‹ Petits Traités Apologétiques de Yahyâ Ben 'Adî: Texte arabe, édité pour la première fois d'après les manuscrits de Paris, de Rome et de Munich et traduit en françaisChapitre 5 sur 22 · GIBLE, NON À L’INTELLIGENT, ET SOLUTION DE LA DIFFICULTÉ À CE SUJET · texte numérisé non relu

GIBLE, NON À L’INTELLIGENT, ET SOLUTION DE LA DIFFICULTÉ À CE SUJET

Yahyà ben” Adi : Quelqu'un tiendra peut-être aux Chrétiens ce langage : Admettons que vous puissiez dire : le Père est le principe du Fils et du Saint-Esprit parce qu'il est à Jeur égard dans la situation de l’essence de l'intellect dépouillée de la notion d’intelligent et d’intelligible. Or l'essence pure est bien le principe de ce qui est constitué de cette même essence et d’une notion qui s’y ajoute.

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Mais je voudrais bien connaître vos raisons de comparer spécialement le Fils à l’intelligent plutôt qu’à l'intelligible et le Saint-Esprit à l'intelligible plutôt qu’à l'intelligent, alors précisément que vous reconnaissez qu'ils participent également à la substance, à la nature, à la puissance, à la gloire [divines] et que l’un n’y a sur l’autre aucun : avantage.

Réponse. — Pour affirmer que le Fils peut être comparé à l’intelligent et non à l’intelligible, nous avons le témoignage de l'Evangile qui nous apprend que le Fils s'est incarné à l’exclusion du Père et du Saint-Esprit. Il en résulte nécessairement que l’intelligent seul et non l'intelligible a quelque ressemblance avec le Fils. En effet, l’homme peut percevoir par son intelligence l'essence séparée, et [par cette opération de son esprit] il ressemble

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au Fils que nous avons comparé à ce qui perçoit l'essence séparée. Telle est la signification, [la nature] de l'union de l’homme avec Dieu le Fils. Mais l'intelligible ne peut dans l’homme devenir l'intelligent, car il ne peut comprendre une essence divine séparée, devenir cette essence et s'unir avec elle. Voilà pourquoi il lui est impossible de devenir cette essence séparée, et de s’unir avec elle, et pourquoi nous avons comparé spécialement le Fils à l’intelligent, non à l’intelligible, et le Saint-Esprit à l’intelligible et non à l’intelligent. (1)

(1) La note marginale — voir (4) — nous dit : «le traité de l'intellect, de l’intelligent et de l’intelligible, — traité précédent — nous fournit une autre réponse et meilleure que celle-ci». Le texte de la seconde

moitié de ce petit traité nous parait fortement altéré et l’argumentation de Ben ‘Adi reste obscure par excès de concision. Il veut dire sans doute : nous savons que le Fils s’est uni avec la nature humaine; on peut done le comparer à l’intelligent qui, au moment de la connaissance, s’unit avec l'essence abstraite de la chose connue et fait un avec elle. Mais l’intelligible, c'est-à-dire la chose perçue en acte, ne peut inversement devenir l’intelligent, c’est-à-dire l’intellect qui le perçoit et s'unir de cette manière avec lui. Voilà pourquoi on lui compare le Saint-Esprit qui ne s’est pas uni avec la nature humaine. ;

- La leçon Axa Y| Li5 essence divine est douteuse: d'autre part, le peu d’étendue de ce traité ne permet guëre d'affirmer qu'il contienne une allusion à la théorie de l’éntellect séparé, un pour tous les hommes, théorie en germe dans Aristote, et développée plus tard par l'Averroïsme.

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La première question qui m'a été faite est celle-ci : «croyez-vous qu'entre les personnes de la Trinité il y ait quelque différence ou n’y en a-t-il aucune?» Nous disons simplement qu'il y a entre elles une différence à un point de vue et qu'il n'y en a pas à un autre point de vue, sans qu'il y ait pour cela contradiction ou impossibilité, car il s’agit de deux points de vue différents. La preuve en est qu'il existe des choses entre lesquelles il y a des différences à tel point de vue et non à tel autre. Par

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exemple, il n'y a pas de différence entre l’homme et le cheval au point de vue de l'animal, il y en a sous le rapport du raisonnable, et du non-raisonnable. Mais affirmer que parce qu'il n’y à pas entre les personnes de différence, elles doivent être une seule et même chose c’est mal raisonner; car, bien que deux choses prises au hasard n'aient point de différence entre elles, il ne s’en suit pas qu’elles soient une seule et même chose. L'on trouve, en effet, des choses distinctes par leur nature, comme la substance, la quantité, la qualité, et en un mot les dix catégories, dont chacune est distincte de l’autre par sa nature, sans qu'il y aît entre elles d’autre séparation. Dire, comme le fait l'adversaire, que toute distinction entraîne la diversité est une erreur grossière, parce que si toute distinction en-

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traîne (litt. a) la diversité, la diversité n’est pas la distinction, car ce qui a une chose quelconque est distinct de la chose qu'il a. En outre, si la diversité, n’est pas la distinction, il y a donc entre l’une et l’autre, d’après le raisonnement de l’adversaire une [autre] distinction, et cette distinction à son tour, toujours d’après le même raisonnement, entraîne la diversité avec les conséquences précédemment établies (il faudra ainsi aller à l'infini]. Or une série infinie de choses existant réellement en acte est impossible. Cette affirmation de l’adversaire «la diversité doit être nécessairement substantielle ou accidentelle» est une proposition incomplète; en effet, il existe des principes de diversité distinguant les choses qui ne sont ni substantiels, ni accidentels. (Lorsqu'on les applique à des choses diverses comme lorsque le regard réunit ou sépare les objets, il se produit deux

PETITS TRAÏTÉS APOLOGÉTIQUES. — III. ol

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(1) Tout ce passage est altéré dans le ms. et inintelligible; J K n'ont pas le passage correspondant. — (2) JL, 2$5; K Les. — (8) H ele"? — (4) H om.

choses différentes qui distinguent les couleurs et les corps. Deux substances résultent des couleurs, et deux accidents résultent des corps.)(1) L’adversaire dit : «si l’on prétend que la distinction est substantielle, les personnes doivent alors être d’un genre différent et inégales en nature». Mais c'est une conclusion fausse, et la preuve en est que l’on trouve des êtres, distingués par des différences substantielles, et égaux dans leur nature. Par exemple, l’homme et le cheval différent par une marque essentielle : le raisonnable et le non-raisonnable, et ont en commun une seule nature, l'animal, ox l'animal est l’un des genres de la substance. Il ajoute : «les choses distinguées par une différence sub-

(1) Voir à propos du texte arabe entre crochets, p. 9.

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stantielle ne sont pas une substance unique»: assertion fausse, si on l’énonce de cette façon absolue, puisque l’homme, le cheval et tous les composés de matière et de forme, sont, en tant que substances composées, une substance unique appartenant à l’une des trois classes de la substance. Il n’est pas davantage nécessaire, comme il le prétend, que les adeptes d’une telle doctrine renoncent au christianisme, puisque nous avons démontré la fausseté des principes sur lesquels est établie cette conclusion. Prétendre encore que si la distinction entre les personnes est accidentelle et non substantielle, Dieu doit être perçu par quelque sens, ou par tous les sens, est une affirmation gratuite, risquée, avancée sans ombre de preuves,

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et que l'adversaire énonce comme il ferait les premiers principes de l'esprit dont la vérité est reconnue de tous sans conteste. Mais c’est agir en homme qui ne distingue pas entre les premiers principes de l'esprit et les autres jugements. Prise de cette façon générale, son affirmation ne tient pas debout, comme le prouvent des constatations que nous faisons dans les choses. En effet, le Créateur est distinct de toutes les créatures, puisqu'il les a toutes produites, qu'il leur conserve la vie et les fait mourir. Or ces distinctions entre lui et les créatures ne lui sont pas substantielles puisqu'elles n’ont existé pour le Créateur qu'après un temps où elles ne lui convenaiént pas. Il est encore évident que le Créateur ne peut être perçu par les sens, pris séparément ou tous ensemble. L’adversaire émet

encore une opinion fausse quand il affirme que tout ce

fol. 25.

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que perçoivent les sens est un corps. Ils perçoivent, en effet, les couleurs, les sons, les goûts, les odeurs, la chaleur, le froid et autres qualités sensibles, et il n’y a rien dans tout cela qui soit un corps. Cette autre affirmation «tout corps à besoin de temps et de lieu» est également gratuite, parce que, si chaque corps avait besoin de lieu, il serait nécessaire que les corps existants en acte fussent en nombre infini. Le lieu, en effet, est simplement la surface enveloppante prise dans le corps déterminé qui entoure le corps localisé, et il est évident que toute surface est la limite d’un corps(1). Le corps localisé à done besoin d’un autre corps dont la surface intérieure formant le lieu lui

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Naturalis auscultationis, Lib. IV, cap. IV; T. II, p. 290.

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