige à lui répondre et à lui demander : « O interlocuteur, (Dieu vous

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dirige!), vous devez être de ceux qui croient que le monde a un Créateur qui l’a tiré du néant et reconnaissent qu’il a envoyé ses prophètes et ses apôtres à ses serviteurs pour leur montrer le chemin de la vérité, les diriger dans la voie droite, les exhorter à la piété. Vous connaissez également ce que la Sainte Écriture nous raconte de l'accueil qu’ils ont trouvé auprès de ceux qu’ils venaient évangéliser, On n’a pas cru à leur prédication, on les a insultés, traités d’imposteurs, couverts d’opprobres, on les a tournés en dérision, on les a frappés, jetés dans des fournaises, exposés à la fureur des lions. Ceux d’entre les nations qui ont cru à leurs prophéties et y ont ajouté foi, n’ont pas douté que Dieu qui les envoyait haïssait ces mauvais

fol. 40

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traitements et ceux qni en étaient les auteurs; et cependant il les laissait faire et se montrait patient à leur égard. Cela ne marque pas, d’ailleurs, de l'indifférence de la part de Dieu et ne doit pas faire douter de sa sagesse. Il ne faut pas conclure, non plus, qu'il a été réellement vaineu par les hommes, où supposer qu'il a été impuissant à secourir ses serviteurs. Ce ne fut pas faiblesse de sa part, s’il ne tira pas une prompte vengeance de leurs injustes ennemis. Le croyant, au contraire, interprète tout cela comme une preuve de la sagesse, de la clairvoyance, de la providence de Dieu qui veut, en agissant ainsi, écarter le mal de ses fidèles et leur accorder ses bienfaits, cependant qu’il préserve leur esprit

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de le soupconner de négligence, de faiblesse ou d’indifférence. Ces persécutions, dont les hommes de Dieu ont été victimes, ne seront donc pas attribuées à la faiblesse, à l'incapacité, à l'impuissance de Dieu par celui qui sera fermement convaincu de sa sagesse, de sa toute-puissance, de sa bonté, de sa providence. Et l’on doit, de la même manière, interpréter les actions accomplies par Dieu le Christ qu'a énumérées l'adversaire dans le but de les dénigrer. Si les actions du Christ ressemblent à celles de Dieu qui est sage, puissant, bon, l'adversaire est réduit à cette alternative, ou de blâmer les opérations du Créateur, (qu’il soit exalté contre les blasphèmes des ignorants!) s'il blâme les opérations analogues du Christ, ou d'approuver les opérations du Christ, s’il approuve celles de Dieu.

fol. 40

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Si celui qui nous interroge ne croit pas au Créateur, il ne convient pas d’argumenter avec lui en cette forme, sur la question présente; mais il faut lui démontrer l'existence du Créateur, la mission confiée aux Apôtres, la vérité des faits rapportés dans les livres révélés, parmi lesquels l'Évangile jouit de la plus certaine authenticité. On ne peut alléguer, en effet, à son sujet, aucune des raisons qui feraient supposer la supercherie, La voie la plus directe et la plus concise pour faire cette démonstration est ce que nous allons dire,

L'Évangile qui témoigne de la véracité de ses auteurs et de tous les faits qui y sont rapportés, nous le trouvons accepté par une foule de nations dont Dieu seul sait le

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nombre, et que l'on ne pourrait facilement parcourir. L’on ne saurait supposer qu’elles se soient mises d’accord pour se laisser duper et l’on ne peut imaginer qu’elles se soient entendues pour composer des discours mensongers, tant leurs pays sont éloignés, différentes Jeurs habitudes, et diverses leurs langues. Nous voyons, dans l'Évangile, que ses prédicateurs avaient le pouvoir de faire des prodiges, d'accomplir des miracles, tels qu'aucun homme n’en peut produire, comme de guérir les malades, de ressusciter les morts, de commander à la vie, à la mort, aux choses inanimées, et autres prodiges semblables qui dépassent la puissance des créatures. On ne peut done s’empêcher de penser que ceux qui reçurent l'Évangile ont été capables de demander à ses prédicateurs d'opérer les prodiges

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rapportés dans ce livre et il faut nécessairement admettre qu'ils leur ont demandé de les opérer, pour éprouver les prédicateurs et pour observer ce que valait leur prédication. Si leur prédication n’avait pas été vraie, Dieu ne leur aurait pas permis d’opérér les prodiges racontés dans ce livre auquel ils voulaient faire croire, et la fausseté du livre et de ses messagers aurait apparu en même temps. Ces derniers convaincus d’imposture, leurs adeptes auraient eu le même sort. Cela étant, si les messagers de l'Évangile ont été crus, il faut nécessairement que cette foi se soit produite à la suite de miracles manifestes et de prodiges évidents, et, dès lors, l’on ne saurait douter de la vérité de ce qui est raconté dans l'Évangile. Si cette conclusion est

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rigoureuse, et si en maints endroits de l'Évangile, le Christ dit, et les auteurs de l'Évangile qui ont parlé sous l’inspiration de Dieu disent que le Christ est un Dieu fait homme, il faut admettre que c’est vrai, et l’on doit croire que le Christ est Dieu. Et puisque l’un des attributs de Dieu est de ne rien faire en vain, de regarder avec bonté ses serviteurs, de les combler de bienfaits, d’en écarter le mai, les opérations du Christ auront en conséquence ce même caractère.

La conclusion que l'adversaire apporte à son objection est celle-ci : «Si l’on répond : c'était par sagesse et par bonté », il faut conclure que ce que les Chrétiens nous rapportent du Christ amène à admettre la perversité de la

fol. 41

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plus grande partie du genre humain; les suive qui veut dans cette voie »; affirmation ridicule et sans vérité que l’adversaire apporte en guise d’argument, comme les axiomes évidents que s'imposent à l'esprit. C’est agir en homme qui ne discerne pas entre ce qu’il est facile d'admettre sans démonstration, et qu'un adversaire ne peut repousser tant cela saute aux yeux, à moins d’être poussé par l’orgueil et l’obstination, et entre ce que l’on peut discuter ou dont il est facile de démontrer la fausseté. Nous ne trouvons pas en effet, dans l'Évangile ou dans ceux qui l’ont annoncé, aucune cause de perversion pour ses adeptes ou pour les incrédules. Nous avons, en effet, démontré la droiture, la sincérité de ceux qui y ont ajouté foi. Quant aux inerédules, ce n’est pas l'Évangile qui leur fournit des raisons

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(1) es. — (2) H at. — (8) 0 Gino. — (4) O Sal. — (5) O ad. RE — Le texte de ce traité est un des Dé incorrects de tout te manuscrit; même avec le secours du fragment O certaines leçons restent obscures ; J et K donnent un texte très abrégé et ne peuvent être d'un grand secours.

pour ne pas y croire et pour le rejeter. Il est ainsi établi combien est fausse cette assertion de l’adversaire qui forme la dernière partie de l’objection.

A Dieu qui nous a aidé pour produire nos réponses, qui nous fortifie dans la démonstration de la vérité, louange éternelle !

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VII — Traïré DU DOCTE ŸAHYÂ BEN ‘ADi SUR L'ERREUR DE CEUX QUI DISENT QUE LE CHRIST EST UN PAR ACCIDENT.

Yahyâ ben ‘Adî a écrit : Nous sommes d'accord avec nos adversaires pour reconnaître que le Christ est un. (OR EP est évident à tout homme d’une intelligence saine qu'il est seulement permis de dire avec vérité d’une chose qu’elle est une quand son essence est réellement une. Puisque l'on peut dire véritablement du Christ qu'il est un, que son essence est réellement une, il faut, de toute nécessité, qu’il soit une substance ou un accident, et, dès lors, l’essence

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