‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 38 sur 362 · Horace, Sat. II · texte numérisé non relu

Horace, Sat. II

latinité, se montre à nous non seulement désireux, mais passionné des livres d'autrui*. » Il répète sa confession à Giovanni dlncisa, plaidant sa cause d'autre façon : « Ne crois point que je sois à Tabri de tous les travers de l'humanité. Il y a en moi un désir insatiable, et que je n'ai pu, ni surtout voulu réprimer; car je me flatte que le désir des choses honnêtes ne peut être déshonnête. Veux-tu savoir mon mal? Je ne puis me rassasier de livres', alors que j'en ai déjà peutêtre plus qu'il ne faudrait. Mais cette recherche est comme les autres : la réussite y aiguillonne la convoitise. Puis, les livres ont un attrait qui n'est qu'à eux : de l'or, de l'argent, des perles, un habit de pourpre, une maison de marbre, des tableaux, un champ bien cultivé, un cheval bien harnaché, tous ces objets et ce qui y ressemble ne donnent qu'un plaisir muet et 'superficiel; les livres, seuls, délectent jusqu'à la moelle, ils nous parlent, nous conseillent, s'unissent à nous par une familiarité harmonieuse et vivante ^ » Pétrarque est ici bien inspiré par son sujet; jamais passion plus noble n'a été plus éloquemment défendue.

Ses recherches s'étendaient fort loin : « Lorsque mes amis me quittaient, dit-il, et que, suivant l'usage, ils me demandaient si je souhaitais quelque chose de leur pays, je leur répondais que je ne voulais rien que des livres, et surtout des livres de Cicéron ; je leur donnais des notes et j'insistais de vive voix et par écrit. Que de prières j'ai adressées, que d'argent j'ai envoyé, non seulement en Italie, mais en France, en Allemagne, jusqu'en Espagne et en Angleterre, et même, le croirais-tu? en Grèce*. » On possède une de ces requêtes, écrite précisément au moine d'Incisa : « Si tu m'aimes, donne à des personnes sûres et instruites mission de parcourir la Toscane ; qu'on fouille les armoires des religieux et des autres amis de l'étude, pour essayer d'y trouver quelque chose qui

1. Fam. XVIII, 7 (à Nelli). Même souvenir de Cicéron dans la lettre suivante.

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