‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 155 sur 353 · C'est Fani. I, 2 (3 dans les mss · texte numérisé non relu

C'est Fani. I, 2 (3 dans les mss

3. Op. 948. La suite de ce texte est t. I, p. 260. Les mots qu'on trouve ici dans les éditions (Liber Ciceronis de gloria) sont une intrusion de sommaire marginal, provenant d'une erreur de copiste ou de typographe.

mieux lui confier son Tite-Live qu'il espérait tirer profit de ses connaissances spéciales ; il rend enfin assez naturel d'identifier avec lui le contemporain de Pétrarque, qui a le premier étudié et annoté le volume. L'époque de sa mort reste ignorée, mais la vraisemblance la place avant 13 51, époque où Pétrarque a acheté le Tite-Live à Avignon, peut-être de ses héritiers. Comme tous les faits connus sur le vieux jurisconsulte se groupent, sans exception, autour du manuscrit de Paris, on est autorisé à lui attribuer, provisoirement du moins, les fragments qu'on vient de lire et les annotations de même écriture dans le corps du volume '. Je crois pouvoir prouver plus sûrement le passage du volume en des mains autrement illustres, en déchiffrant une mention mutilée, en forme d'ex-libris, placée tout en haut du feuillet a' et à demi détruite par les vers et la rognure. On y voit encore assez distinctement \di [?) mes Giani ' char-

dinale d lona, nom qu'il faut lire messer Giovanni chardi-

nale de Colonna. Le célèbre cardinal protecteur de Pétrarque, qui doit plus de renommée aux lettres nombreuses du poète qu'à son rôle pourtant considérable dans la politique romaine, a donc, à un moment quelconque, possédé le Tite-Live ^ C'est à lui vraisemblablement que s'adressent les mots cités plus haut, Reiierende domine, etc. Les annota-

1. Il y a deux genres d'écriture dans les annotations; l'une grosse et lourde, qui est celle des fragments topographiques sur le Latium ; l'autre, beaucoup plus fine. Les signes marginaux sont sans élégance et d'un dessin assez compliqué. On verra plus loin que deux mss. provenant de P. et contenant des ouvrages ecclésiastiques portent dans les marges la même écriture, et ont vraisemblablement appartenu à la même bibliothèque.

2. Le signe d'abréviation au-dessus de ce mot semble avoir disparu dans la rognure.

3 . Le morceau le plus précis de P. sur la culture littéraire du cardinal Giovanni Colonna doit être cherché dans Fam. XIII, 6 (à Nelli). Le cardinal n'y est pas nommé, mais désigné seulement comme prhicipem inter principes... Romuleiqiie clarum decus cardinis.

tions si précises sur les environs de Rome s'expliqueraient très bien aussi, si on voulait les lui attribuer. Toutefois, il n'est pas sûr que nous ayons affaire à un ex-libris de Giovanni Colonna, et ce peut être aussi bien une mention de don ou de simple lecture ' ; l'écriture, en tout cas, n'est point celle des annotations. D'autre part, il est naturel de penser que Raimondo Soranzo, de qui l'origine est inconnue et qui appartenait au cercle où Pétrarque était familier, tenait à la maison Colonna par quelques liens d'amitié ou de service \

Le personnage mystérieux, qu'on peut assez raisonnablement croire Soranzo, a entouré le premier livre de Tite- Live d'un véritable commentaire perpétuel, à la fois littéraire, moral et historique. L'œuvre est extrêmement médiocre, bien que certains renseignements puissent provenir, si mon hypothèse est exacte, de ceux que le jeune Pétrarque fournissait à son ami. Ce commentaire n'a pas été poursuivi ; mais le reste du manuscrit, y compris Dictys et Florus, contient assez de notes marginales du même propriétaire pour attester une étude assidue et même passionnée \ Les analyses qu'il a multipliées, parfois avec

1. Comme le nom, du xive siècle aussi, qui se lit sur la même page : Guillelmus de Chaers de Caturco (de Cahors).

2. La lettre Fam. XXIV, i, où P. fait de son caractère un si grand éloge, me semble bien indiquer qu'il soutenait dans la Curie le parti italien, le parti du retour à Rome. Rappelons en passant que le nom de Soranzo reste assez douteux. Le Par. 8568, f. 5, porte en rubrique de la seule lettre de P. qui lui soit adressée (Fam I, 2): Venerando seni Raymondo Superauo utro [sic] consulta (k l'index du ms. : Superano; au f. 277' : Superanum); le Par. 8571 des Senties offre aussi, au f. 177', la leçon Raymxmdum Superanum.

3. Il faut mentionner ici des gloses interlinéaires, en partie grammaticales, sur quelques morceaux , elles sont d'une écriture très fine et témoignent encore de l'inexpérience des lectures d'alors. — H y a, en outre, sur les marges de ce ms. véritablement surchargé par les annotateurs, la trace de bien d'autres études moins importantes, notamment une ancienne revision du texte, dont une partie au moins

maladresse, montrent le souci de rendre la lecture à la fois lacile et profitable '. Il a noté et numéroté les consulats, les dictatures, les triomphes, les lois, les guerres des Romains. L'avocat se révèle dans l'analyse détaillée faite suivant les règles de la rhétorique, de certains discours tels que la harangue de L. Valerius pour l'abrogation de la loi Oppia (f. 296', XXXIV, 5-7) ou même le grand discours d'Ulysse dans Dictys (f. 5'); le prologue de Tite-Live est décomposé suivant la même méthode, dont ne se sert jamais Pétrarque ^ La platitude du style est mise en relief par l'incorrection de l'orthographe : l'annotateur ne peut toucher à un nom propre sans l'estropier {EmiUiiis, Cinchinatus); beaucoup de mots déformés ne sont pas de simples lapsus, étant plusieurs fois écrits de la même façon {gexit, osciira, euenctiis, siiptilis, ars et capudK Quant aux termes de basse latinité que Pétrarque chassait, autant que possible, de son style, ils abondent ici ; on y trouve gtierra, motimim, contingentia, totaîiter, caméra dans le sens de « chambre », piilcratriiffa (= bel inganno), etc. Et cependant le zélé lecteur s'efforce de goûter le beau latin qu'il ne peut écrire, et il s'écrie une fois, croyant y être Mnxé:NotabiJia tierha breui et lucido latino conscripta et perpétua inemorie commendanda ^.

appartient au copiste et où la part de P. paraît se réduire à peu de chose. Le poète ne paraît pas avoir collationné un autre ms. ; il a seulement fait quelques corrections. Sa main est certaine, par exemple, dans la correction au bas du f. 1 86' (col. i). On le surprend, f. 240, se prononçant sur une variante déjà marquée : Haec uera litera.

1. Les sommaires se présentent d'ordinaire sous cette forme : Hic descrihit auctor quomodo Romani... ou cette autre : Redit Titus ad res in Sicilia gestas.

2. Une autre note indique une personne habituée à assister à des délibérations (f. 169, XXI, 4, maior pars meliorem uicit) : Istud clare et sepe uident contingere qui in collegiis et congregationihus connersantnr. (Cf. f. 291 : Antea quam aliquid in aliqiia tmiuersitafe tiel coUegio ordinatur ueî statu...)

Page 1