‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 109 sur 362 · CATULLE · texte numérisé non relu

CATULLE

lecture plus attentive, non de Pétrarque, mais des poètes romains, a fait surgir en foule les rapprochements qu'il trouvait si rares ; on peut même dire qu'aucun poète mieux que Pétrarque n'a cultivé Tart délicat de faire passer les beautés littéraires d^une langue dans iine autre et de nourrir son style d'ingénieuses réminiscences \ Le détail de cette recherche, il est vrai, prête souvent à la discussion*. Sans me priver entièrement des indications qu'elle peut fournir, j'ai cru devoir prendre, pour reconnaître l'état des connaissances de Pétrarque sur les poètes latins, une route moins attrayante, mais plus sûre.

L'étude des manuscrits du poète modifiera, je crois, quelques-unes des idées reçues dans la critique pétrarquesque sur le sujet. On l'a vu déjà à propos de Lucrèce, sur le témoignage de Pétrarque lui-même. La question relative aux élégiaques peut être résolue également à l'aide des scholies de l'Ambrosienne.

On a dit que les citations de Catulle existant dans les œuvres imprimées de Pétrarque ne sont pas faites avec assez de précision pour qu'on en puisse conclure absolument qu'il étudiait le recueil de première main'. Observons déjà que le dépouillement qui appuyaitcejugementn'apas été bien complet, puisqu'au lieu de deux renvois à Catulle on en trouve aisément

1. Pour ses poèmes latins, il a défini lui-même dans quelle mesure il admettait l'imitation (Fam. XXIII, 19); en pratique, il en faisait un plus large usage. La même lettre nous laisse voir combien on lui était désagréable en lui montrant dans ses œuvres un de ces hémistiches de Virgile dont elles sont pleines.

2 V. les Considerazioni souvent rééditées de Tassoni; A. Zingerle, KUine philolog. Ahhandl.^ fasc. I, Innsbruck, 1871, p. 8 sqq ; Carducci, Rime di F. P, sopra arg, stor.^ tnor. e div, Saggio di un testo e eommento nuovo, Livourne, 1S76, passim. Je ne serais pas toujours d'accord sur la certitude des rapprochements avec les divers auteurs, surtout avec Zingerle.

3. « CatuU wird zweimal[citirt], aber nur in sehr unbestimmter Fassung erwàhnt, Tibull und Properz werden, wenn wir uns recht entsinnen, nie genannt. » (Koerting, p. 487, avec renvoi à Rem. I, 59 et II, préf. — Le second de ces passages vise Cal. XXXIX, 16; mais je ne puis retrouver celui auquel P. fait allusion par les mots: Officium uile [pastoris], laudatnm licet a mnltis, unie altos n Catullo Veronensi).

cinq s sans compter plusieurs mentions de son nom ' et probableinent plus d'une réminiscence'. Remarquons ensuite que les poètes erotiques inspiraient à Pétrarque une certaine répugnance ; il s'est expliqué à cet égard en termes qui peuvent étonner, mais non laisser de doute ^ ; il était impossible qu'il se complût à citer de tels écrivains, et, s'il l'a fait relatiment aussi souvent pour Catulle, c'est qu'il avait ses poèmes présents à l'esprit et y avait prêté une certaine attention. On serait embarrassé, au surplus, de retrouver ces textes dans des auteurs antérieurs à Pétrarque, car l'antiquité n'a guère cité le poète véronais et le moyen âge l'a à peu près ignoré*. L'un des rares auteurs contemporains de Pétrarque qui montre avoir jeté un coup d'oeil sur Catulle est son ami, l'historien de Vérone, Gulielmo da Pastrengo, qui en fait quelques cita-

1. Sen., XI, 3 (Op, 884), cit. de I, 4, qui peut être empruntée à la préface de VHist. nat, de Pline ; Var, 32 {Apud Catullum Lesbia^ merelricio amore saucia, passerem suum fleuit exlinctum, ila tamen ut oculorum aciem perderet, non ut animam exhalaret)^ allusion à III, 18; Var. 38, cit. de XLIX, 1.

2. Cf. Fam, IX, 4; Rem. I, 69; II, 125; EcL X, v, 54 (Op. II, p. 19);- Epist. II, 11, V. 67; lïl, 30, v. 19 (fip. Il, p. 95 et 114).

3. Une seule m'a frappé les yeux, Conlr. med. II (Op. 1093); Vos si gloriae cupiditas tangit, in uento et aqua seribite. Cf. Catulle, LXX, 4 :

In uento et rapida scribere oportet aqua.

Rapprocher sans doute dans le sonnet Heato in sogno :

...e scrivo in vento.

4. Lire dans Bem. I, 69 (De gratis amoribus) Talinéa qui répond à la phrase : Non flebo sed canam^ meque ipsum, more amantium, carminibus consolabory et qui commence ainsi: Est hoc quidem de quo multa dici possunt, et quando hue me trahis, insistam. Inter multas, fateor, mira haec amantium amentia, non solum apud uulgus, ubi consuetudine in naturam uersa furor omnis excusabiliSy sed apud utriusque linguae doctissimos. Nam et poetas Graiorum et uestros, quaedam de alienis, multa de suis amoribus plausibiliier conscripsisse compertum est, atque unde infamiam merebantw eloquentiae gloriam consecutos... Ce n'est pas ici le lieu de discuter les idées qu'éveille la contradiction entre ce morceau et le Canzoniere ; il est certain toutefois que p. faisait une différence profonde entre ses vers d'amour et l'œuvre toute voluptueuse des poètes païens.

5. On sait que c'est à Vérone que Catulle sortit de l'oubli, et seulement dans la première moitié du xiv« siècle. Cf. Haupt, Opusc., t. I, p. 1 sqq., et Benoist, Comment, crit. et explic. sur le texte de Cat.^ Paris, 1882-90, p. 349.

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