Cf. l'excursus L
2. Le lettere, p. 383. Cf. les lettres de Salutati sur VAfrica, dont la première est du 24 mars 1375 (Novati, t. I, p. 199 sqq. Cf. t. IV, p. 278).
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ment leur porte aux transcripteurs qui leur arrivaient de divers côtés.
Un pape bibliophile, Grégoire XI, qui semble avoir partagé bon nombre des idées de Pétrarque, venait à peine de recevoir l'annonce de la mort du grand homme, qu'il chargeait le cardinal vicaire en Italie, Guillaume de Noellet, de procurer à la librairie d'Avignon ses œuvres complètes \ La Toscane n'avait pas tardé à envoyer prendre des copies du même genre ; on en a plusieurs directement tirées des manuscrits originaux par Fra Tedaldo délia Casa et datées de 1378 à Padoue ^ Enfin, comme VAfrica, à la suite du projet abandonné de Coluccio, était restée ignorée au cercle florentin, un de ses membres les plus actifs, le jeune Nicolô Niccoli, se rendait à Padoue et en rapportait, avec d'autres ouvrages, le poème tant désiré \ Petrarcam, lui fait dire un contemporain, tanti semper feci ut usqiie in Patauium profectus siim, ut ex proprio exemplari lihros suos transcriberem ; ego enim primus omnium Africam illam hue adduxi, euius quidem rei iste Colueeius testis est ^.
Pour la bibliothèque proprement dite, il est un document qui devrait, semble-t-il, suffire à nous renseigner ; c'est le
1. II août 1374 : Postquam illo caremus, lihros eius habere nimium affectamus. Circiimspectio7iem itaque tiiam hortamnr attente, qiiatenus de lihris eius per fidelem iniiestigatorem inquirifacias diligenter, potissimede Africa, eglogis, epistolis, inuectiuis, lihris de uita solitariaet aliis, quae ipsiuii ex praecipuo Dei dono miro lepore aiidiuimus texuisse, illosque pro nohis per scriptores intelligentes facias exemplari et exemplatos cures ad nos per fidos delatores illico destinare (Ehrle, t. I, p. 143; publié déjà par Meneghelli et Theiner, mentionné inexactement par Marini, Archiatri, t. II, p. 21).
2. V. l'excursus V et Zardo, p. 254 sqq. Dans un article Per Vedi^ione critica délie opère del P., Arnaldo délia Torre relève l'intérêt des copies de Tedaldo (Boll. degli atti del Comitato pel VI Centenario di F. P., n» 3, Arezzo, 1904).
3. Ce voyage est postérieur à 1382 (G. Zippel, N. Niccoli, Florence, 1890, p. 13).
4. Leonardi Briim Aret. dial. de trihiis uatibus Florentinis \ad. P. P. Istrum], éd. Wotke, Vienne, 1889, p. 26; ed. Klette, Greifswald, 1889, p. 72 (cf. p. 78 et 82).
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testament très étendu et très complet que Pétrarque a rédigé à Padoue, le 4 avril [370 Il y dispose de ses biens de la façon la plus minutieuse ; il lègue par exemple une madone de Giotto à François de Carrare, et beaucoup d'objets ou sommes d'argent à des amis ; mais le seul livre qui soit mentionné est son grand bréviaire acheté à Venise, son bréviaire de chanoine, qu'il lègue au custode de l'église de Padoue pour servir après lui à l'usage perpétuel des prêtres de cette église ^ . Le légataire universel est Brossano ou, à son défaut, Lombardo, et le testateur adresse à l'exécuteur de ses dernières volontés des recommandations assez nombreuses. On en attend une relative au trésor qui lui tenait le plus au cœur et dont il s'était promis d'éviter la dispersion ^; son silence absolu à cet égard cause une surprise.
Ce silence n'a point été expliqué ; mais il semble qu'il le serait assez, si on tenait un compte suffisant de l'engagement pris par le poète envers la République de Venise. Pétrarque, en effet, n'avait point à faire mention de la bibliothèque dans son testament, si, en réalité, il s'était interdit par un acte public tout droit d'en disposer. Traduisons, pour y voir
1. Scripsi manu propria Paduae in âomo ecclesiae qiiamhabito, anno Dni 1370 prid. non. yi/)r. (Fracassetti, éd. des Fam., t. III, p. 544).
2. Preshytero. .. lohanni a Bocheta cnstodi ecclesiae nostrae... Ea tamen lege... iit post eitis ohitiim remaneat in sacristia ecclesiae Paduae ad ohsequiuni perpetuum presbyteroruni, ut ipse preshyter lohannes et alii orent, si eis placeat, Christum et beatani Virginem Mariani pro me. Un prétendu legs de livres de P. à la bibliothèque capitulaire de Padoue, répété par beaucoup d'auteurs, repose sur une confusion avec ce bréviaire (Scarabello, Délia bibl. del rev^'^o Capitolodi Padova, Padoue, 1839, p. 9). J'ai cherché vainement à Padoue les traces de ce volume (déjà cité p. 62, n. 2) offert par le chapitre au pape Paul V; celui qu'on croyait alors le bréviaire de P. serait passé au palais Borghèse à Rome et Cozza-Luzi croit l'avoir identifié avec le ms. exposé depuis 1891 dans les vitrines de la Vaticane (// breviario di F. P., dans VArcadia de 1892, t. IV, p. 179). J'ai examiné attentivement le ms. sans trouver, sur un volume qui aurait été un des plus familiers au poète, le moindre signe extérieur venant à l'appui de la tradition.
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parfaitement clair, les pièces conservées dans les actes du Grand-ConseiP. Voici d'abord l'offre de Pétrarque :
c». François Pétrarque désire, s'il plaît au Christ et au bienheureux Marc l'évangéliste, faire hériter [l'église de ] celuici d'un certain nombre de livres qu'il a maintenant ou qu'il pourra avoir un jour, à cette condition qu'on ne les vende, ni ne les disperse de quelque façon que ce soit, mais qu'on les conserve à jamais en un lieu spécialement choisi, bien à
j. Je crois pouvoir répondre du texte suivant, l'ayant pris moi-même aux Archives des Frari (Magg. Cons. Deliher. Reg. 26, f. 85) :
Die iiij sept.
Considerato quantum ad laudem Dei et beati Marci euangeliste ac honorem et famam ciuitatis nostre futurum est illud quod offertur per dominum Franciscum Petrarcham, (cuius fama hodie tanta est in toto orbe quod in memoria hominum non est iamdudum inter Christianos fuisse uel esse philosophum moralem et poetam qui possit eidem comparari), acceptetur oblatio sua secundum formam infrascripte cedule scripte manu sua, et ex nunc sit captum quod possit expendi de Monte pro domo et habitatione sua in uita eius per modum affictus, sicut uidebitur Dominio, Consiliariis et Capitibus uel maiori parti ; cum procuratores Ecclesie Sancti Marci offerant facere expensas necessarias pro loco ubi debuerint reponi et conseruari libri sui. Et est capta per vj Consiliaros, tria Capita xxxij de xl et ultimo duas partes Maioris Consilii. Ténor autem dicte cedule talis est :
Cupit F. beatum Marcum euangelistam, si Christo et sibi sit placitum, heredem habere nescio quot libellorum quos nunc habet uel est forsitan habiturus, hac lege quod libri non uendantur neque quomodolibet distrahantur, sed in loco aliquo ad hoc deputando, qui sit tutus ab incendiis atque imbribus, ad Sancti ipsius honorem et sui memoriam, nec non ad ingeniosorum et nobilium ciuitatis illius quos continget in talibus delectari consolationem qualem qualem et commodum perpetuo conseruentur. Neque appétit hoc quia libri uel ualde multi, uel ualde preciosi sunt, sed sub hac spe quod postea de tempore in tempus etilla gloriosa ciuitas alios supperaddet e publico, et priuatim nobiles atque amantes patrie, ciues uel forte eciam alienigene, secuti exemplum, librorum suorum partem supremis suis relinquent uoluntatibus Ecclesie supradicte; atque ita facile poterit ad unam magnam et famosam bibliothecam ac parem ueteribus perueniri, que quante glorie futura sit illi Dominio nemo literatus est puto nec ydiota qui nesciat. Quod si Deo et illo tanto patrono urbis uestre auxiliante contigerit, gaudebit ipse F. et in Domino gloriabitur se quodammodo fuisse principium tanti boni. Super quo, si res procédât, forte aliquid latius scribet. Verum ut aliquid plus quam verba ponere in tanto negocio uideatur, uult hoc facere quod promisit etc.
Pro se intérim et pro dictis libris uellet unam non magnam sed honestam domum, ut quicquid de ipso humaniter contingeret non posset hoc eius propositum impediri ; ipse quoque libentissime moram trahet ibidem, si bono modo possit ; de hoc enim non est ad plénum certus per multas rerum difficultates ; sperat tanien.
(L'ancienne table des actes désigne ainsi le document : Oblatio D. Fran. Petrarche et promis io domus a coinmiini .)
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l'abri de l'incendie et de la pluie, pour l'honneur de la mémoire du donateur et aussi pour la consolation et l'avantage des lettrés et des nobles de cette ville qui savent s'y plaire. Son désir ne suppose pas que les livres soient bien nombreux ou bien précieux, mais il a l'espoir que plus tard, de temps en temps, cette glorieuse cité en ajoutera d'autres aux frais de l'État et que des particuliers nobles et aimant leur pays ou même des étrangers, suivant l'exemple donné, laisseront par leurs dernières volontés une partie de leurs biens à ladite église et qu'ainsi la collection pourra devenir une grande et fameuse bibliothèque égale à celle de l'Antiquité. QjLielle gloire en reviendra à cet État! Savants et ignorants le comprennent également. Si cela arrive, avec l'aide de Dieu et de l'illustre patron de votre ville, François se réjouira et se félicitera dans le Seigneur d'avoir été en quelque sorte l'initiateur d'un tel bien. Il récrira peut-être à ce sujet plus longuement, si l'affaire se poursuit... En attendant, pour lui-même et pour lesdits livres, il voudrait avoir non pas une grande, mais une convenable maison, afin qu'aucune circonstance fâcheuse ne puisse empêcher la réalisation de son projet, et il séjournera lui-même dans la ville très volontiers, pourvu qu'il le puisse aisément, car de cela il n'est pas absolument sûr à cause de nombreuses difficultés; il l'espère cependant. »
Arguant du mot cupit par lequel elle commence, on a soutenu que cette pièce ne constituait pas un acte véritable de donation et que, par conséquent, les intentions de Pétrarque étaient restées à l'état de projet Il est évident, au contraire, qu'un contrat est intervenu entre le poète et la République, et l'existence en est attestée par l'acceptation solennelle enregistrée par le Grand-Conseil. Le 4 septembre
j. V. dans Zardo, p. 313, la lettre de N. Anziani, par ailleurs fort judicieuse.
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1362, cette assemblée prenait la délibération suivante : « Considérant combien servira à la gloire de Dieu et du bienheureux Marc l'évangéliste et à l'honneur et renommée de notre ville ce qui est proposé par messer François Pétrarque (dont la gloire est telle dans le monde entier, qu'il n'y a eu de mémoire d'homme et qu'il n'y a pour la chrétienté nul philosophe moraliste et poète qui puisse lui être comparé), son offre sera acceptée suivant les termes de la cédule écrite de sa main et transcrite ci-dessous. On prendra dès à présent sur le Monte la dépense qui pourra être consacrée à sa maison et habitation à vie, par mode de location. » La délibération ajoute que les procurateurs de Saint-Marc sont disposés à faire les frais nécessaires pour installer les livres suivant le vœu du donateur. Rien ne manque, on le voit, à la précision de cet acte gouvernemental. Pour exceptionnel qu'il soit, le contrat n'est pas moins en forme. Il a même reçu un commencement d'exécution par la magnifique hospitalité offerte au poète dans le palais du quai des Esclavons. Il ne tenait qu'à lui d'en jouir jusqu'à la fin de ses jours, et, de fait, il ne cessa point d'y être chez lui ' : lui-même prévoit, dans son testament, le cas où il mourrait à Venise, pour indiquer le lieu où il voudrait être enterré ; bien loin d'avoir rompu avec cette ville après son départ, il y revient encore quelques mois avant sa mort ^ . duels qu'aient pu être les derniers sentiments de Pétrarque envers la République, sa sympathie diminuée ne suffit pas à le soustraire sans indélicatesse à un contrat dont Saint-Marc
1. Dans la biographie de P. par Girol., Squarzafico dédiée à Fier Contarini, on lit, sur cette période dernière de sa vie : Accitus qiiandoqiie Venetias ueiiiebat, tanquam rerum nouarum cupidus et ut amicos reuiseret... Patritios, qui hahenas regiminis habebant, semper in niagno pretio habuit, îit abunde demonstrant epistolae (en tête des éd. de Bâle, et dans Solerti, Vit. cit., p. 355).
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avait fidèlement exécuté les conditions et dont il avait eu, lui-même, pendant tant d'années, les bénéfices.
L'engagement de Pétrarque était de notoriété publique et rien n'était venu, depuis lors, établir qu'il eût la moindre intention d'y manquer. Il a pu éviter d'y faire allusion en son testament, soit par égard pour Carrare, sous les yeux de qui devait passer cette pièce et qui, en 1370, était déjà en mauvaises' relations avec Venise, soit, parce que ses exécuteurs testamentaires avaient reçu ses instructions d'une façon sufiisante Si ces instructions étaient, comme tout le laisse croire, conformes à la loyauté de Pétrarque et à son désir de laisser ses livres réunis en un lieu sûr à l'usage du public, il est malheureusement certain qu'elles ne furent pas remplies. Aucune sorte de livraison ne semble avoir été faite à la République et il ne reste pas de trace des réclamations officieuses qu'elle put adresser. Il est permis de penser que le seigneur de Padoue, de qui dépendaient en grande partie l'exécution du testament du poète et les intérêts de sa famille, fit traîner l'affaire en longueur et chercha à frustrer une ville rivale d'un trésor qu'il était homme à apprécier et qu'il devait souhaiter garder pour la sienne. Ces intentions purent même être connues assez promptement, ce qui expliquerait la demande faite par Boccace à Brossano et les bruits mis en circulation alors en Italie. La grande guerre de Chioggia, qui commença bientôt entre Padoue et Venise, et où la République fut sur le point de périr, trancha définitivement la question. Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort qu'on a accusé tant de fois la négligence et la coupable inertie des Vénitiens, qui auraient
I. Le testament, sur Lombarde : Qui plane meum animum nonit. Les volumes exceptés du legs avaient purecevoir une note spéciale de P., comme tend à le prouver celle de l'Horace (v. chap. IV), qu'il voulait qu'on conservât dans sa famille.
P. DE NoLHAC. — Pétrarque. 7
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laissé pourrir dans une chambre de l'église Saint-Marc les richesses léguées par Pétrarque. On n'a point songé combien il était peu vraisemblable de prêter un tel oubli à la Venise des Giustiniani et des Barbaro; et l'imagination de quelques érudits du xvii^ siècle a seule donné une importance au lot de manuscrits détériorés, trouvés dans cette chambre, pour la plupart postérieurs à Pétrarque et dont aucun ne peut venir de lui \ L'honneur littéraire de Venise, répétonsle, n'a rien à voir en cette affaire.
Si les livres du poète n'ont pas été remis à Saint-Marc, que sont-ils devenus? Ici Poggio nous renseigne, par l'oraison funèbre de Niccoli ; malgré le temps écoulé, le grand humaniste florentin devait être bien informé, par des gens qui avaient connu Pétrarque et ses héritiers et par Salutati lui-même : Francisais Petrarca, dit-il, habuit ingentem copiant libroriun, qui post eius mortem omnes uenundati et uariis hominibus dispertiii sunt \ Cette dispersion, comme on l'a vu plus haut, ne peut être antérieure à l'année 1379 ^. Les manuscrits étudiés dans le présent livre fournissent à l'appui
1. J'ai pu en 1889, aidé par Castellani, faire disparaître de la Marcienne les restes de l'erreur traditionnelle; on y montrait encore, avec une inscription attribuée à P. le fameux Vocahulario Ciimano. (Cf. Cod. Cumanicus... primum ex intégra ed. Géza Kuun, Budapest, 1880, p. vu). Dix-sept mss. furent désignés par Fr. Olmi comme provenant du legs de P., à la suite de la recherche de 1634, suggérée aux procurateurs de S. Marc par B. Capello et Tommasini ; la liste a été donnée par Tommasini, dans la seconde éd. du Petrarcha rediuiuus (Padoue, 1650, p. 72), puis par Zanetti avec des différences. Morelli fut le premier à élever quelques doutes, admis par Valentinelli (Bihlioth. maniiscr. S. Marci Venetiariim, Venise, t. I, 1868, p. 8) et fortifiés par Anziani (lettre citée). Il est inutile de faire une bibliographie plus longue. J'ai repris un à un tous les volumes, dont plusieurs sont du xve siècle et où l'antiquité classique est à peine représentée ; il n'y a pas une seule trace de provenance de P. dans la collection.
2. Poggii Flor. opéra, Bâle, 1538, p. 276. Aucune mention des livres de P. n'existe dans le recueil de Gottlieb, Ueber Mittelalterl. Bihliotheken, Leipzig, 1890.
3. La dispersion de la collection de Boccace, pour avoir été plus tardive, n'en a pas été moins complète. V. l'étude de Novati sur le catalogue de la « libreria parva » de S. Spirito pubhè par Goldmann (Giorn. stor., t. X, p. 415 sqq.), et
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de l'opinion de Poggio le témoignage de leurs marques de provenance. Dès la première moitié du xv^ siècle, ils se montrent dans les lieux les plus divers : le Tite-Live se trouve à Sarzana, chez les Fregoso ; l'Apulée est à Rome, chez Nicolas V ; l'Horace est vendu à Vérone et appartient successivement à plusieurs propriétaires ; un des textes de V Histoire Auguste est aux mains du florentin Manetti, tandis qu'un des Cicéron a passé chez les Malvezzi, de Mantoue ; plusieurs volumes sont en la possession de particuliers, à Venise, à Milan, à Padoue même Toutefois un très grand nombre figurent à Pavie, dans la bibliothèque des Visconti, et il est presque certain que cette collection a recueilli le groupe le plus important de nos livres.
François de Carrare, qui avait eu à intervenir personnellement dans le règlement de la succession de Pétrarque et s'était occupé du sort de ses œuvres inachevées, avait dû donner son consentement à la vente de la bibliothèque ; mais son goût pour l'Antiquité et son respect pour le poète, dont il avait été l'ami, l'invitaient à s'y réserver la part du lion. La tradition en est conservée par une souscription du xv^ siècle, relative à la présence entre ses mains du Can^oniere original \ Beaucoup d'autres manuscrits, et des plus
le livre d'Oskar Hecker, Boccaccio -Funde, Stûcke aus der hisîang verschoîlenen Bibliothek der Dichters darunter von Seiner Hand Geschriebenes Fremdes und Eigenes, Braunschweig, 1902.
1. A Milan, le Térence (non retrouvé); à Padoue, les autographes qui passèrent ensuite chez les Bembo, peut-être le ms. de la Cité de Dieu, qui fut chez les Augustins de cette ville ; à Venise, le recueil de lettres aujourd'hui à la Marcienne, qui porte des notes autographes de Francesco Barbaro.
2. Oueste rime ad Ucteram furono sumpte dal originale del Petrarcha et con quello fedehnente scontrate. Del quale a tua informatione si corne di felice et richo thesoro rimase herede il magnanimo et gradito signore di Padova, il quale di poi per sua huma, nità corne gracioso signore si degno mandarlo per dono singulare et grande al facundissimo poeta Messer Coluccio Salutati cancelliere in quei tempi délia magnijica comfnunità di Firen^e... Je dois communication de ce documenta l'amicale obligeance de Cari Appel, qui l'a tiré du Vat. 4786.
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précieux, accompagnèrent cet exemplaire chez Carrare ; mais il n'en jouit pas longtemps. Trop jaloux d'imiter les exploits des héros romains dont il avait fait peindre l'image dans son palais, il ralluma la guerre contre Venise, et après des alternatives diverses, fut écrasé par l'alliance de la République et de Giangaleazzo Visconti. Le 14 novembre 1388, le malheureux prince dut céder son domaine et tous les biens de sa famille au seigneur de Milan ' et allait mourir à Como quelques années plus tard. La reggia de Padoue fut alors dépouillée au profit du château de Pavie des trésors qu'elle contenait, et ce n'est pas un prince ami des lettres, comme était le vainqueur de Carrare, qui pouvait y laisser les livres. De fait, plusieurs volumes du catalogue de la bibliothèque de Pavie paraissent de provenance padouane \ Un de ceux qu'on a conservés porte même le nom de François de Carrare répété par un enlumineur et qu'on a essayé de détruire, à l'époque où a été jetée en surcharge au frontispice la guivre milanaise \ Ce volume indique bien le passage de la bibliothèque des Carrare dans celle des Visconti et explique, par suite, la présence en celle-ci d'un si grand nombre de livres de Pétrarque. Tous ceux que Carrare s'était fait donner ou avait achetés des héritiers du poète furent sans doute, à peu d'exceptions près, retrouvés à Pavie.
Le premier duc de Milan, qui n'oubliait pas la littérature dans le butin de ses victoires et qui joignit aux manuscrits de Carrare une partie de ceux du chapitre de Vérone, avait à cœur d'entretenir le souvenir de l'intimité du poète avec sa famille ^\ il se rappelait que les conseils de Pétrarque