‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 305 sur 362 · BOCCACE ET L*ETUDE DU GREC · texte numérisé non relu

BOCCACE ET L*ETUDE DU GREC

fier d'avoir ramenés en Toscane avec Homère? Il est peu utile de le savoir, car ni lui ni les Florentins de sa génération n'en firent grand usage, et ce n'est guère qu'au temps des leçons de Chrysoloras qu'ils purent servir*. Mais c'est bien sur des acquisitions de manuscrits grecs que portent, dans la petite apologie ci-dessus, les mots meis sumptibus, tandis que, chez Pétrarque, l'expression mea impensa s'applique à la traduction. Il n'y a donc pas contradiction entre les deux amis ; l'un a acquis de ses deniers le premier manuscrit d'Homère qui soit venu à Florence ; l'autre a donné à Léon Pilate la rémunération nécessaire pour le travail exécuté à l'aide de ce manuscrit*.

Boccace cependant a extrait de la traduction la description des enfers de VOdt/ssée et l'a copiée de sa main pour Pétrarque ; ce n'est pas tout à fait le morceau qu'attendait celui-ci et dont il avait besoin pour préciser un chapitre de son De Vita solitaria, qu'il comptait parer du nom d'Homère':

net operatus sum.,. Quantulumcumque ex multis didicerim^ nonnuUos tamen praeceptoris demonstratione crehra intègre intellexi..,. Boccace n'oublie pas sans doute les essais de traduction de VIliade faits pour Pétrarque; mais il tient à indiquer que celui-ci n'a pas eu de Pilate une explication régulière et complète d*Homère, ce qui est exact.

1. Manetti s'inspire du passage de Boccace et de la tradition florentine pour écrire dans sa Vita Boccatii: Non multo post, maiori graecarum iitterarum auiditate tractus, suis sumptibus, quanquam inopia premeretur, non modo Ilomeri lihros sed nonnuUos etiam codiees graecos in Etruriam atque in patriam, ut aiunt, e média Graecia reportauit^ quod ante eumnullus fecissedicebatur. Ut in Etruriam graeca uolwnina retulisset, huiusmodi ueteres duorum lam insignium poetarutn greacarum LilteMrum primiliae quasi seminarium quoddamextitisse uidentur, quod uberiorem terram postea nactum gradatim adeo in dies pulltdauit^ ut temporibus nos tris florens uberrimos iam fructus pepererit (Par. 5828, f. 214. V. plus haut, p. a25, n. 2).

2. On voit ce qui manque, selon moi, à la conclusion de Hortis (p. 508): La prima versione d'Omero che nelV Italia risorta alla classica letteratura abbia veduto la luce, fa fatta per eccitamento di F, Petrarca, per opéra di L. Pilato, a spese di G. Boccaccio, Il faut : per eccitamento e a spese di F. P. ; Boccace a des mérites d'un autre genre.

3. Ce rapprochement m'est imposé par la date de la dédicace de ce traité à Ph. de Cabassoles (1566) et par le passage suivant sur le a père des poètes » : Ilic uero non tantum Graeca^ solitudines, sed Italicas sic descripsity ut quae ipse non uiderit, sicut ait Cicero (caecus enim

Quod mihi de Homero manu tua scriptum miseras, antequam Venetiis profiscerer, suscepi, ut fide atque indulgentia tua laetus, sic superuacuo moestior labore, quem tibi impositurus non fueramy si sciuissem quod nunc scio. Non enim nosse optaham quid apud Graios inferos ageretur, apud Latinos nosse quid agitur salis est..., sed uolebam scire qualiter Homerus, ipse grains homo uel Asiaticus et, quod miraculum auget, caecus quoque, solitudines Italas descripsisset, uel Eoliam scilicet, uel Auemum lacum moniemque Circeum. Sed quoniam tibi placuit ut mihi postea totum illud eximium destinares, ibi forsan inueniam quod quaero\ Cette lettre est assez sûrement datée de Pavîe, 14 décembre 1365; à ce moment, le principal domicile de Pétrarque est à Venise et c'est là que Boccace vient de lui adresser la copie de V Iliade et d'une première partie de V Odyssée. Le poète se réjouit et s'étonne, en même temps, de cet envoi incomplet: Spem tamen hanc minuit quod scribis misisse te Iliadem totam, Odysseae autem partem : in eo quidem libro est quod scire uelim. Miror sane quid ita illam totam, huius partem miseris, sed for tasse integram non habebas*. Quicquid erit uidero dum me domum mea sors reuexerit, transcribique faciam et remittam tibi, quem tanta re priuasse pati nolim. Iterum tibi gratias ago^.

La lettre qui se place ensuite dans notre récit est du 27 janvier 1367 ; elle raconte la mort de Pilate, tué par la foudre dans une tempête sur la mer Adriatique, au moment où il revient de Constantinople à Venise rapportant dans ses

tradilur fuisse)^ nos ut uidcremus e/fecerit, ut illius ingenii non poesim, sed picturam quodammodo uideamus; an putamus id eum facere potuisse, nisi eadem loca sollicite ante caecitatem ac memoriler obseruasset? (^Vit. sol. II, 1, 2,; Op. 278. Cf. Fam. V, 4; Ber. mem. II, 2 (Op. 413); Ilin. Syr., Op. 559).

1. Sen. V, 1 (Op. 792). P. avait visité lui-même, avec les souvenirs de Virgile, les solitudines Ilalae dont il parle ici.

2. Probablement Boccace n'avait pas voulu attendre que la copie fût terminée pour satisfaire l'impatience de Pétrarque.

3. Donatoque nostro suhirascor^ qui cum saepe de minoribus scribercty tum hoc faclum maie siluit, quod animo meo sciret et missi et mitlenlis consideratione gratissimum. Cet ami commun est Donato degli Albanzani, sur qui le plus récent travail est dû à Novati, Arch. stor. il., année 1890, II.

LA TRADUCTION d'HOMÈRE. 347

bagages des livres grecs ; Pétrarque, qui est précisément à Venise et qui a su aussitôt la triste nouvelle, se propose de faire rechercher sur le navire Euripide, Sophocle et quelques autres auteurs, qu'il a chargé le Calabrais de lui rapporter*. Ces manuscrits de Pilate sont peut-être ceux qu^acquiert Boccace et qu'il fait venir à Florence. Pétrarque ne peut tenir à les garder : il sait .trop peu de grec pour en tirer le moindre parti et la perte de son second maître lui enlève tout espoir d'en apprendre davantage. Il borne son désir à lire Homère en latin. Malheureusement, le manuscrit de Boccace n'est pas encore, le 27 janvier, parvenu à son destinataire. Dès son arrivée à Venise, celui-ci, qui a eu des nouvelles de Florence par une visite de Donato degli Albanzani, écrit à Boccace qu'ils ont beaucoup parlé de lui, simiUque de Homero quem misisse te scripseras, de quo istic quid sit actum quaere ; hue enim nonuenisse illum scito\ Mais ce retard nouveau, en irritant la patience du poète, doit rendre son plaisir plus délicieux ; peu après, il envoie en ces termes ses remerciements : Restai ut noueris Homerum tuum iam latinum et mitteritis amorem et transferentis [Pilate] mihi memoriam ac suspiria reiiouantemy ad nos tandeni peruenisse, meque et omnes scu Graecos seu Latinos, qui bibliothecam hanc inhabitant, replesse gaudio atque oblectatione mirabili^. La traduction commencée en 1360 ne parvenait à Pétrarque qu'au bout de sept années*. Comme il avait promis de renvoyer cette copie à Boccace, il s'occupa immédiatement de la faire transcrire et confia ce soin à un de ses secrétaires.

Cette transcription exécutée chez Pétrarque est contenue en deux volumes semblables. Par, 7880, 1 et 5, qui sont précédés et suivis de plusieurs feuillets de garde en fin parchemin et comptent 241 et 185 feuillets*. La page est réglée à

1 . Supellex horridula et squalentes Ubelliy hinc nautarum fide, hinc propria inopia tuti euasere. Inquiri faciam an sit in eis Euripides Sophoclesque et alii^ quos mihi quaesiturum se spoponderal {Sen. VI, 1 ; Op. 807).

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