‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 37 sur 362 · DONS ET ACQUISITIONS · texte numérisé non relu

DONS ET ACQUISITIONS

Quand un livre lui plaît, il ne recule point devant une dépense souvent considérable. Il écrit à Nelli, en 1362, pour des achats sans doute importants : « Ne tarde pas, remplis ta promesse, procure encore cet accroissement à la bibliothèque qui est tout le repos et tout le divertissement de mon esprit, toute la joie de mon existence. Hâte toi, par tous les saints, et fie-toi aux ressources de ma petite bourse. En recevant ton envoi, je me croirai le plus heureux des hommes, et déjà l'espérance seule m'exalte. Si pourtant je dois me contenter des livres que j'ai, comme ils sont assez nombreux et d'une certaine valeur, je m'estimerai encore plus riche que Crésus et compterai pour peu de chose les trésors de nos gens riches \ » Il a du éprouver en ses négociations quelques mésaventures ; il parle trop souvent et avec trop de véhémence des bibliophiles par ostentation qui gardent « prisonniers » des ouvrages utiles, « les quêtent, les cherchent, les arrachent » aux travailleurs, pour n'avoir point eu à se plaindre personnellement de quelque rival plus fortuné que lui; sa vengeance est de prêter aux livres une indignation muette <( d'être réunis si souvent chez un avare oisif, alors qu'ils font défaut à tant d'hommes d'étude* ».

La passion de Pétrarque, bien loin de diminuer avec l'âge, semblait grandir et prenait de plus en plus les faiblesses du collectionneur. Il le reconnaissait de bonne grâce :« Dans ma correspondance d'affaires, le principal sujet est toujours celui des livres. J'avoue que j'en suis avide. Cet amour me dévore depuis ma jeunesse. Quelqu'un dira que c'est folie: quoi de plus fou que de rechercher ce dont on ne pourra pas se servir quand on l'aura? Horace s'en moque : Siquis emat citharas"^... Tu sais la suite. Mais on s'étonnera moins de mon goût, pour peu qu'on ait lu les lettres de Cicéron ; là, en effet, ce gi'and esprit, qui répandait comme une limpide et inépuisable fontaine les ouvrages qui honorent le plus la vieille

i. Sen. I, 3 (2; Op. 738. De Padoue, non de Venise).

2. Hem. r, 43; Fam. III, 18; VI, 1. Une phrase du traité est surtout significative : Sunt qui obtenlu Ubrorum aunritiae inseruiant, pessimi omnium, non Ubrorum uera pretia^ sed quasi mercium aestimanles. Pestis tnala, sed recens et qune nuper diuitum studiis obrepsisse uideatur.

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