‹ Petits Traités Apologétiques de Yahyâ Ben 'Adî: Texte arabe, édité pour la première fois d'après les manuscrits de Paris, de Rome et de Munich et traduit en françaisChapitre 4 sur 22 · É AN · texte numérisé non relu

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Cette manière d’être [de la première forme] ressemble à la manière d’être du Père, puisqu'il est le principe du Fils et de l'Esprit qui dérivent de lui. Le second état de cette forme, à savoir, sa reproduction dans le miroir opposé, nous donne l’image de l'Esprit qui dérive et procède du Père. Le troisième état de la forme qui revient à son principe et se reproduit dans le miroir d’où elle dérive, nous donne l’image du Fils, puisqu'il ressemble au Père sous deux rapports : 1°, il est la figure du Père et 2°, sa figure existe dans le Père sans en sortir. On voit donc que cette forme [de Dieu ou du miroir] considérée comme forme est une et non multiple, mais elle devient multiple

16 YAHYÀ BEN ‘ADÎ.

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si l’on considère trois manières diverses [qui lui conviennent] et qui font de la substance trois sujets ayant chacun une notion distincte des deux autres. Aucun homme jouissant de la raison ne saurait refuser de croire qu’il n'y ait de différence entre la forme qu’il perçoit dans le métal et celle qu’il voit dans le miroir opposé, et que cette forme et la forme réfléchie par le miroir adverse ne soient une seule et même forme [ou image].

On ne peut pas davantage douter que chacun des trois états ne présente une notion distincte des deux autres. La notion que nous donne la forme existant dans le métal, est distincte de l’image qui revient au premier miroir après s'être réfléchie dans le second, et le second miroir qui réfléchit le premier nous donne une image dont la notion

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est distincte des deux précédentes. [L’on voit done que la même image se rencontre dans trois états, et que l'attribution de ces trois états à cette image la rend multiple : nous avons l’image ou la forme du métal lui-même, image produite par réflexion dans le miroir opposé, et l'image du premier miroir réfléchie en lui-même : trois images distinctes les unes des autres.

L'image est distincte, non en tant qu'image, mais comine étant dans le métal poli, dans le miroir situé en face, et parce qu’elle revient au premier miroir d’où elle dérive. Il est donc établi clairement qu’elle est une en tant qu’image, mais que, si on lui adjoint trois états ou, si vous préférez, trois attributs, elle devient trois choses; donc elle est une comme image et multiple par ses attributs.

fol. 22v

18 YAHY À BEN ‘ADI.

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Cet exemple, parce qu'il est perçu par les sens, est plus facile à saisir que la comparaison tirée de l'intellect de l'intelligent et de l’intelligible et est plus accessible à ceux dont la compréhension s'élève difficilement au- dessus des choses sensibles.

Néanmoins, comme la comparaison avec l'intellect, l’intelligent et l'intelligible est plus adéquate et plus juste, nous allons l’exposer à son tour.

Tout ce que nous comprenons est perçu par l'intelligence, et l'intellect est une des choses que nous pouvons comprendre. Or, il est évident que l'intellect ne comprend que par Hintellout et qu’il est une essence existant réellement. La notion d'’intellect n'implique pas la notion

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d’intelligent en acte (âqil) ou d’intelligible (ma‘qoûl), et la notion d’'intelligible est différente de la notion d’intellect ou d’intelligent. Il apparaît à tout homme sain d’esprit que, puisque l’intellect perçoit son essence, il lui survient, en vertu de la perception de son essence, la notion d’intelligent, et, puisqu'il est lui même la chose que perçoit son essence, il est également l’intelligible de sa propre essence. Il mérite ainsi trois qualifications différentes : il est intellect [pur], il est intelligent, il est intelligible, tout en étant une seule essence; car ce qui est intellect est bien cela même qui est intelligent et intelligible. Cette

essence prend le nom d’intellect quand on la considère 2%

20 YAHY À BEN ‘ADI.

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abstractivement et sans l'accompagner d’une autre notion, et elle est le principe des deux autres qualificatifs qui lui sont justement attribués lorsque l’on ajoute à sa notion la notion de chacun d’eux. L’on peut dire ainsi de l’essence, considérée comme se représentant elle même, qu’elle est intelligente et, considérée comme représentée, qu’elle est intelligible. Il est encore évident que la notion de l’intellect considéré seul est le principe des deux autres notions d’intelligent et d’intelligible, puisque la suppression de cette première notion entraîne nécessairement celle des deux autres, tandis que l'existence de l’une de ces deux dernières suppose nécessairement la première. Nous avons donc là une ressemblance avec le Père, puisque le Père est le principe du Fils et du Saint-Esprit. Et comme la notion de l’intelligent subsiste dans l’intellect et sans .en

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sortir, et qu’ainsi son essence ne quitte point l’intellect et n’en sort pas, on peut le comparer au Fils, puisque la nature du Fils et ceile du Père sont une seule nature. Considéré comme intelligible, l’intellect peut être comparé au Saint-Esprit qui sort et procède du Père comme l’intelligible, en tant qu'intelligible, sort de l’intelligent et retourne vers Jui.

Nous venons donc d'expliquer comment l’intellect, l'intelligent et l’intelligible peuvent être comparés au Père, au Fils et au Saint-Esprit, puisque la substance de l’intellect est la substance de l’intelligent et de l’intelligible, et que l’intelligible [l’intelligent] et l’intellect forment une seule essence. Cette essence n’est pas multiple considérée comme essence, mais on peut lui appliquer trois attributs dont chacun diffère des deux autres, et, dès lors, elle admet

fol. 23

22 YAHY À BEN ‘ADÎ.

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la pluralité par l'intermédiaire de ces trois attributs, mais non considérée comme essence. Cela ressemble à la doctrine des Chrétiens touchant le Créateur :.il est une substance unique, exempt de tous modes de pluralité en tant que substance, et il admet trois attributs, ou, si vous aimez mieux, trois propriétés. Lorsque l’on ajoute à la substance ces trois notions, chaque composé, formé de la substance et de l’une de ces notions, diffère par son attribut ou propriété du composé obtenu par la substance et l’une des deux autres notions (1); mais la différence provient des propriétés et non de la substance.

(1) Yahyà répète souvent que les personnes sont identiques par la substance, et diverses par les propriétés. Le Père, c’est la substance et la notion de paternité; le Fils est la substance à laquelle s'ajoute l’idée de filiation; la procession et la substance c’est le Saint-Esprit, On voit de quelle manicre un composé, c’est à dire une

personne, diffère des deux autres par sa propriété et non par la substance.

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(1) Mq om. et remplace par 15$#e. — (2) Mq am. — (3) Mq

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Nous avons terminé la démonstration que nous avions annoncée, avec le secours de Dieu et sa bonne assistance; gloire à lui toujours!

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