‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 217 sur 362 · SON GOUT DU DETAIL BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

SON GOUT DU DETAIL BIOGRAPHIQUE

Mais, s'il porte dans la composition historique des préoccupations plus élevées, il est loin de dédaigner comme lecteur ce qu'il rejette comme auteur. Il est avide, au contraire, de minuties et des détails individuels, et les marges de son manuscrit témoignent qu'il a eu l'attention retenue, non seulement par les anecdotes de caractère, mais encore par celles qui n'ont qu'un simple intérêt de curiosité*. Quelques sommaires de la vie d'Hadrien suffiront à appuyer cette assertion : F. 3, Militariter per omnia; f. 3', Peregrinationes Hadriani; f. 4, Studia Hadriani. Pictura. Mores. Crudelitas, Emulatio, Cupiditas famé , Dicendi genus ; {, 4', locus balnearis. Pèregrinandi cupiditas, Frigoris patientia; f. 5, Citiilitas. Memoria. Dicacitas, Equorum amor et canum. Liber torum contemptus, Cibiis ; f, 5', Amicitie. Disciplina ciiiilis, Mor^ bus et morbi causa. Suspitiones ; f. 6, Vite tedium. Statura. Signa mortis. Ce volume est, en somme, celui qui nous révèle le mieux le goût de Pétrai'que pour la petite anecdote et le détail vivant de l'histoire.

Si ces historiens l'intéressent, il ne va pas jusqu'à leur porter grand respect. Outre qu'il trouve assez souvent à les rectifier pour des questions de fait', il n'hésite pas à mettre sur les marges des critiques d'autre genre : F. 58, sur un passage trop brusque de détails de moeurs à des indications d'ordre administratif (A/^x. Sev. 39, p. 244, 25): Hec essent nec opportuna hic. F. 73, il reproche de l'obscurité au mot eorum [Max. et Balb. 4, p. 54, 27) : Quorum ? confusa res est. F. 83', il se moque de la croyance d'après laquelle l'image d'Alexandre le Grand portait bonheur [Trig. tyr. 13, p. 104, 10: dicuntur iuuari in omni actu...) : Mallem fernte

quae digna notilia^ sed indigna slilo censui, tiiuis nuntii uocibus cornmisi. Sen. XV, 5 (XIV, 6; Op. 938, à Gerardo).

1. Le Palat. fournit quelques ex. du même fait. Dans Ant. Pins: Parcitalem palris Adriani in re priuata secuhis hic in re publica (p. 38, 4, f. 17), Insolens pedagogus (p. 40, 12, f. 18), Facela dicacitas (p. 41, 13, f. 18), Mitissimus princeps milissime periit (p. 41, 13, id.), etc. Au f. 164: Vir summe fortiludinis^ si gladios ut carra digilo depellere potuisset ! (t. Il, p. 95, 25).

2. Ex. : F. 42', Heliog. 31, p. 215, 21 (Neronem quingentis carru^ cis...) : Imo mtnquam minus mille. Tranquillus in 6® Cesarum. F. 87', Claud. 2, p. 123, 10: Moyses uixit cxxv annis secundum istum^ uere autem cxx. Deuleronom. c« ullimo.

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inadiiUus semper esse, quam hoc credere uerum esse, aut dici eiiam nisi ab insanis \ F. 91, il s'étonne du préambule de Vopiscus à la vie d'Aurélien, où Tite-Live, Salluste, Tacite et Trogue-Pompée*, sont habilement nommés et taxés de mensonge {Aur. 2; p. 137, 16): Notai ystoricos, immeriler putOy precipue primos duos ; un peu plus tard, il croit n'y voir que rartifice oratoire d*un prétentieux écrivain : Sed hic uult se miscere cum magnis. Mira arte.

Pétrarque a revisé son texte avec tout le soin possible. Plusieurs des leçons qu'il a mises aux marges sont adoptées par les éditeurs \ Il a cherché, comme on l'a vu, à rétablir, au moins pour la lecture, Tordre des biographies troublé dans le manuscrit. Il s'est aussi occupé des éclaircissements historiques. Il a fait de nombreux renvois d'un passage à l'autre. F. 1 ', à propos des sortes Vergilianae au début de la vie d'Hadrien, il met en marge : Sortes, Sic est in uita Alexandri prope principium; F. 6, à propos du tombeau d'Hadrien à Pouzzoles [Hadr. 27) : Reliquie tamen Romam reuecte sunt, ut infra sub Antonino Pio, et condite ubi scis. Est-il besoin de rappeler que Pétrarque songe au Château Saint-Ange* ? Il s'attache particulièrement à identifier les personnages qui passent dans le récit ; au f. 7, par exemple, à un passage, incertain pour le texte, de la vie d'Aelius Verus, 5, il observe : Confusa res uidetur, sed non est; duo enim sunt uniusnominis, pater et filiusy primus ab Adriano adoptatusy secundus ab Antonino Pio, Post proximo c. col. 5* in

1. Dans le Palat.j au même passage, f. 167', P. s'était contenté de marquer : Attende de Alexandro Magna,

2. Cf. une autre énumération d'historiens, f. 102 (Prob, 2, p. 185, 23 : Et mihi quidem id animi fuit non ut Sallustios, Liuios, Tacites, Trogos atque omnes disertissimos imitarer uiros..,^ sed Marium Maximum, Suetonium Tranquiltum.,, Aelium Lampridium ceterosque^ etc.) Un tel passage a dû vivement intéresser Pétrarque ; il en a souligné ainsi l'importance à ses yeux : Nomina ysloricum primi et secundi ordinis. La nature de l'œuvre de Trogue-Porapée lui était connue par la Cité de Dieu (cf. Op. 1080) ; le nom de Tacite, dans une telle compagnie, n'éveillait-il pas un grand regret ?

3. J'ai vérifié quelques leçons: f. 22', 25, 25', etc. Quelques-unes des corrections du Palat, lui appartiennent aussi.

4. La Moles Hadriani manque à la description de Rome au temps de Scipion, dans VAfrica (v. p. 264) ; elle est rappelée dans Fam., IV, 2.

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medio *. Les rapprochements avec d'autres auteurs que ceux du recueil sont assez rares. On trouve Suétone cité trois fois, Aulu-Gelle, Lucain et Solin, chacun une fois', Pline, une fois, sur Set\ 21 : De Tulliifilio, Reqiiire Na. Yst, l. 4^, c, ultimo^. Pétrarque rapproche un usage d'Antonin le Pieux d'un usage de Tibère rapporté par Josèphe*. L'habitude qu'avait Commode de se brûler la barbe et les cheveux pour éviter le fer d'un barbier [Comm. 17), le fait songer à un détail lu dans Cicérou : Similis Dyonisio Siculo, de quo 2^ Officiorum non procul a principio^. Il reconnaît et marque en marge des vers de Virgile et de Térence ; la parole d'Héliogabale dans une orgie [Erubuit, salua res est! HeL 11) lui suggère cette réflexion, f. 39: Feda et amens exclamatio. Et est Terentii in Adelphis^. Dans le manuscrit du Vatican, ces citations marginales sont encore moins nombreuses ; Pétrarque y cite Pline, sur un point insignifiant^ et deux fois Homère pour des rap-

1. Le ms. porte : qui adoptatus est a marcha, uerus certe cum marcha et cum eodem. P. a exponctué a, en remplaçant par cum (Cf. Jordan et Eyssenhardt, p. 30, 15). — Notes et renvois sur les deux Faustine: f. 10 et 11.

2. F. 25, 42', 72. — F. 25' (in Nactibus AthiciSy sans le nom d'auteur. — F. 26. — F. 96'.

3. F. 32'. Spartien dit: Quid de Tullia, cui sali melius fuerat libéras nanhabere? (Une glose de P. explique sali par solitario). P. fait ici un retour sur sa propre paternité, comme celui de Fam. XXI II, 12 : Scripsil Officiâtes libros ad Ciceranem filium nit patris habentem praeter namen.,. Heu^Marce TuUiuirinsignis, sedinfelixpater î Tout le morceau est dicté visiblement à P. par le souvenir de son Giovanni.

4. F. 9 (i4n/. Pius^ 8, p. 38, 29): Similis in hac mare Tiberio. Recuire 6« losephum. lunge Nigri cansilium^ quod est in itita eius, in média,

5. F. ^2. Souvenir moins complet au Palat.j f. 43': Dyanisium Syracus.tyrannum imitatur. — Dans Aur. 39, Par.^ f.96', le mot Atheniensium étant corrompu au ms., P. ne comprend pas à quoi se rapportent les mots qui suivent (cuius rei etiam Tullius in Philippicis meminil = Phil. I, 1) et, consultant en vain sa mémoire, écrit : Tullius rei patest meminisse, non haminis.

6. F. 39. Le rapprochement de P., qui vise Adelph, 643, a échappé aux derniers éditeurs. Ils notent avec lui Eun. 426, dans Num, 13 {Palat,^ f. 212': Verbum Terentianum. — Paris.y î. 108: Terrentius in Eunucha),

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