SCHOLIES SUR HOMERE
adressée de Padoue à Zanobi da Strada, à Avignon, et dans laquelle on lit : Homericum illud, ne diibites, mittam cum prwium facilitas adfuerit; ceterum ex eo tempore Parmense domicilium et quant ille nunc iricolit bibliothecam nostram 7îon reuisi. Scito breuissimiim opus esse, quoque facilius ad scribendum, eo laboriosius ad quaerendiim ; sed hanc tibi libens diuinam operam dictabo\ Les deux traductions étaient aussi mauvaises Tune que l'autre, et on doit plaindre les malheureux humanistes réduits à connaître Homère de telle façon.
Les scholies, à leur tour, fournissent un autre exemple de l'ignorance du temps en matière de grec, et des efforts trop souvent infructueux faits par Pétrarque pour pénétrer dans l'esprit de l'antiquité héroïque. C'est l'annotation la plus considérable de nos manuscrits, si l'on excepte celle du Virgile. Peu de feuillets y échappent absolument et plusieurs en sont surchargés ; parfois les différences d'encre témoignent que la même page a été annotée en plusieurs fois. Les abréviations sont plus nombreuses que jamais. Les signes de renvoi sont très variés; d'ordinaire, la scholie commence par un lemme souligné*. Beaucoup de gloses sont mises dans l'interligne; ce sont des termes plus usuels que ceux du texte, des pronoms possessifs destinés à éclaircir le sens, des mots sous-entendus rétablis, etc^ Enfin, la marge de gauche a fréquemment les signes de lecture ordinaires indiquant les passages notables. L'ensemble est d'une clarté parfaite pour les yeux et pour l'esprit.
Beaucoup de ces scholies sont certainement empruntées à Pilate, et plusieurs sont suivies de /]»., ou Léon, ou Léon dixit, ce qui pourrait indiquer que la copie reçue de Florence les
1. Var, 2. (Les mots qui suivent offrent un texte incompréhensible.) Zanobi n'était pas à Florence au moment où Pi late y traduisait Homère; P. voulait apparemment lui faire goûter un peu du plaisir dont cette absence le privait. Cette première traduction du commencement de Vlliade demanderait à être cherchée dans nos bibliothèques.
2. Il faut ajouter des indications comme celles-ci : Narraiio, Comparalio, Oratio, Interrogation Besponsio, Breuis imprecalio, etc.
3. On peut voir des spécimens de gloses dans la publication de Hortis, qui ne les savait pas de P., et n*a pas fait mention de Tinté rôt des scholies.
portait. Aux plus importantes, Pétrarque a donné une forme qui*lui est personnelle et dont je crois devoir mettre en note un exemple assez étendu*; mais le fond appartient à Pilate. On trouve donc, sur les marges de notre Iliade, avec les observations particulières du propriétaire, le résumé des explications données à ses élèves par le maître calabrais, et, si nous en croyons les transcriptions de Pétrarque ou les témoignages de Boccace, il leur enseignait parfois de singulières choses*. Ses étymologies grecques avaient tout juste la valeur des étymologies latines du Liber deriuationum d'Uguccione, une autre grande autorité pour nos humanistes. Ses connaissances mythologiques et autres étant facilement à bout, il inventait au besoin les explications qu'il ignorait, et transmettait comme des traditions antiques ce que lui fournissait son imagination. Il croyait rendre Homère plus intéressant par les détails niais qu'il y ajoutait et que ses auditeurs avides recueillaient comme des oracles ^
1. Au dénombrement du chant II, f. 17': Querebat hic Léon nosler seu Leontius, interpres huius opeins qualis potuit^ cur cathalogum ducum Homerus a Boetia [sic] incepisset et ponebat suas uel altorum coniecluras, has uideliceL — Primo^ ut Musas sibi conciliaret^ quibus sacer est Elycon Boetius collis ; alii autem conlradicunt non illum Boette esse, sed Phocidos. Secundo, quia in Boetia quinque erant duces et plurime ciuitates. Utrumque potest haberi in textu ; sed secundum friuolum esse dicunt alii, cum Creta centum urbes habuerit et multitudinem populorum, et regno et incunabulis louis insignis. Tertio, quia in Boetia congregatio et coniuratio Graiorum Troiam petentium facta est; ibi enim sunt portas opportuni et ad commeatum ex omni Grecia conuehendum et ad transitum in aduersum litus; ibi nominatim est Aulis Euboico in equore, ob hoc ipsum nota insula, ad cuius ciuitatem Canzobistam [sic] omnes naues et duces et populi conuenere. — Harum trium quenam uerior ut Ilomerum mouerit, incertum habeo, Sed si prima sequi uelis, esse Musarum montent in Boetia celebrior fama est, quam et Virgilius sequitur, Leotamen uUimam tenet, nec inconueniens uidetur ab his incipere que iuxta sunt, quem morem in materia simili Lucanus sequi uidetur libro iij°: Proxima uicino uires dat Grecia bello, et r cliqua.
2. Cf. Koerting, Boccaccio's Leben, p. 377, et la longue série des passages des œuvres de Boccace que Hortis a patiemment relevés (p. 371- 372, 504-505); les scholies de P. réunies ici suffisent amplement à faire connaître renseignement de Pilate et ont môme un caractère plus direct.
3. V. par ex., sur Od. II, 94 (f. 9), à propos de la toile de Pénélope :