MARTIAL
29 de Tépître 23 à Paulin : Clandestinas, Sedmalej Ug[ticcio] el doctissimi, A la fin de l'épître de Symmaque, f. 24', il daigne sourire et met en marge : Facetissime , Mais, en somme, il s'intéresse peu à cette poésie de la décadence et n'a pour Ausone rien de l'admiration souvent exprimée par les humanistes postérieurs.
Pétrarque passe pour avoir connu Martial; cette opinion me semble fort douteuse. Il y a, il est vrai, deux distiques de ce poète, insérés sans nom d'auteur dans un chapitre du Remedium qui ont dû, sans doute, donner lieu à cette affirmation*; et peut-être en est-il d'autres qui m'ont échappé. Mais il ne faut pas oublier que Martial a été utilisé pour les florilèges moraux du moyen âge et Pétrarque a pu fort bien y prendre les quelques vers qu'il a cités. De plus, le nom de Martial' n'est jamais prononcé par Pétrarque, alors qu'il étale si volontiers sa connaissance nominale des auteurs anciens et qu'il a même trouvé dans ses lectures mention de celui-ci \ Ce silence me fait refuser d'admettre, jusqu'à preuve du contraire, qu'il ait eu sous les yeux le recueil des Épigrammes.
Il ne parait pas avoir lu non plus les Astronomiques de Manilius, poète dont le nom manque de même à ses œuvres. Quant aux Eglogues de Calpurnius, son ami Pastrengo, le lecteur de Catulle, lui en avait promis une copie : Exspecto, écrivait Pétrarque, Calpiiniu bucoHcum carmen et tuam Varronis agriculturam ; ualde enim memini si quid mihi promitlitur^; il est probable qu'après ce rappel l'ouvrage lui est parvenu. Il a eu entre les mains une rédaction des sen-
1. Ce sont Epigr. XIV, 73 (Psittacus) et 76 (/>tca) : Rem. I, 64. L'allusion à Martial faite, selon Rossetti, à la fin de Téglogue X de P. n'est rien moins que sûre, non plus que l'emprunt à Epigr. VIII, 8, que le commentateur prête gratuitement à P. au même passage.
2. Ni celui de Coquus sous lequel on le désignait souvent (Pastoret a fait de Coquus « un poète inconnu » cité par Jean de Salisbury ; Hisl. litt. de la France, t. XIV, p. 160.)
3. Martial paraît, pour V, 29 (contra Gelliam), dans V Histoire Auguste (Alex. Sev. 38) ; dans le ms. de Paris 5816, étudié plus loin, le nom se présente ainsi : Ut marlialis cochi etiam epigramma significat... et P. lui-même a remarqué en marge : Martialis Cocus.
4. Fam. XXII, 11. Ce Calpurnius était peut-être à la bibliothèque capitulaire de Vérone.
tences de Publilius Syrus si répandues au moyen âge et réunies avec les sentences tirées du pseudo-Sénèque De moribus\ Il invoque plusieurs fois ce mimographe qu'il nomme Publius et dont il loue la concision ; il connaît les citations qu'en fait Macrobe et aussi celles d'Aulu-Gellc ; mais il parle expressément du recueil des Prouerbia Senecae, dans une notice spéciale sur Syrus, et en y faisant de larges emprunts*. Quant aux autres noms de poetae minores qu'on rencontre dans Pétrarque, on peut penser qu'ils sont cités de seconde main.
Les poètes de l'époque chrétienne appellent une observation curieuse. Il semblerait qu'ils aient dû plaire à un lecteur assidu des Pères et du Psalmiste; il n'en est rien. Cet ardent croyant a, pour la poésie qui célèbre la foi et les martyrs, un véritable dédain. 11 la néglige plus qu'il ne l'ignore. Juvencus, Prudence, Sedulius, Arator passent, en effet, sous sa plume dans son énumération faite par jeu de tous les poètes anciens qui ont écrit en langue latine*; il s'autorise de l'exemple de ces pieux auteurs, auprès de son frère le chartreux, pour se justifier de sacrifier aux Muses*. Mais, s'il sait se servir de leur nom pour plaider sa cause personnelle avec une naïveté qui sent la ruse, il se soucie fort
1. Cf. Hauréau, Notices et extr. de quelques mss. lat., 1. 1, Paris, 1890, p. 233.
2. Publium, quem in philosophis inseruit Seneca^ ab hislrionibus non excludam .. Quaedam eius praecepta sensibus uberiora quam uerbis in Saturnalibus annumerata sunt.., Quae^ tametsi nescio qualiter^. omnia fere Senecae Prouerbiis inserla reperiam^ siue ipse, sine aller ^ siue quispiam de alieno liberalis fuerity proprio tamen auctori surripiendanon arbitror (Rer. mem. ill,3; Op. 457. Cf. Ber. mcw. 11,3).
3. Us sont désignés, suivant le système allégorique de l'églogue X, par un jeu de mots sur leur nom (0/?. II, p. 21):
Unus eral rutilus diuini ruris arator...
Huic cornes^ hinc prudens^ hinc sedulus aller aranti...
Ilispanum nostra modulantem uoce iuuencum.
Ausone est indiqué plus loin par le même procédé. Le passage relatif à Juvencus est dans les additions du ms. autographe (La bibliolh. de F. Orsini, p. 287).
4. Fam. X, 4 : Ut Prudentium, Prosperum atque Sedulium et ceteros praetermitlam, quorum solula orationé nihil omnino, metrica uero cernuntur opuscula. Noli ilaque, frater, horrere quod Chrislo amicissimis ac sanctissimis uiris placuisse cognoscis.