‹ Petits Traités Apologétiques de Yahyâ Ben 'Adî: Texte arabe, édité pour la première fois d'après les manuscrits de Paris, de Rome et de Munich et traduit en françaisChapitre 8 sur 22 · MES · texte numérisé non relu

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manière, l’on démontrerait qu’il n’est pas nécessaire de reconnaître trois dieux bien qu’il s'agisse de trois personnes dont chacune est qualifiée d’être Dieu. En effet, les trois personnes ne sont pas distinctes l’une de l’autre par la notion de substance ou la notion de Dieu, puisque c’est dans ces notions qu’elles sont unes et identiques. Elles sont différenciées seulement par la paternité, la filiation, la procession qui apportent à chaque personne sa propriété particulière; mais la notion de substance et la notion de Dieu, que l’on attribue à toutes ensemble, est une et identique et n’admet aucune différence.

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Ce qui précède démontre à quel point se trompent ceux qui croient que les Chrétiens reconnaissent que la même chose est trois sous le rapport où elle est une. Les Chrétiens ne croient pas que par cela même où le Créateur est substance, par cela même où il est Dieu, et, en un mot, par toute notion où il est un, il soit trois, ni parce qu'il est un il soit trois; ils pensent seulement qu’il est un par la substance et par la divinité, et trois par les propriétés qui, appliquées à la substance, déterminent les personnes. Ce qui précède doit suffire pour démontrer l'erreur des adversaires des Chrétiens dans toutes ces opinions que nous avons rapportées.

Quant aux Chrétiens ignorants, incapables de comprendre les pensées dépassant la matière, qui s’imaginent qu’il faut

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raisonner sur les choses de l'esprit comme sur les choses sensibles, ils tombent dans cette erreur de croire que le sujet qui reçoit la propriété de la paternité et en est déterminé, n’est pas le sujet qui reçoit la propriété de la filiation ou de la procession et que chacun de ces sujets diffère des deux autres, non seulement par la paternité, la filiation ou la procession, mais encore par quelque chose en dehors de ces propriétés; cette erreur sera mise en évidence par trois chefs d'arguments qu'admettra tout homme doué d’une intelligence saine.

[Nous alléguerons], tout d’abord, les premiers principes perçus par notre intelligence; ensuite la doctrine que les Chrétiens surtout doivent recevoir et confesser et que nous ont transmise certains livres de l'Ancien Testament, comme

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le Pentateuque et les Prophètes, et du Nouveau Testament, comme l'Évangile, le livre des Apôtres, c’est-à-dire les Actes, les épitres des Apôtres, le livre de l’apôtre Saint Jean, ou encore les traités des Docteurs, comme Denys, Grégoire, Basile le Grand, Jean Chrysostome et autres Docteurs qui suivent leur enseignement et que reconnaissent les trois sectes chrétiennes. Troisièmement enfin, nous produirons la croyance commune de tous les Chrétiens.

C’est une des premières vérités perçues par l'intelligence que tout être est nécessairement substance ou accident, et que toute différence entre deux êtres divers doit être sub-

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stantielle ou accidentelle. Quand il existe entre deux choses quelconques une différence substantielle, ou bien la première n’est identique à la seconde en rien de substantiel, ou bien elle lui est identique en quelque chose de substantiel. Lorsque une chose est identique avec une autre en quelque chose de son essence, il faut nécessairement qu'il y ait entre les deux une différence essentielle d’où résulte leur distinction. Si une substance est distincte d’une autre par quelque chose d’essentiel, il faut nécessairement que ce qui est propre à l'essence de l’une ne soit pas ce qui est propre à l’essence de l’autre, et il est, dès lors, vrai de dire qu’elles sont substance, mais non une seule substance.

Une doctrine commune aux trois sectes chrétiennes, conforme à l’enseignement des livres révélés de l'Ancien et

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du Nouveau Testament, des Docteurs que nous avons nommés et de leurs disciples, c'est que le Créateur, dont les noms sont saints, est une substance et non plusieurs substances à un point de vue quelconque. Il est trois personnes; la notion de chaque personne, en tant que personne, n’est pas la notion des deux autres, et il n’y a de différence entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit que par la paternité, la filiation et la procession.

Maintenant que nous avons énoncé et expliqué ces principes, nous demanderons à qui prétend que les sujets sont trois, et chacun différent des deux autres : « Ces trois sujets ne doivent-ils pas nécessairement être tous substances ou

fol. 29

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tous accidents? ou les uns substances et les autres accidents » ? S'il répond : « Ce n’est pas rigoureux », il est condamné par l’un des premiers principes qui s'imposent à notre intelligence, d’après lequel tout être est nécessairement substance ou accident, S'il répond : « L'une de ces alternatives s'impose », nous reprendrons : « Si tous ces sujets sont substances, et si chacun est différent des deux autres, la différence entr’eux ne peut être que substantielle ou accidentelle, en vertu de l’un des premiers principes perçus par notre intelligence qui nous dit que, lorsque deux choses quelconques sont différentes, leur différence est nécessairement substantielle ou accidentelle. Si leur différence est accidentelle, elle n’est donc pas substantielle, et le principe qui les différencie doit être ou la paternité, la filiation,

PETITS TRAITÉS APOLOGÉTIQUES. — IV. 91 + ls Gil ae RE JAI ul HIS JB ob sde ,é ” el | SSI SV He n Lino let 9e NL SUN 5 39 | al Jb D|9 + dus Lis NN Golel ee Ge les SOIE PRE, 4 AS GN| 5°) où GE Y 4 JU let slt ce pe Slide Ce DOG Jos SN Sale SNL EI est le oi Ab 5 ts lsz still co og le Ya eee BU a lets

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la procession, ou quelque autre chose ». S'il répond : « C’est bien la paternité, la filiation et la procession, et rien d'autre », il est en conformité de sentiment avec tous les Chrétiens, et il n’y à pas de désaccord entre lui et nous. Mais sil répond : « Le principe de la différence de ces sujets est distinct de la paternité, de la filiation et de la procession, il abandonne la doctrine commune des Chrétiens selon laquelle il n’y à d’autre différence entre les personnes que la paternité, la filiation et la procession. S'il répond : « La différence entre les substances des sujets est une différence essentielle», il faudra alors qu'une personne ait en commun avec les deux autres quelque chose d’essentiel ou bien qu’elle n’ait rien d’essentiel, et les trois personnes

fol. 29

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devront différer non seulement par la paternité, la filiation et la procession, mais encore par leurs sujets; or, cela est contraire à la commune doctrine des Chrétiens qui veut que les personnes ne soient distinctes les unes des autres que par la paternité, la filiation et la procession; la fausseté de cette opinion est donc encore manifeste.

En effet, la substance de chaque sujet ne serait en rien identique avec la substance des deux autres, quoique par hypothèse toutes fussent des substances. Ainsi, pendant qu'elles devraient être identiques dans la notion de substance, elles seraient et ne seraient pas identiques; et c’est là quelque chose d’impossible. S'il répond : « Chacune des personnes est distincte des deux autres par quelque

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chose d’essentiel », il faut alors que ce qui est particulier à la substance de l’une ne soit pas ce qui est particulier à l’autre; et l’on devra reconnaître trois substances et non une substance unique. C’est encore une opinion contraire à la commune doctrine des Chrétiens. S'il répond : « Tous les sujets sont des accidents », nous lui dirons : « Ces trois accidents doivent avoir une différence particulière, c’està-dire être identiques dans une partie de leur essence et divers en une autre partie», or, l’une et l’autre de ces deux hypothèses excluent de la religion chrétienne, puisque tous les Chrétiens conviennent que les personnes ne sont distinctes les unes des autres que par la paternité, la filiation et la procession. Comme donc les Chrétiens sont unanimes sur ce point de la seule distinction des personnes par la paternité, la filiation, et la procession, il est évident

fol. 30

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