APPELLENT PERSONNES
Yahyà ben ‘Adi, fils de Hamid, fils de Zakariyâ a dit: nous nous proposons dans ce traité de démontrer comment ies Chrétiens ont raison de croire qu’il y a dans le Créateur, dont les noms sont saints, unité de substance et trinité de personnes, et nous réduirons à néant cette opinion de leur adversaire qu’ils doivent admettre trois substances
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parce qu’ils professent que chacune des personnes est Dieu {sans qu'il y ait plusieurs substances ou plusieurs dieux).
Nous démontrerons en outre l'erreur et l’impiété de certains chrétiens ignorants qui s’imaginent que les trois personnes sont les essences de trois sujets dont chacun diffère des deux autres par sa nature même, et non par une propriété particulière appelée paternité pour la première personne, filiation pour la seconde, procession pour la troisième, car ils devraient en conséquence reconnaître que le Créateur est trois substances et trois dieux. Or ce n’est pas là ce que croient leurs docteurs et les hommes versés dans leur doctrine. Il n’y a, pour s’imaginer et croire de telles choses, que celui qui a peine à concevoir des formes
fol. 27
46 YAHY À BEN ‘ADI.
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intelligibles séparées de la matière parce qu'il est habitué aux choses sensibles et qu’il n’accorde quelque réalite qu'à elles et à ce qui leur ressemble.
Nous disons donc : lorsque les adversaires des Chrétiens leur entendent affirmer d’un commun accord que le Créateur est une substance unique et trois personnes, et que chaque personne est substance et Dieu, ils pensent que ces affirmations sont en contradiction les unes avec les autres.
Cette idée fausse provient chez eux de ce qu'ils croient impossible que l’un ait des attributs opposés. «La notion de trois, disent-ils, exclut la notion d’un; trois est plusieurs, un n'est pas plusieurs; un est le principe de trois et de tout nombre; trois n’est principe ni de lui même, ni d’au-
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cun nombre; trois est divisible, un n’est pas divisible; si par hypothèse l'on supprime un, l’on supprime trois nécessairement, tandis que la suppression de trois n’entraîne pas celle de tous les nombres; un est en puissance tous les nombres, il n’en est pas de même de trois. Il est donc démontré, disent-ils, que ces deux attributs, c’est-à-dire trois et un, s’excluent réciproquement; et puisque les Chrétiens les appliquent tous deux et en même temps, à un seul sujet, il faut en toute rigueur que leur assertion soit contradictoire et leur doctrine inadmissible». Tout ce raisonnement n’est pas rigoureux. En outre, parce que les Chrétiens disent : le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, le Père n’est pas le Fils ou le Saint- Esprit, le Fils n’est pas le Père ou le Saint-Esprit, le
fol. 27%
48 YAHYÂÀ BEN «“ADÎ.
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Saint-Esprit n’est pas le Père ou le Fils [les adversaires des Chrétiens] se figurent qu'ils doivent reconnaître trois dieux, dont chacun serait différent des deux autres. Ils tombent dans cette erreur parce qu'ils croient que si deux attributs peuvent être appliqués à un seul objet, chacun de ces deux attributs doit convenir à l’autre: or, cela n’est pas rigoureusement vrai. Nous disons que le Créateur ne doit pas être trois substances bien qu’il soit trois personnes dont chacune est appelée substance, et voici comme on peut le démontrer. Il est évident, sans l'ombre d’un doute, que si un homme, Ztid par exemple, à un fils, ‘Amr, nous aurons raison de l'appeler : père de ‘Amr; s’il a une taille de quatre coudées, nous.aurons raison de dire qu'il a quatre coudées, et nous aurons encore raison de
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l'appeler médecin s’il est médecin. Il est en outre évident que la notion « père de ‘Amr >» n’est pas la notion «taille de quatre coudées », ni la notion «médecin», et cependant il est bien clair que nous avons raison de dire : « Celui qui a une taille de quatre coudées est un homme, ou encore ce médecin est un homme [ou encore : le père de ‘Amr est un homme]» sans qu’il faille pour cela que Zéid soit trois hommes, car il est un seul homme, et il n’est pas multiple considéré comme homme. Il ne faut pas davantage que le Créateur soit trois substances, bien qu’on lui attribue trois notions dont chacune n’est pas les deux autres, et
dont chacune est qualifiée d’être substance. De la même
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50 YAHYÂÀ BEN ‘AD.
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