Come Lîvio scrive, che non erra (/;//. XXVIII
2. Faucon, dans Mél. d'arch. et d'histAt l'Ecole fr. de Rome, t. VII, p. $6. Il y a quatre mss. de Tite-Live dans la bibliothèque d'Urbain V, les nos 664, 121 1, 1266, i268(Ehrle, Hist, Uhlioth... Auenion., t. I). L'inventaire de la bibliothèque d'Avignon sous Grégoire XI, en 1375, contient deux textes de Tite-Live, dont l'un en trois volumes, l'autre cum glosa Nicolay Treveth (Ehrle, t. I, p. 509 ; nos gp^ 833-5).
maiestate sententianiin tantaque iierhorummodcstia compJeiiit omnia, ut ah arte eloquentiae non miiltum abesse iiideantur\ Et Pétrarque, qui aime rappeler les visiteurs attirés à Rome par la renommée de Tite-Live, déclare qu'afin de voir un si grand homme il aurait bien fait, pour sa part, le difficile voyage des Indes \
Pétrarque a longuement vécu dans la familiarité des héros de Tite-Live et leur a dû, grâce à lui, de grandes joies : Niinc.tibi, lui dit-il, tempiis et ut gratias agam pro multis, tiim pro eo nominatim qiiod immemorem saepe prescntiiim maloriim saeculis me felicioribus inseris, ut inter kgendum saltem cum Corneliis Scipionibus AJricanis, Laeliis, Fabiis Maximis, MeteUis, Bi'utis, Deciis, Catonibus, Regidis,... Attiliis, Ouintiis etCamillis, et non cum bis extremis furibus, inter quos aduerso sidère hiatus sum^ mihi uidear aetatem agere. Et o si totus mihi contingeres ! quibus aliis quantisque nominibus et uitae solatium et iniqui temporis obliuio quaereretur ^ Cette connaissance qu'il a pu prendre des grands Romains de Tite-Live a été d'autant plus
1. Rer. mem. I, 2 {Op. 397). P. appelle Padoue « mère de l'histoire » dans Epist. III, 9 {Op. II, 107) :
Historiaeque parens Pataimm, seu Smirna Latinis Mantiia sidereae nutrix longaeua poesis...
2. Sen. XVI (XV), 7 {Op. 958); cf. Rer. mem. II, 2 {Op. 411). Sur l'idée que se faisaient de l'historiographie les premiers humanistes et les amis de P., consulter les curieuses lettres de Paolo di Bernardo, écrites de Trévise en 1373. On y voit quelle place était donnée à Tite-Live : Qiiis... aiideUt in métro contra Virgilium scrihere aliosque liâtes gentiles, quis in soluto stilo aequauerit Liuio,nt niultos iiel pares iielprope facundos sileam ? (Vo'igt, Die Briefsamml. Petrarca's und derven. Staatskan^ler Benintendi, Munich, 1882, p. 97).
3. Fam. XXIV, 8 (avec plusieurs leçons du Par. 8568, f. 285). La lettre est écrite de Padoue, « du vestibule de l'église de S. Giustina », où était alors l'inscription funéraire qu'on a cru celle de Tite-Live jusque dans la seconde moitié du xviie siècle (A. Baroni, T. Livio nel Rinascimento, Pavie, 1899, p. 18). La date mise par P. est viijo Kal. martias in°ccc° lj°, d'après le ms. de Paris, et non 1350, comme on le croit d'après le texte de Fracassetti.
intime qu'il les a étudiés individuellement pour son œuvre biographique; aussi ne sont-ce point de vagues images, mais des figures bien vivantes qui défilent devant ses yeux dans les énumérations des œuvres latines ou dans le fameux morceau des Trionfi\
Les parties de l'histoire romaine où il a Tite-Live pour guide sont les seules où il soit vraiment à l'aise et se sente sur un terrain solide. Il l'abrège d'ordinaire beaucoup, sans altérer le caractère de son récit, y choisissant toujours, et comme d'instinct, les détails précis, qui parlent à l'imagination ^ ; bien rarement il le développe et fournit sur le même sujet, sans recourir à d'autres sources, un texte plus étendu que celui de l'auteur ancien \ Toutes les fois que la chose lui est possible, il le contrôle par d'autres historiens et confronte leurs témoignages ; il suit en cela l'exemple de Tite-Live lui-même, qui mentionne assez souvent les opinions de ses prédécesseurs ; mais, s'il arrive à Pétrarque de faire bon usage de cette méthode, quand il invoque par exemple Florus ou Justin, il en abuse quelquefois, et on le voit s'attarder à comparer des autorités qu'il ne connaît même pas de première main, pour le seul plaisir de poser ou discuter devant son lecteur une question
1. Due altri Fabii e duo Caton con esso, Duo Pauli, duo Bruti e duo Marcelli,
Un Regol che amô altrui più che se stesso,
... e il gran Camillo Di viver prima che di ben far lasso...
Çfr. délia fama, I, 52-61). Cf. Rime, éd. Mestica, p. 608-613; et p. 671, la première rédaction, très différente, de la grande énumération des héros romains.
2. Cf. Le De Viris illiist. de P., p. 90, 92, 139, etc. Les discours au style direct passent, dans son texte, au style indirect ; la réciproque est moins fréquente,
3. Le De Viris, p. 93 et 137. Mais il s'agit de la vie de Scipion et de scènes ou de paroles où se révèle l'âme du héros de P. ; celui-ci n'hésitait pas alors à développer Tite-Live, car il croyait connaître Scipion mieux que lui.
de critique '. Il met quelque complaisance, d'ailleurs médiocrement justifiée, à rapprocher de celle de Tite-Live sa propre façon d'utiliser les sources : Ego neqtie pacificator historicorum, neqiie coUector omnium, sed eoriim imitator sum, quibiis lie! similitiido, iiel autoritas maior, ut eis potissimum stetur, impetrat... Hos [les lecteurs] hortor ac moneo ne confestim pronuntient, quod est proprium pauca noscentium, cogitenque hitstoricorum discordiam, que tanio rébus propinquiorem Titum Liuiiim dubium teniiit ^. En somme, et quoique Pétrarque se fasse quelques illusions sur les résultats de son travail, c'est bien une façon nouvelle de traiter l'histoire qu'il ramène dans le monde et il la doit à ce grand modèle.
Il a possédé les œuvres de Tite-Live dans un manuscrit digne de l'admiration qu'il avait pour elles. Le Paris. j6c)o.
1. On n'a, par exemple, qu'à se reporter au doute exprimé en trois lignes de Tite-Live, XXIX, 35, pour voir combien P., dans sa vie de Scipion, l'a développé et compliqué sans nécessité. Je cite le texte ms. de la seconde rédaction d'après l'autographe de Lombardo délia Seta :
. . . Hanno ipsc prefectus occiditiir. .Infaustiun lUiqiic hcllo nomen ! Siquidem Haiino primtis a Scipione oliin uictiis captusqiie erat in Hispania; Hcmno secundus paucis anie hanc piignam diehis campestri prelio ceciderat ; Hanno nunc ter tins cadit ; que uicinitas preliorum et nominum identitas non legentihus modo, sed scriptorihiis quoque non nuîîis scriipulum iniecit, usque adeo ut ex his duobus, nom de primo duhiiatio nulla est, quidam alterum occisum, captiim alterum tradiderint, alii de secundo tacuerint, ne forte non diiorum mortes, sed unius mors his inadtier tenter norrata uideatur. Atictores autem certiores Indus nominis et captiuum unum et duos interjectos eo iisque non duhitant, ut et duhitasse alios dicant, et que iUos dubitare coegerit i-ationem afferant. (Par. 6069 F, f. 50'. Dans son Tite-Live, Par. 5690, f. 265, P. a remarqué en note la difficulté : Hanno cesus uel captus infra). — Voir aussi, sur l'entrevue de Scipion et d'Hannibal avant la bataille de Zama, la discussion qu'établit P. d'après une mention très simple où Tite-Live donne la première version sous l'autorité de Valerius Antias (XXX, 29) : Duplex hinc autem fama est. Alii comisso primum prelio Hanihalem uictum, duodecim milihus suoruni in campo occisis captisque quant plurimis, unum ipsum fuisse ex legatis decem ad petendam pacem misns ; aliiuero, antequani quicquam armis experiretiir adhuc uirium ac fortune integrum, quo equa facilius obtineret, misso ad id nuntio poposcisse colloquium sunt auctores. Hoc auteuticum ntagis et similius ueri est (Par. 6069 P> ^- ^^)-
2. Texte de la première préface. V. Le De Viris ill. de P., p. 112 et la note.
est le plus beau volume du xiv^ siècle qui ait appartenu à Pétrarque, tant par l'étendue de la copie que par la richesse de l'ornementation '. Il ne contient pas moins de trente grandes « histoires » sur fond d'or, indépendantes des initiales ornées. Bien qu'il n'ait pas été fait pour notre bibliophile, il est contemporain de sa jeunesse et on pourrait en faire remonter l'exécution vers le premier tiers du siècle. Pétrarque a mis au dernier feuillet la date de son acquisition : Emptus Auinione ijji, diu tamen ante possessus \ La date et la provenance ajoutent à l'intérêt du document pour l'histoire delà miniature et pour celle môme de Tite-Live à la Renaissance. Deux ouvrages, ceux de Dictys et de Florus, copiés en même temps que Tite-Live, ouvrent le manuscrit, composé de la façon suivante : F. i : Troiaue ystorie inuentio K — Troiane ystorie liber primiis incipit. — F. 20' : Liicii Annei Flori de tota Ystoria Titi Liiiij epithoma. Incipit liber primiis ■^. — F. 43 : Titi Liuij ab iirbc condita incipit liber priimis féliciter. Capitidum primum est et prohemiale. — F. 43' : Capitidum ij in qiio continetur adiientus Antinoris Troiani, origo Fenetoriim, aduentus Enee ad Italiam hella ipsiiis et Latini cum Rntidis et Etruscis. Les rubriques continuent ainsi à chaque chapitre, mais la division en chapitres ne concorde pas, bien entendu, avec celle des éditions; le premier livre en compte 22, le second 16, etc^;
1. 365 feuillets à la suite desquels on a coté les gardes jusqu'à 368. (Les premières gardes sontcotées a, b, c.) Le cahier normal est de 10 feuillets. Les dimensions sont encore de 360 X 235 milL, malgré une rognure ancienne. La nouvelle reliure est au chiffre de Charles X.
2. Le fac-similé se trouve aux planches de la première édition de ce livre.