‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 302 sur 362 · LÉON PILATE · texte numérisé non relu

LÉON PILATE

que le nouveau venu serait chargé au Studio d'un cours public de grec, comptant en profiter lui-même le premier. Bien qu'aucun témoignage n*y fasse allusion, on peut penser que ce ne fut pas le seul amour des lettres qui décida les magistrats florentins à cette création ; Boccace dut faire valoir à leurs yeux les avantages qui résulteraient de la connaissance du grec pour les transactions commerciales et les relations politiques. L'enseignement du Calabrais porta surtout sur la langue vulgaire, la seule dont il fût en état de transmettre les notions*, et il n'y eut guère que deux ou trois amis de Boccace qui se joignirent à lui pour chercher à tirer profit du maître nouveau au point de vue de leurs études littéraires*. Leur engouement fut d'ailleurs très vif; Boccace hébergeait Pilate et recueillait les paroles de ce faux docte avec un empressement qui fait sourire\ Pétrarque était tenu au courant des travaux et des projets du petit groupe ; mais le principal fruit qu'il attendait du séjour de Pilate à Florence était la .traduction.

Il s'agissait d'abord d'avoir un manuscrit du texte. Au besoin, Pétrarque devait prêter le sien ; mais il y en avait un autre à Padoue, qui était à vendre et sur lequel on interrogeait notre poète. Il répondait à Boccace, de Milan, le 18 août 1360: Quodpetis extremum est uidelicet Homeri libnirriy qui uenalis erat Patauiiy si ut rerh emerim, tibi accomodem.

Rein Lehen und s. Werke, Stuttgart, 1877, p. 188) supposait que Boccace amena Pilate à Florence en 1354. Je ne rappellerais pas cette erreur, si elle ne se retrouvait en des livres récents.

1. V. plus loin les formes grecques dans les rubriques de ses traductions et l'observation de Psichari, Essais de gramm. hisior. néo-grecque, 2- p., Paris, 1889, p. cm.

2. Lettre de P. à Homère, Fam. XXIV, 12: Quod atitem Fesulana ualtis et Ami ripae non nisi très tibi nmicos tulerinl^ mirari desine; salis est, multum est, plus est quam sperabam in palria lucro dedita très Pierios spiritus inuenisse. Et tamen ne diffidas; magna frequensque est ciuitas ; quartum, si quaeris, inucnies... Les mots lucro dedita appuieraient ma supposition sur le motif qui put décider la création de l'enseignement éphémère de Pilate.

3. Sane quicquid ex eo recito, ah eo uiua uoce referenti percepi ; nam eurn legentem Homerum et mecum singulari amicitia conuersanttm fere tribus annis audiui, ncc infînilis ab eo recilatis, iiergente etiam aliii cura animum, acrior su/fccisset memoria, ni schedulis commendnssem (fien. deor. XV, 6).

quando, ut ais, aller ab oltm mihi est, quem Léo noster tibi atque aliis studiosis conterraneis nostris e graeco in latinum uertat. lllum ego librum uidi, sed neglexi, quod meo impar uisus esse t. Haberi autem facile poterit, illo agente qui mihi Leonis ipsius amicitiam procurauit, cuius apud illum efficaces eruni litterae et ego meas adiciam. Si is forte nos frustratur liber , quod non suspicor, tune meus praesto erit\ Ce fut vraisemblablement ce manuscrit, que Pétrarque avait renoncé à acquérir pour lui, qui passa entre les mains de Boccace*. Dès le mois d'octobre, en tous cas, Léon Pilate était à Tœuvre et Pétrarque exprimait, dans une longue épître à Homère, la joie qu'il éprouvait de savoir la besogne commencée : Unus uir nostro te latinum saeculoreuehit. Non, hercle, auidius neque diutius Ulixem tuum sua Pénélope expectauit quam ego te. lamque mihi sensim spes abibat; praeter enim aliquot tuorum principia librorum, in quibus uelut exoptati amici supercilium procul ambiguum et raptim uibransy seu fluctuantis comae apicem intuebar^ latini nihil obtigerat, nihil dénique sperabatur ubi te cominus contemplarer..,, Vir iste si uixerity totum te nobis reddet, et iam coepity ut 7ion modo diuinorum fructu operum eximio, sed tuarum quoque confabulationum illecebris perfruamur ; quarum unius ad me nuper latinis uasis graecus sapor allatus est', in quo plane sensi ualidum et uelox ingenium posse omnia,.,. Etsi tanto hospite non me digner, tamen te uel graecum, uel qua licuit latinum domi habeo, breui ut spero totum habiturus, si Thessalus tuus^ coepta peregerit.

1. Var, 25 (Hortis imprime: quod suspicor). Lire cette lettre et les suivantes dans la traduction V. Develay, Lettres de P, à Boccace^ Paris, 1891, p. 56 sqq.

2. Ce n'est pas celui de P. qui servit à la traduction, puisqu'il dit l'avoir chez lui pendant qu'on y travaille.

3. Allusion aux fragments de traduction de Tun des deux poèmes d'Homère que P. avait obtenus de Pilate et qui comprenaient, comme je l'établis p. 354, le début de Ylliade.

4. Pilate. Dans la môme lettre : Communis amicus quem tu Thessalum facit, ego Bysantinum rebar. Dans Sen. III, 6 (à Boccace): Léo noster uere Calabery sed ut ipse uult Thessalus, quasi nobilius sit Graecum esse quam Italum; idem tamen ut apud nos Graecus sit, apud illos puto Italus, quo scilicet utrobique peregrina nobilitetur origine.

Page 1