C'est ce qu'établissent les dates de l'excursus VI
4. Très peu de mains autres que celles de P. ; on en reconnaît une au f. 12, au livre I des Georg.^ en quelques mots grecs rectifiés à la marge.
serrées. Ses renvois, plus variés qu'en aucun autre de ses manuscrits, font trouver facilement les vers ou les mots visés; il les a presque toujours attachés au commentaire plutôt qu'au texte de Virgile; assez souvent, il a ajouté à une citation d'auteur faite par Servius la référence à l'ouvrage et au chapitre qu'il a lui-môme retrouvés. La différence d'encre ou de caractère montre que plusieurs de ses scholies ont été complétées ou vérifiées au cours de sa vie V
Le commentaire de Pétrarque ainsi déposé, par couches successives, sur les marges de son Virgile, embrasse l'ensemble de ses connaissances. On va trouver, dans l'essai de dépouillement qui suit, des exemples d'observations historiques, géographiques, littéraires, morales, etc. Mais je crois devoir indiquer d'abord un curieux travail de « moralisation », suivant le goût du moyen âge, appliqué à la première églogue. Pétrarque est parti de l'allégorie indiquée par Donat (Virgile jouissant en paix des bienfaits d'Auguste et se cachant sous le nom de Tityre pour l'en remercier) ; mais il a amplifié cette idée et en a poussé l'application dans le détail le plus minutieux. Les gloses interlinéaires autographes de deux des principaux passages de l'églogue donneront une idée de la façon dont tout a été interprété :
Borne discipulos tecum uersatos
Fortunate senex ! hic, inter flumina nota
magistros ex quitus flumina stmt umbrosum et repositum studium Et fontes sacros, frigus captabis opacum
ah Urbe condita annalium et fastorum Bine tibi que semper uicino a limite sepes [copia obstans
[obliuioni
industriis viris scientiarum actiue Hybleis apibus florem depasta salicti,
quielam détecta tionem Sepe letii sompnum suadebit inire susurro ;
1. L'annotation ne porte guère que sur Virgile et Servius. Le poème de Stace a peu de notes et les odes d'Horace n'en ont point. Quant au Donat, c'est à peine si deux citations d'auteurs mises en marge, à titre d'exemples, viennent témoigner que l'ouvrage a été lu; mais P. y renvoie lui-même directement (v. plus loin, p. 131, n. 7).
ÉGLOGUES « MORALISÉES ». 123
terris présidente Tarpeia iura dabit César Augustus in aperto Bine alta sub rupe canct frondator ad auras ;
Quamuis alta canat ille quas diligis Mecenas et uxor^ propter
Nec tamen interea raiice, tua cura, palumbes, [castitatem
dolens amissa coniuge matre Solonini Pollio ah eminenti for- Nec gemere aeria cessabit turtur ab ulmo.[tuna
Reuocat abire properantem sub eodem nomine poète otiari studere Hic tamen hac mecum poteris requiescere nocte
studio laurea promeriluro nulli interdicta mater ia de amoribus
Fronde super uiridi, Sunt nobis mitia pâma,
satyrica yrsuta de se artipcio scilicet uel moralis scientia, uel ars Castanee molles etpressi copia laciis. [aligna
[ex multoriim preceptorum ad unum finem tenden- [tium^ uel prêter Bomana ystoria aligna ex multo- [rum actuum quadam uelut coagulatione composita,
debes requiescere quia aRumanis rébus magnorum uirorum gesta sardes- Et iam summa procul uillarum culmina fumant [cunt
aucte temporis cursu uel ducibus uel poetis ut différât obliuiones Maioresque cadunt altis de montibus umbre.
On est tenté de sourire en voyant Pétrarque occupé à une besogne aussi puérile et en assistant à cette transformation singulière du texte de Virgile, où les mots florentem cytisum etsalices... amaras représentent les victoires et les grandes actions des Romains. Ce bizarre document prend une signification plus intéressante, si Ton songe que Tauteur n'a fait qu'appliquer à Virgile les procédés d'explication allégorique qui sont nécessaires pour comprendre ses propres églogues. On connaît Timportapce du Bucolicumcarmen dans ^ l'œuvre poétique de Pétrarque et comment les moindres détails de ses scènes pastorales y cachent des allusions à sa propre vie ou aux événements politiques de sontemps*.Detels
1. Cf. Gaspary, Stor. délia lett. ital., trad. ital., t. I, p. 371; t. II p. 40. On doit de la reconnaissance à V. Develay pour avoir traduit
poèmes seraient pour nous presque insignifiants ou incompréhensibles, si nous n'avions la clé donnée par l'auteur luimême*. Cette conception de la bucolique n'est pas particulière à Pétrarque; toute une littérature l'a précédés qui l'a mise en honneur avant lui; mais il nous montre par ses gloses manuscrites qu'il croyait sincèrement que Virgile avait eu, dans ses poèmes pastoraux, des intentions semblables à celles qu'il mettait lui-môme dans les siens.
Le goût du symbole apparaît, avec un autre caractère, dans une note sur le dernier vers de V Enéide (f . 233) : Vates proprii fati nimis certiis fuisti, Maro; talia enim dicentem et te uita deseruity indignata itidem^ 7iisifallor, fugiens. Nous trouvons là, en même temps, le premier exemple d'une habitude de Pétrarque qui sera fréquemment constatée dans nos recherches: il aime à se faire par tous les moyens le contemporain des anciens qu'il étudie ; il converse volontiers avec eux et ne craint pas de leur adresser même de familières interpellations. Il avait dû goûter quelque douceur à parler ici à son cher Virgile, et on peut penser avec quelle ardeur il chantait, le jour de la fête de la conversion de Saint-Paul, la séquence dont une autre de ses notes nous donne le texte : In conuersione Pauli Apostoli ad missam cantaiur quedam sequentiay in qua inter cetera est hoc Pauli de Virgilio : Ad Maronis mausoleum — Diictus fudit super eum — Pie rorem lacrime :
— Quem te, inquit, reddidissem, — Si te uiuum inuenissem,
— Poetarum maxime^ !
pour la première fois les Églogues de P. (Paris, 1891), en améliorant en bien des points le texte et les notes de Rossetti. On attend à présent une édition aisée à donner avec l'autographe retrouvé à la Vaticane.
1. V. Fam, X, 4 ; Var. 42 et 49, et, pour l'ensemble du recueil, le document découvert et publié par Hortis dans Scritti inediti^ p. 359 sqq. (P. 221 sqq. est une étude sur l'églogue chez P., à rectifier par Zumbini dans Giorn. slor.^ t. VII, p. 146 sqq.)
2. Elle est assez importante pour avoir donné lieu à un ouvrage de Macri-Leone: La bucolica lat. nella lett. ital. del sec, XlV^conintroduzione sulla hue. lat. del medio evo, l'" partie, Turin, 1889 (Les principaux prédécesseurs de P. sont Dante et Giovanni di Virgilio).
3. Cette note est sur le f. de garde. P. semble indiquer pour la séquence un usage plus général que celui de Mantoue. Cf. H. A. Daniel, Thésaurus hymnologicus^ t. V, Leipzig, 1856, p. 266, qui a publie le même fragment; le texte de P. offre deux variantes.