‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 34 sur 362 · NOUVELLES ETUDES · texte numérisé non relu

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à celui-ci, de n'avoir pu partager le bonheur de Boccace et ajoutait : « Il a joui par les mains, les yeux, les oreilles, de ta magnifique collection de livres, et de ce qui rend les livres précieux, leur contenu : pour de telles faveurs de la fortune il se proclame heureux et je le tiens, moi, le plus heureux des hommes*. »

Pendant le séjour de Pétrarque à Milan, un changeûient se produit dans la direction de son esprit et, par suite, dans la composition de sa bibliothèque. Il joint aux lettres profanes, qui l'ont occupé jusque-là presque uniquement, l'étude des lettres sacrées. Le développement naturel de sa conscience chrétienne devait le conduire à la décision dont il fait part en ces termes à Nelii, homme d'église préparé à le comprendre : « Je vais te parler du penchant nouveau et déjà fort, qui entraîne ma plume et mon esprit vers les saintes lettres. Laissons se moquer les superbes, que repousse l'austérité des discours de Dieu, comme la modeste toilette d'une chaste mère de famille blesse les yeux accoutumés au fard des courtisanes. Les Muses et Apollon, je pense, tolèrent et même favorisent le dessein que j'ai formé, après avoir donné ma jeunesse à de juvéniles études, de réserver mon âge mûr à des soins plus sérieux... Mais en préférant certains auteurs, je ne rejette point les autres ; si saint Jérôme prétend l'avoir fait, il est, à mon avis, démenti par son propre style... Pour mon langage, si le sujet le demande, je garderai comme modèles Cicéron et Virgile ; pour la conduite de ma vie, bien que chez eux j'aie beaucoup à prendre, je leur préférerai les conseils de ces guides dont l'enseignement conduit au salut sans danger d'erreur ^ » Pétrarque devait, comme on le sait, essayer de marcher dans les voies de la spiritualité. Il trouva

1. Lettre inédite de Nelli, Par. 8631, ff. 30'-31 : Refert preterea confabulaliones sedulo habitas^ quas nunc mores lui morales, nunc modeste tue fauces delectationibus plenas reddunl, ut merito illud perfecte décorum, quod Cicero ipse eluborabat uerbis exprimera et quodmagis capit intellectus quam edoceat lingua, oculata fide pateret. Thesauros quoque tuos {quos aulem credis are lam?), Ubrorum preciosissimam supelleclilem^ simul et qu )d prccium librorum fuct't^ manibus, oculis atque auribus contractasse suis. Dumque felicem talibus fortune donis se c{amaly ego illum non iniuria felicissimum duco.

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