Var
assez naïvement la double passion de sa vie, l'amour, des livres et de la gloire*. Le Grand Conseil prenait aussitôt une délibération pour Taccepter, dans les formes les plus honorables pour Pétrarque, et lui accordait, en échange des livres promis après sa mort à l'église de Saint-Marc, une belle habitation à vie, aux frais de la République. Ce fut le Palazzo délie due Torri sur le quai des Esclavons '.
Il n'a pas tenu à Pétrarque, on le voit, que la Bibliothèque Marcienne n'ait été fondée un siècle plus tôt. Il avait eu la première idée d'une bibliothèque publique^ et formé, en faveur de la ville de Venise et des bonnes lettres, le plan que reprit après lui le cardinal Bessarion. J'essaierai d'expliquer, au chapitre suivant, pourquoi ces projets, accueillis avec tant d'empressement par la Seigneurie, ne furent pas mis à exécution; il suflSt de dire ici comment les livres de Pétrarque quittèrent Venise avec leur maître. Il avait formellement réservé, dans ses offres à la République, son entière liberté de résidence, qui comportait le droit d'emporter avec lui la bibliothèque, dont il ne se séparait pas. Après quelques années d'habitation, coupées par de nombreux voyages, il se dégoûta d'une ville, où il rencontrait trop d'averroïstes et où il manquait d'un jardin. Il prit peu à peu l'habitude de séjourner à Padoue, où il aimait à remplir ses fonctions de chanoine et à jouir de la familiarité d'un prince vraiment lettré, François de Carrare. Enfin, les sollicitations de celui-ci et les exigences d'une santé qui avait besoin de l'air des montagnes, le décidèrent à abandonner les lagunes et à partager son temps entre Padoue et Arqua. La proximité de Venise lui permettait, d'ailleurs, d'y revenir aisément et d'y cultiver ses amitiés. Ses livres s'y trouvaient encore au commencement de 1368, confiés aux soins de Donato degli Albanzani^ ; mais on peut être sûr qu'ils n'y étaient plus au mois de juin 1370: pour agrandir Ja propriété qu'il tenait des libéralités du seigneur de Padoue,