‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 50 sur 362 · PROJET DE LEGS A SAINT-MARC · texte numérisé non relu

PROJET DE LEGS A SAINT-MARC

asile « dans ce port commun du genre humain^ ». La position de Venise mettait la ville à Tabri des misères de la guerre continentale. Elle exerçait déjà cette séduction, qui fait croire aux hommes d'étude que nulle part au monde ils ne se trouveront mieux pour travailler. Enfin des amitiés nombreuses et lettrées y retenaient le poète, notamment celle du dévoué Benintendi, chancelier de la République.

Pétrarque résolut de se fixer à Venise. D'autre part, obligé de tenir une maison assez importante et peu certain, dans Tétat troublé de l'Italie, de recevoir exactement tous ses revenus, il avait besoin de s'assurer quelques avantages matériels. Si Saint-Marc consentait à le loger, il pourrait, en échange, lui léguer les livres dont il redoutait la dispersion. Benintendi, consulté sur cette idée, se faisait fort de négocier l'affaire. Mais déjà Pétrarque voyait grandir son projet: il ne rêvait rien moins que la fondation d'une grande bibliothèque publique, dont l'État vénitien prendrait la charge après sa mort et qui rendrait à la postérité les services qu'avaient rendus autrefois tant de grandes collections antiques dont il avait lu l'histoire^ : « Si nous réussissons, écrivait-il au chancelier, ce sera sans doute pour vous, vos descendants et votre république, je n'oserais dire une gloire, mais assurément le chemin d'une gloire. Une foule de choses devenues grandes et éclatantes ont eu d'aussi humbles commencements. » Et il suppose que l'âme du doge Andréa Dandolo, leur ami, se réjouit en paradis de ce projet et n'est point jaloux d'avoir laissé à un de ses successeurs « l'honneur de fonder une bibliothèque publique ». Le poète tenait, d'ailleurs, à ne pas se considérer comme le premier obligé en cette affaire : c'était un service qu'il voulait rendre à l'État, bien plus qu'un avantage qu'il demandait pour lui-même: « N'importune personne par des instances, disait-il au chancelier ; fais ce qui sera nécessaire et convient à notre discrétion ; si l'amour du bien public ne nous poussait à prendre l'initiative, c'est nous qui devrions être suppliés' ». Benintendi remettait au Sénat, au nom du poète, une proposition autographe, en latin de chancellerie, où éclate

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