‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 225 sur 353 · Fam. XXIV, 5 (texte du Par · texte numérisé non relu

Fam. XXIV, 5 (texte du Par

2. Le seul cloute qui lui restât venait de l'autorité de la lettre de P.: Frangit me multum, disait-il, P. nostri sententia.

3. Cf. Novati, Epistolario di C. Salutati, t. I, p. 150 sqq. ; l'annotation permet de suivre très bien la question.

4. Cf. le Sénèque de Fr. Haase, qui croit à l'authenticité, t. III, p. 19. Éditions par Rossbach, dans le travail cité, p. 99 sqq., et par J. Loth, dans Revue de philoJ., t. XII, 1888, p. 118 sqq.

5. Rem. I, pr. Cf. II, 18, où Hortis a reconnu une citation du ch. 16 du traité ancien. Les additions faites à ce dernier par un lecteur ne sont que des passages empruntés au travail de P. (V. les confrontations dans le travail d'Hortis cité p. n. I, et dont le titre est précisément : Le Additiones al De remediis fortuitoruii/ di Seneca dimostrate cosa del P.).

ici à Sénèque, s'explique par l'ampleur beaucoup plus grande du sujet qu'il avait choisi. Quelque médiocre que soit l'exécution de son dialogue de forme toute scolastique, il a cette supériorité évidente sur le De remediis fortiiitoriim d'indiquer, en même temps que les remèdes contre la mauvaise fortune, la façon de soutenir la bonne, souvent plus dangereuse pour le sage.

Les apocryphes de Sénèque ' ont en Pétrarque leur premier contradicteur. Deux traités fort connus mis par le Moyen Age sous le nom du philosophe, et intitulés De quatuor uirtutihus et De morihus ou De prouerbiis "" , ont été examinés par lui et il nous a laissé, à ce sujet, un exemple d'autant plus curieux de sa critique qu'aucun modèle antérieur ne l'y guidait :

Senecae libellus nolenti, non dubitem, datus est, cuius titulus est De quatuor uirtutihus. Omhe uulgusopusculum illud auidissime legitac Senecae libris interserit, inque eo quod Seneca nunquam uidit Senecam praedicant miranturque. Sunt qui inter ipsius Senecae libros omnes hune maxime diligant, quippe iilorum maxime ingeniis conforme. Nam re uera etsi, Senecae inuito ac si liceat reiecturo, in adoptionem uenerit naturaliter non suus, adhuc tamen uulgo quam doctis est gratior. Quanquam pierisque etiam doctorum, iam errori succumbente uero, hoc ipsum quod loquor ignotum sit, iamque cum uulgo de auctore sentiant, de opère autem ipso consentire uulgo nequeant illud uel praeferenti melioribus uel aequanti. Cui quidemego ipse nondetraho,sedhis importunisacloquacibus scholasticis, omnia prorsus nulla lege miscentibus, subirascor 5. Nam is quidem liber Martini episcopi cuiusdam est ad Mironem quemdam regem, ab auctore suo inscriptus Formula uitae honestae, quae omnià non libenter errantibus, breui quadam praefatiuncula dicti operis pridem nostris ex

1. Cf. avec Hauréau cité plus loin, Fr. Haase, De medii aeui stud. philohgicis, Breslau, 1856, p. 18.

2. V. ce que P. a dit de ce dernier recueil à propos de Publilius Syrus, t. I, p. 210, n. 3.

3. Cf. plus haut, p. 89 et Fam. XIII, 6 : De qiiihusdam scholasticis pingue quiddani et rancidum usa potins quam rationes dictantihus...

libris abolita, per bibliothecas autem Galliarum, ubi scriptum creditur, adhuc stante, noscuntur. Isti uero inopem scriptorem et hoc forsan unico gloriantem suo spoliant, utdiuitem et rébus onustum suis onerent alieno. Neque hoc contenti, sua sibi quoque bis ingcrunt^ quod in libro De Morihus ac Prouerbiis obseruatum est, qui libri Senecae dicuntur cum in eis nihil ille peccauerit, nisi quod in aliis sparsim scripsit, unde illa decerperentur ex multis unum in locum importunius aceruanda. Nam quidem ille nisi de moribus agit; et sententiae breues ac praecisae, quibus ante alios abundat, quid nisi prouerbia quaedam sunt ? Neque ideo tamen ex bene distinctis apteque dispositis haec suorum confusio sequi debuit, neque hic raptus alienorum ; quasi indignum esset, ut pauper ille Martinus de uirtutibus, quarum cultor esse potuit et fortassis fuit, aliquid cogitaret ac scriberet, sed referri ad unum omnia etiam mendacio oporteret, neque uirtus atque honestas subiectum esse posset alterius, cum sit omnium mortalium et Platonis ante alios atque Aristotelis, et ex nostris M. Tullii, ad quem nominatim M. Bruti liber est de uirtute clarissimus, cuius et Seneca ipse suis in libris meminit ^

En revendiquant pour Martin, évêque de Braga à la fin du vi^ siècle, le traité De quatuor uirtutibus, Pétrarque se trompe, le travail de Martin n'étant qu'un plagiat, déguisé par la préface, de la première partie d'un apocryphe de Sénéque composé antérieurement, le De copia uerborum ^; mais il fait preuve d'attention en identifiant deux ouvrages de titre différent dans \QSïnsinuscnts,lQ De quatuor uirtutibus et la Formula honestae uitae, et il a raison de refuser à Sénéque toute part dans ce recueil, qui n'est même pas, comme le De moribus, une compilation extraite de ses oeuvres. Au reste, ce ne sont point tant les résultats acquis par Pétrarque qui nous intéressent ici que la direction et la méthode de ses observations.

1. Seii. II, 4 (Op. 761). Texte corrigé à l'aide du Par. 8571, f. 19'.

2. Ce point a été mis en lumière par Hauréau, qui a élucidé toute la question

dans les Not. et extraits des mss., t. XXXIII, I, p. 208 sqq. et dans ses Notices

de quelques mss. latins, t. I, 1891, p. 202 sqq. Rossbach l'a étudiée à un autre point de vue dans Bresl. AbhandL, t. II, 1888, p. 84 sqq. Comme le texte de P. paraît inconnu à ces auteurs, j'ai cru intéressant de le donner intégralement.

Il croit, bien entendu, à l'authenticité de la correspondance avec S. Paul ' ; mais il a étudié trop bien la philosophie de Sénèque pour admettre, comme Boccace le fait encore % que celui-ci ait pu être chrétien. L'idée qu'il se forme du personnage est d'ailleurs développée avec abondance dans la lettre qu'il lui adresse ; il y sépare nettement son admiration pour le moraliste de son jugement sur rhomme public. L'épître est longue, et je puis à peine l'analyser ici '. Pétrarque commence par citer un éloge de Sénèque par Plutarque qui a embarrassé les érudits, car on n'en trouve aucune trace dans les ouvrages qui nous restent de Plutarque ; mais le poète ne connaissait aucun livre de ce dernier et le témoignage de Sénèque est emprunté par lui à YInstitutio Traiani, apocryphe cité sous le nom de Plutarque et auquel il renvoie expressément dans une autre partie de ses œuvres'*. Pétrarque plaint Sénèque d'être tombé aux mains de Néron : Vénéras, o miser abilis senex,

1. Lorenzo Valla est, ce me semble, le premier à l'avoir niée ; le même auteur, dont la critique est souvent si neuve,. ne distingue point cependant Sénèque le rhéteur du philosophe.

2. V. le curieux morceau du Comento sopra la Commedia, 1. XVI (t. I, p. 402). Boccace n'affirme pas le christianisme de Sénèque avec la confiance d'Abailard, par exemple ; mais il penche visiblement à l'admettre, et s'étonne que Dante ait placé le philosophe parmi les païens, alors surtout que S. Jérôme l'a nommé parmi les écrivains ecclésiastiques. V. la bibliographie de la question chez Graf, Roma, t. II, p. 284 sqq.

3. On peut la lire en français (trad. Develay) avec la lettre à Varron, dans le Bidl. du bibliophile de 1881. Observer que l'allusion faite par P. à un ouvrage où il mentionne l'abandon des biens de Sénèque (Res et ueteribus historicis nota est, et inihi ipsi illorum uestigiis incedenti haudquaquam silentio praeleruiissa) ne se rapporte point au De Viris, mais à Rer. mem. III, 3 (Op. 441).

4. Rem. 1,^1: Ut Plutarchus philosophis ad Traianum principem discipulum siium scribit. Cf. Fam. XVIII, 16; XXIV, 7. Un écrivain formé par Pétrarque, Lombardo délia Seta, s'est également servi de YInstitutio Traiani dans sa vie inédite de Trajan. Cf. Le De F iris de P., p. 80, note. Ajouter les observations de Hortis, Archeogr. Tries!., 1878, VI, p. 292-293.

in hominis maniis, quicum qiiidquid uelleposset, nil nisi pessimiim uelleposset; puis il le blâme, en s'excusant d'une respectueuse franchise, pour son rôle de courtisan : Tesiem nempe certissinmm hahemus et qui de siimmis iiiris agens nec metiiflecti' tur nec gratia, Suetonium Tranquilhim. Is igitiir quid ait} aiiertisse te Neronem a cognitione iieteriim oratorum, qiio scilicet in tui

illum admiratione diiitiiis detineres' Prima haec miseriarum

tuarum radix ah animi leuitate, ne dicam uanitate, profecta : inanem studiorum gloriam, dure senex, nimis molliter, ne rursus dicam puer iliter, concupisti. Et plus loin : Relegelibros qiios ad eum ipsiim de Clementia, relege quem ad Poîybium de Consolatione dictasti, si iiel lihros uel lihrorum memoriam Lethaei gurgitis unda non obruit. Piidebit, credo, laudati discipuU: qua enim fronte de tali talia scripsisse potueris, ignoro ; certe ego illa sine pudore non lego\.. Tout le passage montre à quel point Pétrarque se sépare des idées du Moyen Age, qui voyait dans Sénèque un modèle de vertu, presque un saint \ Tl termine sa lettre en disant qu'il espère du moins que Sénèque n'a pu applaudir à la persécution des chrétiens : Et ita tibi uisum; una quidem epistolarum tuarum ad Apostolum Paulum non modo innuit, sedfatetur. Neque tibi îiideri potuisse aliter certus sum, illis tam sacris ac caeJestibus

Page 1