I. F. 16'. Les trois passages suivants, f
était for w a conspiciius (Gard. 17) et Pétrarque s'en étonne: Si hoc îienim fuit, maJum hahiiit sculptorem. Ce détail est d'autant plus digne d'être noté qu'il révèle lobservation précise de quelques-unes au moins des œuvres d'art alors éparsesen Italie et dans la France méridionale '. Le poète a été frappé de leur nombre, et il y a tout un chapitre Destatiiis dans son traité De remediis, où cette phrase est à remarquer: Statuae solidum eoqiic perennius corpus hahent; quam oh causam picturae netcnim nidlae nsqiiam, cum adhiicinniimerahilcs super sint statuae. Ce goût, qui s'éveille chez Pétrarque, paraît beaucoup plus développé chez son contemporain Giovanni Dondi, qui a laissé, dans le récit de son voyage à Rome en 1375, ^^^ preuves d'un enthousiasme raisonné pour lesœuvres de l'art antique ^ On peut croire que les conversations des deux amis, vers la fin de la vie du poète, se portèrent fréquemment sur de tels sujets.
C'est ici l'occasion d'indiquer les pages de ses livres qui permettent de deviner l'impression faite sur son esprit par l'art des anciens et de désigner quelques œuvres qui ont passé sous ses yeux. La très longue description des figures de dieux ou de héros qui décorent, dans YAfrica, le palais de Syphax, ne nous apprendra pas grand'chose ; ces grands bas-reliefs polychromes ' sont assez confus et cherchent à exprimer des symboles poétiques plutôt qu'ils ne s'inspirent d'ouvrages réalisés ; les attributs seuls donnés aux divinités de l'Oympe peuvent, en certains cas, avoir été
1. Lombardo délia Seta avait apporté de Florence à Padoue urie statue antique (Mûntz, Les précurseurs de la Renaissance^ Paris, 1882, p. 40).
2. V. les extraits publiés par le prince d'Essling et Eug. Mûntz, dans Pétrarque, ses études d'art, son influence sur les artistes..., Paris, 1902, p. 45.
3. Ce sont bien des bas-reliefs {Africa, éd. Corradini, III, v. 262) :
Haec uariis insculpta modis atque ordine niiro...
6o PÉTRARQUE ET LES HISTORIENS ROMAINS
empruntés par Pétrarque à des représentations antiques. Il est sûr, du moins, qu'il en a rencontré quelques-unes dans ses voyages et qu'il ne les a point dédaignées. Dans le pays napolitain, des fragments de statues ou de bas-reliefs ont pu retenir son attention, au milieu des ruines qu'il a si soigneusement notées. De même, en visitant Rome, il ne s'est pas seulement arrêté devant les constructions, arcs de triomphe, portiques, colonnes, portes, tombeaux, thermes, temples, qu'il a tenu à rappeler et pour l'identification desquels il est visible qu'il a consulté quelque texte de Mirahilia et reçu des traditions orales; dans la lettre où il passe brièvement en revue tous ces monuments', il mentionne expressément des œuvres de sculpture : Hoc Praxitelis Phidiaeque extans in lapide tot'iam saecidis de ingenio et arte certamen. Il s'agit ici des deux célèbres dompteurs de chevaux du Quirinal, qui portent encore au piédestal les inscriptions Opus Phidiae et
I. Fiifn. VI, 2. Je serais entraîné dans un détail infini par l'examen des allusions de ce morceau, qui fait aussi une place aux légendes chrétiennes de la ville de Rome et que complète sur ce point une page de f-aw., IX, 13. Indiquons seulement qu'il est nécessaire de le mettre sans cesse en regard du livre VIII de VAfrica, v, 862-951, et de l'annotation où Corradini fait d'utiles rapprochements avec la Topographie der Stadt Rom de Jordan et les textes des Mirabilia Romae. Il faut étudier aussi l'énumération d'édifices de Rem. I, 118 : VU stint thermae Diocîetianae, et Balneum Anlonîamim, et Cimhrum Marii, et Septiionhim Seueri et eius-
dem thermae Seuerianae? Ouaere in lihris, imienies nomina ; quaere Urhem totam,
aut nihil inuèuies, aut perexigua tantorum opernm uestigia. On voit ici reparaître l'appellation médiévale du « Castello dell' acqua Julia » {Marii Cimhrum) qui figure dans Fam. VI, 2. Dans ce même morceau, parlant du Panthéon d'Agrippa, P. connaît la véritable destination de ce temple (diis erectum), alors qu'il le croyait dédié à Cybèle en écrivant Fam. VI, 2, sans douté d'après les Mirabilia (cf. Jordan, Topographie der Sladt Rom., t. II, p. 622). Les thermes d'Antonin recevaient, dans la même lettre, le nom peu exact de Palatiiim Antonini, rectifié dans le De remediis. Ce sont là des exemples d'un effort vers une information toujours plus précise. Au reste, P. n'a jamais été à Rome qu'en passant et n'a pu s'y livrer à des études suivies qui, semble-t-il, l'auraient tenté. Il a dû se contenter de voir Rome, selon ses expressions, en poète, puis en pèlerin, curiositate poeiica et deuotione catholica {Fam. XII, 7).
PÉTRARQUE ET LES HISTORIENS ROMAINS 6l
Opiis PraxiteUs, attribution que Pétrarque n'était pas en mesure de contrôler. Il décrit les mêmes groupes plus clairement encore dans YAfrica:
Inde Ouirinahm siiperato uertice luontem Transierant tnidoque duos adsUire gigantes Corpore conspicluni, aequo certamine famae PraxiteUs opus Pbidiaeque insigne supremi ' .
Ces vers appartiennent au tableau des merveilles de Rome, telles qu'elles se déployèrent, selon le poète, sous les yeux éblouis des ambassadeurs de Carthage. Il y reproduit justement et y développe, sous la forme poétique, la description générale de la ville et de ses abords, qu'il a faite dans la lettre en prose ' ; mais, dans l'une, il énumère seulement des ruines et fixe des emplacements ' ; dans l'autre, il s'essaye à une restitution de l'aspect ancien, où il suit un itinéraire fort précis et où il n'a garde d'oublier les richesses des arts plastiques, la décoration des arcs et des palais et les bas-reliefs triomphaux +. C'est une de ces sculptures antiques, la