TACITE
Tamitié des deux humanistes et le désir qui les animait d'aider aux travaux Tun de l'autre excluent cette explication. D'ailleurs, quel intérêt y eût trouvé le Florentin? Il n'a jamais cherché à dissimuler sa trouvaille * : il cite Tacite expressément dans ses Genealogiae deoriim et dans son Comento sxjlv Dante, et s'il ne mentionne pas son nom dans le De claris mulieribusy où sont ses principaux emprunts, c'est qu'il n'entrait pas dans son dessein d'étaler les sources de son livre et qu'il n y a, en effet, nommé personne. Boccace aurait-il négligé de prévenir son ami, supposant, comme une chose naturelle, qu'il avait déjà cet historien dans sa riche bibliothèque? La chose est possible*; mais je serais porté à croire, au contraire, qu'il a été question de Tacite entre eux, soit dans une de leurs conversations, soit dans quelqu'une de ces lettres qu'ils échangèrent en si grand nombre et dont si peu nous sont parvenues'. Pétrarque, aussitôt instruit de l'existence d'un historien nouveau, a dû s'empresser d'en réclamer une copie ; si ce vœu n'a pas été exaucé et si Boccace n'a pas multiplié les exemplaires de Tacite, cela tient à des causes que nous ignorons, et sans doute, avant toute autre, au peu de temps que le recueil est resté entre ses mains. Cette explication, en tous cas, doit être préférée à celle qui prêterait à Boccace une intention de plagiat ou de jouissance égoïste d'un livre rare, sentiments étrangers, on peut le dire, à cette génération héroïque de l'humanisme.
1. Il en prête un qualemits à Niccolô di Montefalcone, et le lui réclame de Naples en janvier 1371 {Boccace et Tacite, p. 31).
2. Une objection peut venir à l'esprit : Comment P. n'aurait-il pas interrogé Boccace sur les citations de Tacite ou sur les anecdotes romaines, prises à Tacite sans indication de source et inconnues de lui? Je réponds que P. n'a pu voir le Comenlo, travail commencé après sa mort, ni probablement les Genealogiae sorties des mains de l'auteur en 1373 au plus tôt (Hortis, p. 158, n.); quant au De claris mulieribus, qui est bien antérieur, il a reçu des remaniements de Boccace et, d'ailleurs, il n'est pas prouvé que Pétrarque Tait lu.
3. Qu'on se rappelle le titre donné par P. à la seule lettre de Boccace qu'il nous ait conservée : Una ex mille {Par. 8631).